Ce matin , dentiste , dès l'aurore ; la dernière fois il m'avait fait un devis pour un implant ; contemplant ledit devis j'avais décidé de ne pas le faire faire - c'est de l'ordre de 2000 euros pratiquement pas remboursé , je préfère garder les sous de mon livret de caisse d'épargne pour mon futur voyage en Inde de 2008 . Donc , je devais annoncer la mauvaise nouvelle au dentiste , que lui devait renoncer à ses projets de vacances ( aux Seychelles , s'il les payait avec l'argent de mon implant , à moins qu'il n'ait une nombreuse famille ou plusieurs maîtresses , je n'en sais rien ) et se contenter de me réparer quelques misérables petites caries , rien de vraiment exaltant pour un homme de l'art ; je fantasmais vaguement qu'il allait se venger de sa déception sur ma mâchoire sans défense . Ben non , il ne m'a pas fait mal du tout , et me donne quartier libre jusqu'à l'automne , chic !
Me voilà sortie toute guillerette de son cabinet , et zou ! j'atterris en plein dans les soldes ... j'entre dans un magasin , j'essaie des tee-shirts , me plaisent pas sur moi , un autre ... j'ai fini par descendre la petite rue où se trouve le dojo Zen , il y a un magasin de fringues plutôt sympathiques juste à côté de la porte d'entrée du dojo , je n'y étais jamais rentrée de peur d' être en retard à la séance et ensuite c'était fermé ; il y avait une chemise juste sur le devant , vert pimpant et blanc , pas mal du tout , à moitié prix , et puis je regarde les pantalons , j'en ai vu un sensationnel là aussi 50 % de remise , ah mais la chemise verte n'allait pas du tout avec , j'essaie un tee-shirt compliqué , avec des bandes de tissus différents , dans les roses et gris et ça me va , oh que c'est bien , finalement j'ai tout acheté tandis que je papotais avec la dame du magasin ...
Je me retrouve dans la rue avec mon énorme sac , contente comme tout . Je me dis que cette dame est une bonne vendeuse - elle est grande , la cinquantaine épanouie comme on dit , style Maïté sans l'accent du Sud-Ouest mais revue par Fellini , maquillée un peu comme Raymond Devos , avec des yeux bleus-gris très froids , plein de bagues en supposé or et émeraudes aux doigts , et c'est une bavarde accomplie - bref , j'ai eu le coup de foudre , j'adore les grosses dames , comme ça ne se fait pas trop de leur dire : " s'il vous plait , prenez moi dans vos bras , j'aurais voulu avoir une maman comme vous , pas une toute petite qu'il fallait littéralement porter " je lui ai acheté ces splendides chemises qui me prendront dans leur bras des jours durant . J'ai trop dépensé , mais après tout ça n'est pas tous les jours qu'on achète des chemises à Raymond Devos .