... ce matin je me dis que je suis injuste avec mes soeurs , parce que moi-même je suis rien moins qu'enthousiaste à l'idée de repartir bientôt à Nice pour jouer avec maman une (n+1 ) ème fois le prince charmant comme si elle était une Belle au Bois dormant éternellement épuisée , qu'il faille éternellement haler pour qu'elle retrouve santé et gaîté . Tout en sachant que je me réfère à une situation du passé , donc que la situation du présent ne sera pas la même . Maman est -elle en aussi mauvaise santé que le ressent ma soeur aînée ( elle et son mari , depuis des années , considèrent toujours le pire du pire pour une situation ; ceci dit , dans le cas présent , ils ont peut-être aussi bien jugé ... ) toujours plusieurs façons d'envisager le monde . Pour Phil qui hait toute forme de collectivité , même les maisons de retraite les plus sympas sont comparables aux prisons de Piranése ... mais ce qui nous horrifie dans ces maisons , n'est-ce pas aussi que :
on n'y voit que des vieux
et nous , qui sommes un peu moins vieux , nous les trouvons bien peu attrayants ... nous nous projetons dans cette situation , enfermés rien qu'avec des vieux ...
Comme je le disais , j'ai eu plusieurs abominables conversations téléphoniques avec mes soeurs . Je les aime bien , mais au téléphone on se fait mal sans arrêt , elles disent des trucs sans se rendre compte qui me blessent jusqu'au coeur ( Samedi soir , l'aînée , qui a un énorme vieux fond autoritaire , inutilisé mais prêt pimpant à reprendre du service , m'a dit : " il est HORS DE QUESTION que tu partes en Inde en Février si maman et tata ne sont pas en maison de retraite pendant ce temps là " .
J'ai porté ça comme un poids horrible toute la soirée , tout en me rendant compte que telle qu'elle est elle ne pouvait parler autrement . Mais moi ça m'a fait l'effet d'un terrible chantage ... toi tu pars en Inde , alors maman et tata seront punies ...deux pierres d'un coup , se sécuriser , me punir de la liberté qu'elle ne s'autorise pas ...
Et moi , au téléphone , chaque fois que je lui parle des libertés que je m'autorise , ou chaque fois qu'elle me dit que maman va mieux quand moi je suis là ( je suis , provisoirement parce que maman est versatile , la fille préférée ; autrefois et pendant des années c'était Monique , et j'en ai souffert quand j'étais minotte , probablement en souffre - t'elle aussi ) , donc chaque fois que je glisse une allusion à ça , peut-être qu'elle porte ça profond et douloureux dans son coeur ... je sais , j'ai senti , sans pouvoir m'interrompre à temps , plusieurs fois que je faisais de sacrées gaffes avec elle ... deux façons d'envisager le monde, là encore , on adhère sur certains côtés , on voudrait adhérer partout et ça fait d'autant plus mal ...
Mais tout de même ... ma mère , mes soeurs , qu'est-ce que je les trouve chiantes ... allez , au prochain chapitre c'est fini , je parle de Proust ( je viens de terminer de relire Sodome et Gomorrhe , quel régal , et hilarant à certains moments ) ou d'Avercamp ou de Rembrandt .ou de Klee ....