J'ai passé la nuit sur le canapé .. tant le fait de dormir à côté d'un ronfleur , cardiaque de surcroit , m'angoisse *( chaque fois que je ne l'entends plus respirer ... chaque fois que je ne l'entends plus ronfler .. ) . Les petites heures du matin étaient prolifiques en idées noires - faut dire qu'on est un peu " cernés de près par les enterrements ", comme disait Brassens , en ce moment . Aussi parce qu'hier , on a installé dans mon atelier , à la place d'une table de travail que Philippe m'avait fabriquée , l'ancienne table carrée de ma Tata Lili . Dont ma soeur , vue récemment ,me dit que c'était la table de la salle à manger chez mes parents , pendant longtemps . Me voilà entourée de meubles de famille ... le bureau avait fait rentrer sa dose d'air glacé avec le souvenir de l'atmosphère peu chaleureuse que rayonnaient mes parents en train de corriger leurs copies , le soir ; et cette table , maintenant . J'ai " digéré " les meubles , et ne me souviens plus que de leur amitié à l'enfant que j'étais , indépendamment des émotions parentales ; eux me donnaient tièdeur et tendresse , me semblait-il , avec le doux contact à ma joue de leur surface lisse , leur bois aux teintes plaisantes à l'oeil . Et ils continuent à m'en donner ... Seulement , tous ces jolis meubles , si mon cardiaque préféré meurt avant moi , puisque je devrai quitter cette maison , " ma" maison , qu'en ferai-je ? Les idées noires se tortillent , s'emmêlent , s'entortillent et me ligotent ... rien que de l'ego ... rien que du mental ...
Je commence à mesurer tout le refus que j'ai de " l'impermanence " - pendant longtemps , je me demandais pourquoi les indiens insistaient tellement sur le fait que la Réalité est la seule chose permanente . ( alors que pour les occidentaux , comme le dit une personne dans la B.O du film " Jnani " ** , pour les occidentaux , donc , la réalité est ce que nous percevons par nos sens ) Une divergence vraiment intéressante ... Je croyais , vraiment , avoir accepté le fait que ce monde est impermanent , ce que nous rappelait constamment , avec douceur , avec amour , Denise Desjardins . Mais je sens maintenant la grosse souffrance qu'il y a à se dire : cette maison chaleureuse où tu vis , ces animaux pleins d'amitiés , ce jardin même - tu devras les quitter un jour . ( et je ne parle même pas du mec .. ) Moi qui ne suis guère , ou pas , une ardente chercheuse spirituelle , et qui suis si âprement attachée à tellement de choses ou de sensations , d'objets , de paysages - en plus du pélardon et du chocolat lait-noisettes - raisins au rhum ... alors , quoi ?
* d'ailleurs , est-ce que vous croyez que ça me rend plus sucrée avec lui ? Non , parce que par moments , je lui en veux de m'angoisser .. Comme si l'angoisse n'était pas mon propre problème . Non , mais , j'te jure ... Vivre avec cette nana , c'est pas un cadeau . Enfin , heureusement , dans la journée , il a une pêche pas possible ...
** sur laquelle ça m'a été un cadeau de travailler il y a peu de temps - tiens , faut que je la mette sur ce blog , ou l'autre , parce qu'il y a des trucs vraiment passionnants dessus