J'avais emmené une petite provision en prévision des insomnies ( j'avais craqué à la librairie à Arles ) et par chance tous étaient plutôt bons . J'ai d'abord fini de relire " Du côté de chez Swann" , je reprendrai les jeunes filles en fleurs la prochaine fois que j'irai au bord de l'Océan , c'est un livre atlantique ...ensuite changement complet de paysage ,on part à San Francisco : chroniques de San Francisco par Armistead Maupin , un genre de sitcom sympathique des années soixante-dix , qui se lit allégrement , il parait qu'il y en a six tomes , pour l'instant je me contenterai de celui-ci .
Ensuite j'ai pris les lettres de Calamity Jane à sa fille , un tout petit livre vite lu , très touchant ( la vie de cette pauvre Jane n'était pas de la tarte ) , juste quelque lettres écrites par une femme qui n'était pas allée à l'école ; mais c'est étonnant pour les amateus ( trices ! ) de western parce que des noms mythiques ( Wild Bill Hickok , Bill Cody , Jesse James , les Dalton , ... ) sont dispersés ça et là par quelqu'un qui les a connu en tant que personnes pour de vrai ... J'ai entendu pour la première fois ce nom de Calamity Jane , je devais avoir une dizaine d'années ; pendant les vacances d'été , avec maman et tata , le Dimanche après-midi , on descendait souvent à pied " au Moulin" voir nos cousins ; par vertu pédagogique (! ) mes parents profs refusaient d'avoir la télévision , considérée comme un divertissement de bas étage ; mais mon oncle et ma tante en avaient une - en blanc et noir , dans les années cinquante . Parfois , quand on arrivait , le tonton était en train de regarder un western ; il arrêtait la télé par courtoisie , pour laisser libre champ à la conversation familiale , misère ! si bien que moi , qui badait devant , je n'ai jamais pu voir un western en entier jusqu'à l'âge adulte ... ça ne m'a pas empêchée de tomber amoureuse de Gary Cooper , notamment dans un film où surgissait cette pauvre Calamity , qui mourait dans ses bras si je me souviens bien - ou bien était-ce Gary qui mourait dans les bras de Calamity ? moi aussi j'ai la mémoire qui flanche , qu'importe . En réalité Calamity est morte à 68 ans , presque aveugle ; elle a eu une fille de Wild Bill Hickok , je ne sais pas s'il ressemblait à Gary Cooper, et elle a donné sa fille à élever à des personnes de confiance parce qu'elle pensait que sa vie n'était pas une vie pour une petite fille ... d'où les lettres ( éditées chez Rivages ) , conservées dans un musée du Montana ... je partirais bien pour le Montana ...
J'ai gardé le meilleur pour la fin , " le club Jane Austen " de Karen Joy Fowler ; alors là , je vais me jeter sur toutes les oeuvres de cette auteur que je ne connaissais pas ; son bouquin est bien construit , alerte , quelquefois hilarant , sympa , bien traduit ... petite chronique d'un groupe de lecture entre copines , ( plus un mec ) ; un régal , même si on n'est pas fan de Jane Austen ( personnellement je l'aime bien , mais elle est un peu froide ; la lire , c'est comme se promener avec quelqu'un qui ne vous donne pas la main , mais pose de temps en temps ses doigts gantés sur votre poignet pour vous indiquer discrètement tel ou tel détail du paysage social ; il ne s'agira pas d'en rire aux éclats , elle vous invite à partager silencieusement son amusement , on pourra éventuellement se mordre les lèvres pour ne pas faire de bruit ...* ) autre chose que j'ai apprécié , K.J.F s'y connait visiblement en science fiction aussi bien qu'en ce concerne Jane Austen , je trouve toujours chiant de voir que les gens qui aiment la " littérature" ne lisent en général pas de science fiction .
" Liste non exhaustive de choses qu'on ne trouve pas dans les livres de Jane Austen:
des meurtres en chmbre close
des baisers exténuants
des filles habillées en garçons ( et l'inverse , rarement )
des espions
des tueurs en série
des manteaux qui rendent invisible
des archétypes jungiens , ce qui est bien dommage,
des doppelgänger
des chats
Mais ne nous fixons pas sur le négatif . "
et cette réflexion que j'ai adorée , bien que je ne me sois pas mariée de nombreuses fois , mais je peux ( on peut ) tellement adapter ça à toutes les relations ... :
" Et je suis incapable d'être entièrement moi-même dans un mariage , quel que soit le mari . Il y avait des parties de moi que John appréciait , pour les autres c'étaient des parties différentes , mais aucun ne pouvait se débrouiller avec ma personne entière . Alors j'en retranchais un morceau , mais à peine retranché il me manquait déjà et je voulais le retrouver ."
Après j'ai commencé un polar de Nury Vitachi , ( ed Philippe Picquier , un chouette éditeur ) avec un détective singapourien , un petit vieux qui est maître de Fengshui ; j'en avais déjà lu un de la série , c'est pas mal du tout ...
.. Et puis , on est rentrés , pendant qu'on n'était pas là les mauvaises herbes ont poussé comme des folles , les liserons s'entortillent avec énergie autour des poivrons et des dahlias ,les ronces galvanisées par les dernières pluies tentent d'envahir les tomates ; ce matin entre sept heures et dix , j'ai arraché les pois gourmands et les fèves qui sont terminés , puis j'ai bêché un très grand rectangle en enlevant toutes les racines ( je suis une virtuose de la fourche-bêche , qui évite de couper les vers de terre en deux notamment ) , mis de l'engrais bio , mais je n'en avais pas assez pour préparer les semis suivants , demain il faut que je nettoie le reste du potager , que j'aille acheter de l'engrais , après je me mettrai au jardin de fleurs ... ensuite j'ai encadré pas moins de sept peintures , je les ai posées par terre dans mon atelier pour me réjouir la vue , je vous assure qu'elles sont chouettes .
* (j'ai décrit une promenade avec Jane Austen ; et se promener avec Marcel Proust ? ça serait l'impression qu'il s'enroule autour de moi ou vice et versa , comme des anémones de mer , ou des volubilis , nous nageons de concert et il chuchote délicieusement à mon oreille ... bon , voilà que je commence à délirer , temps de me coucher , demain matin suite du jardinage , tôt sinon fait trop chaud ) . Bonne nuit ...