Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Profil

  • Prune Branchesetbosquets
  • Babyboomer
  • Babyboomer

Rechercher

Archives

3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 04:36

 

 

 

 

 

 

P1150920.JPG

 

 

        

 

 

           Nous sommes repartis quelques jours vers Sancerre , pour revoir les vignes en gloire  : je voulais intensément essayer de travailler dehors , avec les extraordinaires crayons de couleur - cadeau magnifique , imprévu , immérité ,      que m'a fait  Birgit pour mes soixante-cinq ans  . Une immense boite de couleurs ,  plus de quatre-vingt crayons , marque Staedtler ,  d'une qualité exceptionnelle , alors que j'avais déjà deux autres grandes boites Caran D'Ache , que je croyais de la meilleure qualité - assez pour  durer le restant de mes jours  ; mais ceux-ci , de crayons ,  sont tout à fait extraordinaires , ils peuvent tracer pointu et fin , pourtant intense , et on peut presque travailler comme avec des pastels secs , aussi ) .Les Caran d'Ache , deux belles boites bleues comme le ciel , étaient un cadeau thérapeutique somptueux que je m'étais fait à moi-même à l'orée de la quarantaine   , après avoir épuisé toutes les larmes que je n'avais pu verser à quinze ans devant l'impossibilité de faire les études artistiques qui m'auraient plu .  Chouettes cadeaux ! Et réparateurs ! Donc , j'étais partie avec tout le matériel voulu .. à la rencontre de l'automne épanoui dans les vignobles .

            Les vignes .. Nous étions passé là haut une petite semaine auparavant et avions été éblouis par leur  rayonnement vert et or .. elles moutonnaient toujours du haut en bas des collines , plus belles que jamais , peut-être un peu plus dorées , surtout l'après-midi ( vous ne verrez pas  mes croquis parce que notre appareil a vraiment rendu l'âme -  jusqu'à présent , il fonctionnait à peu près quand on lui assénait préalablement un coup sec de la paume de la main en un point précis ) Mais c'était un moment magique , d'être assise entourée de jaune et de roux ... une merveille  .Et ce paysage , ondulant et doux , structuré comme un patchwork .. quel bonheur c'était de  dessiner .  

          Hier après-midi , je suis descendue en coup de vent  voir maman ; elle était , comme toujours , heureuse de me voir . C'est incroyable la patience qu'elle a ..  J'espérais un tant soit peu que certains de mes neveux allaient venir la voir ; ça n'a pas été le cas . Quelquefois je me demande si je n'aurais pas du l'influencer pour qu'elle choisisse une façon de vivre  , certes un peu moins digne  ,  empaquetée dans sa couche humide  au milieu d' autres petits vieux qui sentent l'urine  ; errant dans les couloirs avec son déambulateur ,  ou , pire , attachée à son fauteuil roulant comme la maman de mon amie M. ( qui a eu le malheur d'être casée par son fils aîné , pour qui la sécurité était la valeur primordiale , dans une maison de retraite d'excellente réputation , qui manquait de personnel ; et laquelle n'en manque pas ,  à l'heure actuelle ? ) .   Au moins , elle aurait été proche de ses petits-enfants . Surement , comme ils sont nombreux , ils se seraient relayé et à tour de rôle ils auraient été la voir  le Dimanche  - pour une heure  .. Se seraient occupé avec tendresse de son linge , des médicaments ,  de toutes les petites adaptations inévitables pour une personne en maison de retraite .   Enfin , j'espère . Mais là , elle habite si loin  .. Je comprends qu'ils ne viennent pas la voir . Comment j'aurais fait , si j'avais eu une grand-mère , moi aussi ?  C'est certain , elle n'a pas du être la grand-mère dont ils rêvent ..  

         Mais elle ne se plaint jamais qu'ils ne viennent pas  .

         Jamais .

         On n'en parle jamais .

         Je ne sais pas si c'est bien , ou non . Probablement , je n'ai pas envie d'écouter sa tristesse .

         Il arrive qu'elle me dise , toute contente  , que l'un d'eux lui a téléphoné la veille   . Je fais semblant de partager sa joie avec elle . Intérieurement , je ronchonne et je bouillonne  - comme la  vieille femme acariâtre que je suis . Vouais , vouais ,  machin , qui est tellement occupé par sa vie professionnelle , réussie ou non , a économisé un quart d'heure sur son temps  pour lui téléphoner ;  ça lui    arrive une fois tous les six mois ; ou tous les ans  ;  mais tout de même , c'est gentil  .  Mais moi , la teigneuse , je ne vois vraiment pas pourquoi pavoiser . Quand à venir la voir ... Mais oui , je comprends . Ils habitent  loin : deux  ou trois heures de voiture , ça n'est pas rien quand on est déjà débordé , avec plein d'enfants ou plein de rendez-vous . Ou qu'on doit faire très attention à ses dépenses parce qu'on est à découvert régulièrement en fin de mois .  Ils sont comme moi : à courir vite vite après ce qui est agréable .. dés qu'ils sont , provisoirement , débarrassés de ce qui est désagréable  et de toutes  obligations  . Je devrais vraiment avoir honte de râler , puisque je fais encore pareil ; à mon âge .

         Heureusement pour moi , les relations avec mes propres petits-enfants sont extrêmement lointaines : faut surtout, surtout pas s'attacher .. Quelle école de sagesse . Elle a raison , ma maman .


 

            Comment il disait déjà Sankaracharya dans le poème Bhaja Govinda 

 

 

Incertaine est la vie de l'homme,
Comme les gouttes d'eau sur une feuille de lotus;
L'humanité entière est la proie
Du chagrin, de l'ego et de la maladie. (3)

 

 

Quand un homme soutient sa famille,
Regarde le soin bienveillant qu'ils montrent !
Mais lorsque son corps âgé chancelle,
Approchant l'heure de la dissolution,
Personne, pas même son parent le plus proche,
Ne pensera à lui demander comment il va. (4)

 

 

Quand l'âme de l'homme demeure en son corps,
Affectueusement sa famille lui veut du vien;
Mais lorsque le souffle de vie quitte sa demeure,
Même sa femme fuira de peur. (5)

 

 

Rappelle-toi, les richesses apportent la douleur;
En vérité, aucune joie ne les habite,
Un homme riche craint même son fils;
C'est le cas partout. (6)

 

 

Perdu dans le jeu est l'adolescent insouciant,
Perdu dans les charmes de sa bien-aimé, le jeune homme;
Le vieil homme rumine ses chagrins;
Il n'y en a aucun, hélas, dont l'esprit
Languit de se perdre dans le Parabrahman. (7)

 

 

Qui est ta femme ? Et qui ton enfant ?
Etrange en vérité est le monde mortel !
Qui es-tu ? Et qui est à toi ?
D'où viens-tu ?
Frère, médite sur ces choses. (8)
 


 

 

 

        Ca s'appelle   Bhaja Govinda  .   Il y  exhorte l'être humain  à s' occuper de l'Essentiel  plutôt que de l'occasionnel  . Tiens , et moi ,  ça serait vraiment une bonne chose de me remettre au sanscrit  ; je suis un peu fâchée en ce moment avec les yoga sûtras de Patanjali ; pourquoi pas Shankaracharya ?   .. ça serait mieux que de renacler contre la réalité , ballotée que je suis par les émotions contradictoires  .  

 

 

 

 

P1150914.JPG

  les vrilles de la vigne : tournent ,  spiralent , s'attachent , s'attachent ...  

 

 

P1150911.JPG


commentaires