En fait , ce que préfère Rajah , c'est essayer de machouiller les rubans qui servent de signets dans l'édition de la Pléiade , je n'apprécie pas qu'il fasse ça . Proust est fabuleux à chaque page , il y a constamment de ces phrases dingues comme en passant , mais il ne s'appesantit pas et passe à la suivante ; que du bonheur , comme disent les agents immobiliers !
" Dans le ciel férié flânait longuement un nuage oisif." (p.170 )
" Telle , étourdie par la gaîté des fidèles , ivre de camaraderie , de médisance et d'assentiment , Mme Verdurin , juchée sur son perchoir , pareille à un oiseau dont on eût trempé le colifichet dans du vin chaud , sanglotait d'amabilité." ( p.205 )
( j'adore " ivre de camaraderie , de médisance et d'assentiment " . Il a très souvent de ces tours de phrase où il accole trois ou quatre noms ou adjectifs , pour faire un millefeuille de saveurs extrêmement sensuel et stimulant )
concernant Swann , au début de sa relation à Odette :
" Pour l'instant , en la comblant de présents , en lui rendant des services , il pouvait se reposer sur des avantages extérieurs à sa personne , à son intelligence , du soin épuisant de lui plaire par lui-même." ( p. 267)
et puis encore une petite dernière , sur les différentes émotions qui le (nous) parcourent , je ne retrouve plus celle que je voulais mettre ( dorénavant j'aurais toujours un petit carnet accroché à mon cou pour noter ) je repêche celle ci qui est un peu voisine :
" Mais quand mes angoisses étaient calmées , je ne les comprenais plus ; puis demain soir était encore lointain; je me disais que j'aurais le temps d'aviser , bien que ce temps là ne pût m'apporter aucun pouvoir de plus , puisqu'il s'agissait de choses qui ne dépendaient pas de ma volonté et que seul me faisait paraître plus évitables l'intervalle qui les séparait encore de moi ."