J'ai écourté ma séance de lecture auprès de maman cet après-midi , pour aller voir Maria qui a fait une chute de trop , elle aussi .. et se retrouve en séjour ( provisoire ? ) dans un établissement nommé le SAMDO de Rochebelle ( Je ne sais pas ce que veulent dire les lettres majuscules ) . Il est quatre heures et quart quand j'arrive , il fait chaud dehors .. l''entrée est fraîche et calme , un vrai havre ... le plafond haut , le mobilier sobre ; la gentille réceptionniste à l'accueil , derrière son bureau design , me donne aimablement l'indication pour trouver Maria .. Je monte à l'étage , sonne , comme on m'a dit de le faire , à une porte - fermée de l'intérieur ; au bout de quelques péripéties un tantinet angoissantes ( à mon coup de sonnette , j'entendais derrière la porte des voix fatiguées , âgées et faibles , disant " je n'arrive pas à ouvrir" ... " cette porte , elle est impossible à ouvrir .. " ) une infirmière souriante et chaleureuse m'ouvre et me pilote . Dans cette partie de l'établissement , il fait nettement plus chaud ; trop chaud . Une douzaine de vieux sont rassemblés dans une première pièce , trois fois plus petite que le hall de l'accueil , sous un plafond hyper bas . Visiblement l'architecte a jugé que ce qui était important , c'est que le hall d'entrée soit haut de gamme . Qu'importent les pensionnaires , c'est des vieux , pas très frais par dessus le marché . Donc , on économise pour les parties du bâtiment où sont logés les habitants . L'important , c'est de faire bien à l'accueil . Philippe propose depuis belle lurette le rétablissement de la peine de mort pour certains architectes , il me semble que celui qui a réalisé l'immeuble mérite une excellente place sur le podium.
Une femme erre en balbutiant , pleurant quelquefois ; un qui a les yeux vagues , écroulé dans son fauteil roulant , m'appelle " maman" d'un ton interrogatif ; une autre femme arpente le couloir en tournant sur elle-même, lentement ; une musique entraînante passe en fond plus que sonore , rythmant la marche . Un homme plus jeune passe et repasse dans les couloirs , un balai à la main ; je le vois plusieurs fois passer , sortir , revenir par une autre porte , toujours le balai à la main ... et il me faut un moment pour déduire qu'il doit plutôt faire partie du personnel de service vu qu'il porte une blouse bleu roi , c'est le seul . Je retrouve Maria dans un genre de salle à manger ( toujours ce plafond si bas ) , installée dans un fauteuil roulant . Quand je la voyais auparavant , c'était dans sa belle pièce jaune d'or , qui nous enveloppait d'un calme béni .. . Je reste un moment auprès d'elle ; elle a mal au dos après la chute , mais peut un peu marcher . Parle à voix basse , et je dois souvent lui faire répéter .
Les deux infirmières restent gaies , chaleureuses , disponibles, au milieu du pandémonium . Ce qui me parait certain , c'est que même si quelqu'un de "normal" , si ça existe , doit devenir cinglé vite fait bien fait à rester ici . Je me mettrais à hurler comme un loup si j'étais enfermée dans ce cauchemar ...
Arrive la fille de Maria , souriante . Je lui demande avec une inquiétude et un effarement beaucoup trop visibles , que je me reproche ensuite , si sa maman est là définitivement .. Il parait que les soins sont très bien dans cet établissement . Ah , les soins ... . D'ailleurs je crois que ma toubib également a mis sa maman ici . Puisque j'ai éprouvé , récemment , à quel point c'est stressant d'avoir sa maman qui tombe et se fait très mal, toutes les larmes et le désespoir des filles ... il faudrait vraiment que je m'entraîne à ne pas juger ; si elle a mis sa maman là , c'est qu'elle ne pouvait faire différemment , quelles que soient les raisons . Ne pas juger . Ne pas juger mimine .. Mais Boudiou que c'est difficile .