Le lendemain matin , lestée par un vrai jus d'orange sans glaçons s'il vous plait , et deux cafés , plus , surtout , une dose convenable d'aspirine ( les laboratoires Boiron ont , hélas , supprimé le Cephyl , qui a été pendant trente ans mon remède à tout faire - mais j'en avais des provisions , et il m'en reste encore quelques précieux comprimés , trois ou quatre ans après ... ) j'ai suivi mon cher et tendre ; et nous nous sommes dirigés d'un pas quasiment guilleret vers le musée du Prado . Premier étonnement : le lacis de petites rues qui descendent de la Plaza Mayor vers le Prado était très agréable : des rues piétonnes , calmes , proprettes , comme lavées de frais ... rien à voir avec l'agitation et la cohue de la veille . Deuxième bonne surprise : le Prado , c'est pas comme le Louvre ou le Musée d'Orsay : on arrive à dix heures du matin , à peine quelques minutes d'attente dans la queue avant d'entrer ! juste le temps , pour moi , de hululer de saisissement en lisant sur une grande affiche que le lendemain même commençait une exposition Bosch . Bosch , je me souvenais qu'il y avait au Prado Le jardin des Délices , qui n'est d'ailleurs pas une de mes peintures préférée , à cause des couleurs , j'en reparlerai . Cette merveilleuse Shakti ou encore la Bonne Providence de Dieu , m'a inspiré de demander si par hasard on pouvait réserver des places ..Philippe était sceptique . Alors j'ai failli sauter au cou de la demoiselle de la billeterie quand elle m'a fourni tout tranquillement des réservations ; me proposant , en outre , de choisir l'heure .. Nous voilà nantis de billets pour visiter les collections permanentes , dans l'instant , plus d'autres billets pour le lendemain . Je pleurais des larmes de joie ! Qui ne s'est jamais fait jeter au musée d'Orsay ou au Grand Palais , les jours de grandes expositions , par un employé ricanant , signalant d'un air pincé qu'il aurait fallu réserver par internet , et qu'il y aura une possibilité pour visiter dans trois mois , ne peut comprendre mon émerveillement ...
Donc , le Prado . Même pas tellement de monde ! On commence par quelques italiens , un ou deux chouettes petits retables genre Ecole de Sienne à fond d'or , on continue dans l'ordre chronologique ... jusqu'aux Greco : ah , c'est aussi bien que dans mes souvenirs , ces mouvements d'ascension en spirale fluide dans les scènes religieuses .. , puis Velasquez , vouais c'est pas mal , surtout les Ménines , mais pour l'instant je ne suis pas vraiment accro ... et enfin .. quelle merveille .. Goya .
Mon regard a changé , depuis que , toute gamine , je contemplais dans un livre scolaire , avec une horreur mêlée d'une admiration infinie pour le peintre insolent , les portraits de la famille royale . Pas mon regard sur Goya , qui est toujours , restera , et il n'en a rien à cirer de toutes façons , l'objet de mon admiration infinie ... Mais mon regard sur la famille royale . Je les vois maintenant avec plus de compassion : le frère du roi pourri d'angoisse , sa femme inquiéte , et qu'elle l'ait cocufié ou non avec Godoy ça n'est pas mes oignons , le roi lui-même, Philippe IV qui essaie de jouer de son mieux le rôle de roi .. Ils me touchent , tous . Dire qu'ils ont tous été contents du tableau ... Ceci dit , je ne connais pratiquement rien à leur histoire . Et puis , le petit garçon du milieu : lui , il ne fait que garder les yeux ouverts .
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Famille_de_Charles_IV
Les gravures fantastiques , les peintures " noires " ne m'intéressent plus trop . Mais , dans les peintures de la maison du Sourd , je voulais revoir ce chien , chien qui , tel que je m'imagine , est un aspect du peintre , ce chien si touchant ...
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