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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 12:51

         Je vous ai déjà longuement parlé du jardin de Maria ( tiens , chapitre 346 en Mai ,par exemple ) ; l'autre jour j'ai essayé d'aller photographier tout ce que je pouvais , y compris Maria parce qu'elle a quatre-vingt -neuf ans et que je me dis qu'elle ne va pas vivre éternellement , hélas ... son jardin fouillis néglige hardiment un certain genre d' esthétique ; j'y apprends à arrêter de me soucier de faire beau ( parce que ça  peut aussi devenir , non seulement  un esclavage , mais une façon supplémentaire de se conformer à des modèles préétablis ...

 
                               en tout cas
                                                              ce jardin                                             
                                                       c'est
                                                     le
                                                        bonheur


            Déjà , j'ai  du vous vanter les charmes de V ... , le hameau où habite Maria ,  tout près de chez moi mais de l'autre côté de la colline . Il fait trop chaud pour y aller à pied ... Mais rien que de faire ces quelques kilométres en voiture  est un petit bonheur : on prend quelque temps   la " grande" route  qui monte et descend à travers  champs  ; tout à coup  une toute petite route se présente à gauche , qui suit le cours de l'Auzon  ; on l'emprunte , et très vite  on arrive sous le couvert frais d'un bois touffu d'acacias ,  d'yeuses, de chênes blancs enchevêtrés de clématites , de ronces et de coronilles  ... on sort du bois , le défilé s'élargit pour devenir petite plaine ronde au creux des bras des collines ; le hameau de V...  est tranquillement allongé au pied d'une pente ensoleillée  .  On passe devant une maison que je rêve d'habiter , la route tourne , descend , traverse le ruisseau sur lequel courent des araignées d'eau , remonte , retourne bien sur , et on peut laisser sa voiture à l'ombre d'un chêne immense ; il n'y a pas beaucoup de maisons ,  pas la place de se garer dans l'unique rue étroite  . 
         L'entrée de chez Maria est pentue ... de grosses poubelles de plastique noir sont étagées tout au long pour encourager le pélerin : des plumbagos blancs et bleus , un énorme lantanta rutilant , un bougainvillée  en arbre ( le seul que j'aie jamais vu  ) emmêlé de cosmos oranges , des pétunias blancs et mauves , plusieurs sortes de rudbeckias ( Maria a une tendresse toute particulière pour l'un d'eux ) ; au dessus de nous la pente monte d'un jet jusqu'au sommet de la colline , du muret , à hauteur d'épaule ,  dégoulinent bégonias , goras , solanums ... je suis arrivée un peu tard , si on est là vers les quatre heures la lumière de l'après-midi fait  flamboyer le lantana rouge ( là encore je n'en ai jamais vu de pareil ) mais bon , je vais  faire de mon mieux pour prendre en photo quand même ...

           













              
                                                                                         

 

 

 

 

 

 

  On arrive sur la terrasse du rez de chaussée , la porte est entrouverte , à l'intérieur Maria et ma voisine papotent en finissant de prendre le thé  ; je frappe , j'entre en faisant cliqueter le double rideau de perles , je m'assieds dans la grande pièce aux murs jaunes , aux volets clos , sombre et fraîche ; j'adore les écouter , elles parlent de leurs vies , des petits enfants ingrats ou gentils , des gens du coin  . Ma voisine part tôt , je reste encore un peu , Maria se raconte , avec humour , quelquefois un brin de coquetterie , mais comme je suis la reine des narcissiques je ne me lasse pas de l'entendre ... elle raconte son inconscience quand elle est partie d'Espagne sous les bombes à dix-huit ans ,p avec pour tout bagage son bébé , son mari , une valise , presque contente de l'aventure , et avec le sentiment d'être immortelle ; elle raconte le camp de concentration en France ( hé oui , la France n'accueillait pas vraiment les réfugiés espagnols du régime franquiste en leur déroulant le tapis rouge ) ; elle raconte une grand-mère sympa , à Cahors , qui lui disait : économise tout l'argent que ton mari rapporte à la maison , débrouille -toi ... ce qu'elle n'a jamais oublié ; elle raconte aussi les souvenirs plus récents , les dernières opérations pénibles  sous anesthésies locales , et la façon dont elle se sentait dédoublée par rapport à la douleur : le chirurgien lui disait , vous n'avez pas mal ? elle répondait non , - " ce n'est pas moi qui souffre ... " - et elle ne souffrait pas ... il insistait - mais surement vous avez mal ? et elle , non , mais si vous continuez à me questionner , je me contracte , et alors j'ai mal ...  tout ça avec un accent catalan à couper au couteau .  Maria ,une des personnes les plus vivantes que je connaisse ,  quatre-vingt-neuf ans , ses yeux bruns pétillants sous le drôle de chapeau de feutre qu'elle garde tout le temps ...

