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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 18:31

      

 

 

                    J'ai écourté ma séance de lecture auprès de maman cet après-midi ,  pour aller voir Maria qui a fait une chute de trop , elle aussi .. et se retrouve en séjour ( provisoire ? ) dans un établissement nommé le SAMDO de Rochebelle ( Je ne sais pas ce que veulent dire les lettres majuscules ) . Il est quatre heures et quart quand j'arrive , il fait chaud dehors .. l''entrée est fraîche et calme , un vrai havre ... le plafond haut , le mobilier sobre ; la gentille réceptionniste à l'accueil , derrière son bureau design ,  me donne aimablement l'indication pour trouver Maria .. Je monte à l'étage , sonne , comme on m'a dit de le faire ,  à une porte - fermée de l'intérieur ; au bout de quelques péripéties un tantinet angoissantes ( à mon coup de sonnette ,  j'entendais derrière la porte des voix fatiguées , âgées et faibles , disant  " je n'arrive pas à ouvrir" ... " cette porte , elle est impossible à ouvrir .. " )  une infirmière souriante et chaleureuse m'ouvre et me pilote . Dans cette partie de l'établissement , il fait nettement plus chaud  ; trop chaud . Une douzaine de vieux sont rassemblés dans une première pièce , trois fois plus petite que le hall de l'accueil ,   sous un plafond hyper bas . Visiblement l'architecte a jugé que ce qui était important , c'est que le hall d'entrée soit haut de gamme . Qu'importent les pensionnaires , c'est des vieux , pas très frais  par dessus le marché   . Donc , on économise pour les parties du bâtiment où sont logés les habitants . L'important , c'est de faire bien à l'accueil . Philippe propose depuis belle lurette le rétablissement de la peine de mort pour certains architectes , il me semble que celui qui a réalisé l'immeuble mérite une excellente place sur le podium.

        Une femme erre en balbutiant , pleurant quelquefois ; un qui a les yeux vagues , écroulé dans son fauteil roulant , m'appelle " maman" d'un ton interrogatif ; une autre femme  arpente le couloir en tournant sur elle-même, lentement   ; une musique entraînante passe en fond plus que sonore , rythmant la marche . Un homme plus jeune passe et repasse dans les couloirs , un balai à la main ; je le vois plusieurs fois passer , sortir , revenir par une autre porte , toujours le balai à  la main ... et il me faut un moment pour déduire qu'il  doit plutôt faire partie du personnel de service vu qu'il porte une blouse bleu roi , c'est le seul .  Je retrouve Maria dans un genre de salle à manger ( toujours ce plafond si bas ) , installée dans un fauteuil roulant . Quand je la voyais auparavant ,  c'était dans sa belle pièce jaune d'or , qui nous enveloppait d'un calme béni .. . Je reste un moment auprès d'elle ; elle a mal au dos après la chute , mais peut un peu marcher .  Parle à voix basse , et je dois souvent lui faire répéter .     

           Les deux infirmières restent gaies , chaleureuses , disponibles, au milieu du pandémonium . Ce qui me parait certain , c'est que même si quelqu'un de "normal" , si ça existe ,  doit devenir cinglé vite fait bien fait à rester ici . Je me mettrais à hurler comme un loup si j'étais enfermée dans ce cauchemar ...

       Arrive la fille de Maria  , souriante  . Je lui demande avec une inquiétude et un effarement beaucoup trop visibles , que je me reproche ensuite ,  si sa maman est là définitivement ..  Il parait que les soins sont très bien dans cet établissement . Ah , les soins ...  . D'ailleurs je crois que ma toubib également a mis sa maman ici . Puisque j'ai éprouvé , récemment , à quel point c'est stressant d'avoir sa maman qui tombe et se fait très mal, toutes les larmes et le désespoir des filles ...  il faudrait vraiment que je m'entraîne à ne pas juger ; si elle a mis sa maman là , c'est qu'elle ne pouvait faire différemment , quelles que soient les raisons . Ne pas juger . Ne pas juger mimine ..  Mais Boudiou que c'est difficile .

