( suite du chapitre " Pompon et Trotinette vont à la mer " , continuant à raconter nos aventures océanes )
Donc on s'est promenés à partir de Pouldreuzic , entre un marais et l'océan , j'adore ça , avec plein de vent . Pas de coquillages sur le sable , j'ai ramassé quelques jolis cailloux tout ronds tout blancs -ils doivent être toujours dans la poche de mon anorak , d'ailleurs . En remontant sur la petite route , deux promeneurs s'étaient arrêtés pour regarder à terre ; nous nous sommes aperçus qu' une écrevisse était égarée là . On n'avait pas envie qu'une voiture l'écrase , je n'avais jamais touché d'écrevisse ,ça m'angoissait un peu ; surtout qu' elle s'était mise courageusement en position de combat et pinçait dès qu'on voulait la prendre ; tout à coup , emportée vlouf! par mon côté Saint-Bernard , m'est venu sans que je m'y attende l'extraordinaire courage de la prendre par la queue ( avec un kleenex , tout de même ) et j'ai pu l'emmener , moi au petit trot , elle bon gré mal gré , agitant ses pinces , vers des cieux plus cléments au sein du marais *. J'aime maintenant me l'imaginer pendant qu'elle raconte l'anecdote à ses petits enfants le soir au coin du feu , et qu'elle leur demande de se souvenir de moi dans leurs prières ...
* hein , quel style !
Toujours à Pouldreuzic , il y avait un restau excellent , on a commencé par des huitres bretonnes oh qu'est-ce qu'elles étaient bonnes et puis du poisson qui était super bien préparé . Avec du muscadet , je vous disais qu'on ne se refuse rien ... on mangeait avec presque vue sur la mer en plus ; juste à côté arrive un couple sympathique, dans les soixante dix ans , la dame blonde un peu replète et fanée et charmante ,très jolis heux très bleus , style Danielle Darrieux qui aurait pris vingt kilos , le monsieur un peu chauve ,sans autre signe distinctif qu' un hideux pantalon à carreaux mais personne n'est parfait comme disait à Jack Lemmon cet acteur dont je ne me rappelle jamais le nom à la fin de Certains l'aiment chaud . Où en étais-je , je m'égare mais c'est ce qui fait mon charme, ils étaient accompagnés d'un splendide labrador noir qui a tout de suite fait remonter le niveau esthétique de la famille . Bon , charmant voisinage , ils commandent leur salade de fruits de mer - mais voilà le cuisinier du restau qui arrive en toque blanche , portant une énorme cuvette , leur parle avec amitié et - HORREUR ! ABOMINATION ! - je m'aperçois alors qu'il leur fait choisir des homards , de malheureux homards vivants aux pinces ligotées qui se débattent lentement dans leur cuvette , il leur parle de la cuisson , aux clients pas aux homards , grillés , au court bouillon ? - j'en étais malade . Quel manque de tact , d'ailleurs . Parce que je suis presque sure que les homards ne sont pas anesthésiés avant qu'on les plonge dans l'eau bouillante . Vous aimeriez ça , vous ?
Moi je trouve ça scandaleux . Ca doit faire terriblement mal d'être plongé dans l'eau bouillante , non ? Voilà pourquoi je ne mange des crevettes que surgelées , parce que personnellement comme genre de mort il me semble que c'est moins abominable d'être surgelé que bouilli ... ceci dit , je mange des huitres sans remords excessifs . J'ai été lâche , je n'ai rien fait pour les homards , je n'ai même rien dit . Me suis sentie misérable toute la soirée .
Conclusion n°1 : je m'identifie à un homard ou à une écrevisse , pas à une huitre .
Conclusion n°2 : il est temps de créer un mouvement pour les droits des crustacés , non ? je ne me propose pas comme leader , je suis nulle comme leader . Groupie , oui . Contactez moi !