            
( là on était ressorties sur la terrasse , Maria s'est assise un moment sur le banc devant la fenêtre pour se reposer , j'oublie toujours son âge , j'oublie qu'elle est cardiaque et ses autres maux , j'oublie mon moral tout de travers  .. )

                                                                              

















de la terrasse un escalier raide , là encore fleuri de pots divers , monte à la deuxième terrasse , lieu privilégié pour toutes sortes de cactées bizarres et florissantes ( il y en a une série en forme d'énormes pénis mous et épineux , couronnés de petites fleurs mauves autour de ce qui leur tient lieu de gland ...  elle m'en a proposé la dernière fois , ça ne me tentait pas ,mais plus j'y réfléchis , plus je me dis que je vais en accepter un ou deux ...un nouveau genre de cactus , qu'on baptisera sic transit gloria mundi ...










   



 
On redescend , on va au jardin ; Maria disparait dans les profondeurs de sa cave ,où elle va couper le courant de la clôture électrique basse ( mise là à cause des sangliers ) ; on traverse la rue , comme d'habitude elle a oublié le bâton pour s'appuyer et marche en se tenant à une branche , au muret , à un pot ... à sa suite , en main un pot d'iris bleus et blancs que je viens de lui apporter ( je voudrais bien lui éviter de le porter , c'est lourd ) je pénétre dans le jardin proprement dit par un tunnel sous les kiwis . On léve le nez , les lianes quadrillent le ciel , les petits kiwis prolifèrent et je fais des voeux pour qu'ils continuent à grandir et grossir , parce que je n'ai jamais cueilli de kiwis  ...

















à gauche on peut admirer des touffes de glaîeuls d'Abyssinie , couverts de fleurs blanches et fragiles comme des orchidées ; tout droit , on va vers le potager fermé par une barrière , les tomates sont encore vertes mais les roses d'Inde épanouies ; de l'autre , on s'échappe à travers des buissons d'hortensias , vers un laurier couvert de fleurs



















on tourne encore , un autre laurier , un qui n'avait presque jamais fleuri , mais avec les pluies du printemps , il est magnifique

 

on enjambe des pots , des plantes , des tuyaux ,des sacs plastiques qui traînent , des mauvaises et des bonnes herbes ; Maria a un mot pour chaque plante , encourage celle-ci , râle contre cette autre qui ne fleurit pas ...  on arrive à son rudbeckia préféré , je ne sais pas comment ça se fait mais il fleurit même à l'ombre du palmier ; puis à l'acacia aux fleurs couleur de feu , dont Maria m'a donné des graines l'autre jour ... marrant , il ressemble aux arbustes qui fleurissaient à l'ashram de Ramana Maharshi ...


















  Il se fait tard , je veux rentrer chez moi , on remonte ; au sortir du jardin ,une  amie vient présenter son chiot de deux mois , qui se roule avec enthousiasme dans la poussière , lèche les mains , frétille ..  nous nous exclamons d'admiration devant la merveille ; il y a aussi la fille de Maria , plus civilisée que sa mère et donc  moins attrayante à mon idée** ,elle la gronde parce qu'elle risque une infection si le chiot la mordille ... je les laisse toutes trois , avec le petit chien joueur ; tiens , je ne ramène pas de plante aujourd'hui ? bizarre ...


** note du 2 Septembre : eh ben , je commence à un tout petit peu mieux la connaître , sa fille , et elle est vraiment sympa ,  j'aurais envie de la connaître plus ... je me suis laissée prendre au piège des premières impressions . Encore une fois .

commentaires

croc 25/07/2008 17:34

qu'il est beau ce jardin, et la description que tu nous donne laisse tout loisir à l'imagination de vagabonder, un peu comme quand, il y a des années, je me régalais des descriptions que faisait Colette de sa campagne bourguignonne