 

 

 

commentaires

Ania 25/06/2015 09:46

Bonjour,
Je reviens du jardin où j'essaie de me battre contre l'envahissante potentille rampante... Un peu lassée du travail titanesque qui s'offre à moi tous les jours, je cherche désespérément sur gougueule quelqu'un qui aurait LA solution exterminative ! Et puis, chemin faisant, je tombe sur votre blog où, certes, vous parlez de la potentille (en 2007 !) mais avec un style qui m'accroche. Je me promène donc un peu chez vous, j'aime votre écriture, vos "petites peintures", ce qui me fait désespérer de mes essais d'aquarelle ! Mais ce n'est pas ça qui m'interpelle. Vous parlez d'une visite en "maison de retraite"... et évidemment, ça me remue, et pour la première fois, j'ai envie d'en parler avec une inconnue... Depuis plusieurs années, je vis aux côtés de ma mère dont l'Alzheimer progresse inexorablement... c'est certes compliqué, difficile, émouvant, éprouvant, parfois triste, souvent joyeux (le plus possible !) fatiguant, usant, étonnant, détonnant... il faudrait une longue liste pour énumérer tous ces sentiments qui se bousculent au quotidien... Et puis, paf, je prends votre billet en pleine figure et là, tout à la fois de la tristesse, de la colère, de la désespérance ! Mais aussi, curieusement, un certain soulagement : me voilà récompensée de mes efforts quotidiens parce que c'est ça que je refuse pour ma mère. Oui, j'ai fait le choix (possible pour l'instant) de mettre ma vie en suspens et d'arrêter beaucoup de choses pour rester auprès d'elle et lui apporter un peu de sérénité... Non, il ne faut pas juger ceux qui ont fait un autre choix, ô combien difficile, et que je me refuse à faire et qu'aujourd'hui je PEUX faire. Je n'ose penser au jour où plus rien ne sera possible. Alors je prends les choses au fur et à mesure et j'avance avec elle, à côté d'elle, jour après jour... Demain est un autre jour. A bientôt peut-être.

Prune Branchesetbosquets 26/06/2015 07:25

Oui .. j'écris pour reconnaître , d'une part , et évacuer , d'autre part , mes émotions . Je vois que j'ai réagi en accord avec ma claustrophobie et mon horreur des groupes agités . Pour ma propre maman , j'ai tout de même pris la décision de la mettre en maison de retraite l'année prochaine puisqu'elle n'aura plus assez d'argent pour un système de gardes , de nuit notamment ( une des raisons principales est que mon compagnon refuse absolument qu'elle vive chez nous et que j'ai besoin de son appui , souvent , pour supporter ma maman ... Ca aurait été , bien sur , un autre genre de problème . ) Mais je sais que j'irai la voir quasiment tous les jours ; j'ai choisi une maison dont l'atmosphère me parait paisible et sereine , avec une orientation de spiritualité - je ne me sens pas chrétienne , ni elle non plus je crois , mais c'est une maison de retraite protestante , à but non lucratif , et ça se sent - et aussi avec un jardin . Ce que j'y ai senti , c'est que je n'étais pas la seule personne à pouvoir donner " un peu de sérénité " à maman . Pour le reste .. le corps se délite , on aura à accepter ça , et l'esprit aussi , ça c'est le plus difficile . Mais ma maman n'a pas la maladie d'Alzheimer ; peut-être que mon amie Maria l'a , et je peux comprendre aussi sa fille qui l'a mise dans cette maison de retraite particulière , et qui doit composer avec son travail à elle .. et encore , sa fille n'est peut-être pas claustrophobe comme moi , donc le fait qu'il y a des infirmières chaleureuses et disponibles est peut-être ce qui lui a paru le plus important ; je ne connaissais de Maria que quelques après-midis partagées , au quotidien c'est différent . Par contre j'ai l'impression que claustrophobe , elle l'est aussi ... souvenir des camps de réfugiés , peut-être.
Concernant la potentille rampante ,d 'une part ,et les mauvaises herbes , d'autre part : j'ai l'impression , souvent , qu'elles sont là pour nous permettre de lutter et d'assumer notre conception de la beauté .. une genre de gymnastique physique et mentale , en somme ! Est-ce que vous avez un grand jardin ? Un blog ? il semble que je ne peux vous envoyer de message perso parce que mon ordi ne veut pas , mais mon mail est écrit en gigantesque ci-dessus , si vous avez un blog ça m'intéresse !
Je vous souhaite plein de courage ... et d'amitié , F