Hier soir on est allés écouter un concert à la Bambouseraie d'Anduze , un lieu magique s'il en est , je devrais pas tant le vanter parce qu'il y a déjà plein de visiteurs - mais là on était entre nous , j'ai regardé les plaques minéralogiques des voitures garées sur le parking , rien que des Gardois ... donc , on arrive vers neuf heures , on se dirige en petite troupe vers le lieu du concert , un plaisir cette promenade au crépuscule entre les bambous immenses , on est juste un peu trop nombreux et trop bavards ... les organisateurs ont bien fait les choses , la scène est installée dans un méandre du petit ruisseau clair , les spectateurs en face , chacun se prend un coussin et s'installe comme il peut sur la berge pentue ( première difficulté , les coussins ont tendance à glisser vers le bas ... je suis un peu embêtée pour Phil qui n'aime pas s'asseoir par terre , problème d'articulations et il ne doit pas être le seul , mais bon ... ) je vois les moustiques tourbillonner gaiement au dessus du ruisseau , leur repas du soir est servi : c'est nous , et je tremble , en général c'est moi qui sert de plat de résistance ( depuis que j'avais eu des chimios , et ça date bientôt de vingt ans , il doit y avoir quelque chose dans l'odeur de ma peau qui a changé ; parce que dans un groupe je sers d'attrape mouches , c'est sympa pour les autres déjà ... ). Arrivent les trois musiciens du trio Miyamoto , une Japonaise deux Français, : koto et chant pour la jolie jeune dame en kimono élégant , l'accompagnent un violoneux et un accordéoniste . Bon ! Autrefois j'adorais ce genre de musique , on verra ... au premier morceau solo chanté par la jeune femme , euh ... maintenant la musique traditionnelle japonaise je crois que je trouve ça un peu chiant , aïe , aïe , aïe ...
Pour la suite du concert , les autres instruments se joignent souvent au chant et au koto , ça passe mieux , encore que ça soit un tout petit peu trop Debussyste pour mon goût . La nuit tombe tout doucement , on se gèle , on a des crampes et mal au coccyx, mais les moustiques ne sont pas trop agressifs ( fait pas assez chaud ) . Bon , y'a pire ... j'écoute un peu endormie , quand tout à coup qu'entends-je ?
Wow ! une voix nouvelle se mêle au concert ... d'abord timide , puis , émoustillée par les miaulements douloureux de l'accordéon , par le rythme frénétique du koto ,elle prend de l'ampleur , devient puissante , avec des basses profondes , des aigus subtils , des trémolos émouvants ... Les autres instrumentistes ont des micros , pas elle , mais qu'importe , elle les concurrence sans peine et prend sa place au milieu du concert ; s'ancre à sa partition sans se laisser démonter - C'est quoi ? Un crapaud , mais oui , dans ce petit ruisseau il y a de merveilleux batraciens bouffe-moustiques ... quel bonheur de l'entendre s'affirmer ! Brave petite bête ! Un si petit coffre , tant de décibels ... Incroyable ! tout le monde est en joie , les musiciens , le public ( le crapaud ? ) et les derniers morceaux , enlevés avec brio par le quatuor , s'achèvent dans l'enthousiasme général ...
Finalement c'était très bien ce concert ... je crois , que , même sans le crapaud , j'aurais bien aimé les deux avant-derniers morceaux .
Et comme ça se trouce , ce matin , après avoir utilisé au coucher la petite recette New Age avec le verre d'eau dont je vous parlais l'autre jour, me voilà pimpante et pleine d'allant ! après la fatigue incroyable qui engluait d'un volume compact et collant ma pauvre tête - toute la journée d'hier et , il faut bien le dire , depuis le début de la semaine - j'ai fait une petite liste des choses à faire ( notamment , éclaircir le problème des gardes pour le week-end d'après celui-ci , parce que cette fois-ci , il y en a trop !!! ), et me sens d'attaque ... Je l'avais utilisée avant-hier soir aussi , et croyais n'avoir eu guère de résultats ; avec un esprit hardi , admirons les moyens mis en oeuvre par l'Univers pour m'aider à retrouver ma voix ( ma voie ) intérieure , et qui comprennent :
un verre d'eau
un chemin à travers la forêt de bambous
trois musiciens nippo-français
et surtout :
un crapaud magique ...
Que celle ou celui qui ne s'est jamais identifié à un moche crapaud dans son adolescence me jette la première pierre ... vous vous souvenez du début de La Métamorphose ... je le savais par coeur , autrefois :
" Un matin , au sortir d'un rêve agité , Gregoire Samsa s'éveilla transformé en une véritable vermine ..."
( il doit y avoir un chapitre au début du blog intitulé " Franz Kafka et moi " , à moins que ça ne soit ' Moi et Franz Kafka " , égocentrée comme je me connais ... )
Allez , bonne journée à toutes et tous , et ce soir n'oubliez pas de chuchoter à votre crapaud (grenouille ) intérieur(e) qu'il ou elle est un enfant royal , et retrouvera très bientôt sa pleine beauté et force ..