Et j'aurais du la mettre le 2 Novembre , jour des Morts
Que veut dire souffrir ? Qu'est-ce qui souffre ? je ne me demande pas " pourquoi" il y a la souffrance , ni quelle est la " cause " de la souffrance , mais " que se passe-t-il en fait " ? Je ne sais pas si vous voyez la différence : je suis simplement dans l'état où la souffrance se perçoit ; elle n'est pas distincte de moi à la façon dont un objet est séparé de l'observatyeur ; elle est partie intégrante de moi-même , tout moi souffre . Dés lors , je peux suivre son mouvement , voir où elle me mène . Et ainsi elle se révèle et je vois que j'ai donné de l'importance à moi-même , et non à la personne que j'aimais . Celle-ci avait comme rôle de me cacher ma misère , ma solitude , mon infortune. J'espérais qu'elle aurait pu accomplir tout ce que " moi" je n'avais pas pu être . Mais elle n'est plus là , je suis abandonné , seul , perdu. Sans elle , je ne suis rien. Alors je pleure. Non parce qu'elle est partie , mais parce que je demeure. Je suis seul.
Parvenir à ce point est très difficile . Il est difficile de siplement admettre , " je suis seul" , de ne pas ajouter : "comment me débarrasser de cette solitude ? " ce qui serait une évasion. Il est difficile d'être parfaitement conscient de cet état et d'y demeurer ,de voir son mouvement. Granduellement si je lui permets de se révéler , de s'ouvrir à moi , je vois que je souffre parce que je suis perdu; mon attention se trouve malgré moi attirée vers quelque chose que je n'ai pas envie de regarder ; quelque chose m'est imposé qu'il me déplait de voir et de comprendre. Et d'innombrables personnes sont là pour m'aider à m'évader : des milliers de personnes soi-disant religieuses , avec leurs croyances , leurs dogmes , leurs espoirs et leurs fantaisies : " c'est votre karma" , " c'est la volonté de Dieu" ... vous connaissez toutes ces voies d'évasion. Mais si je peux demeurer avec cette souffrance , ne pas l'éloigner de moi , et ne pas essayer de la circonscrire ou de la nier , qu'arrivera-t-il ? Quel est l'état de mon esprit , lorsqu'il suit ainsi le mouvement de la souffrance ?
La souffrance n'est-elle qu'un mot , ou est-ce un fait ? Si c'est un fait , le mot , au point où j'en suis , n'a plus de sens : il n'y a en moi que la perception d'un intense douleur. Une douleur par rapport à quoi ? Par rapport à une image , à une expérience , à quelque chose que je n'ai pas ( lorsque je l'avais , je l'appelais plaisir ) La douleur , la peine , est par rapport à quelque chose.Ce" quelque chose " , n'est-ce qu'une représentation de mon esprit , ou une réalité ? Si la souffrance n'existe que par rapport à quelque chose , il est important de savoir ce qu'est ce " quelque chose" . De même que la peur n'existe pas " en soi" mais est toujours la peur de quelque chose , la souffrance est toujours en relation avec un individu , un incident , un sentiment. Me voici maintenant pleinement conscient de la souffance . Est-elle distincte de moi , ne suis-je que l'observateur qui la perçoit , ou est-elle " moi" ? Lorsqu'il n'y a pas un " observateur" qui souffre , la souffrance est-elle autre chose que moi-même ? Je " suis" elle. Et alors que se passe-t-il ? Il n'y a pas de mot , pas d'étiquette qui vienne écarter cette douleur en lui donnant un nom. Je ne suis que cela , cette souffrance , ce sentiment d'agonie .Et lorsque je ne suis que cela , que se produit-il ? Lorsque je ne la nomme pas , lorsqu'il n'y a pas de peur suscitée par elle , est-ce qu'il existe une relation entre cette souffrance et le moi en tant que centre de conscience ? Si ce centre est en état de relation avec cette souffrance , il en a peur. Mais s'il " est cette souffrance même , que peut-on faire ? Il n'y a rien que l'on puisse faire. On " est" cela , on ne peut ni l'accepter ni le refuser , ni lui donner un nom. Si vous êtes" cela" , qu'arrive-t'il ? Pouvez vous encore dire que " vous " souffrez" ? Mais déjà une transformation fondamentale s'est produite . Il n'y a plus le " je " qui souffre , parce qu'il n'y a pas de centre pour souffrir. Le centre ne souffre que parcee que nous n'avons pas examiné ce qu'est ce centre. Nous ne vivons qu'en passant d'un mot à un autre mot , d'une réaction à une autre réaction. Nous ne disons jamais : " voyons ce qu'est cette chose qui souffre" .
Et on ne peut pas la voir en se forçant , en se disciplinant. Il faut regarder avec intérêt , avec une compréhension spontanée. Et alors on s'aperçoit que ce que nous appelions souffrance , douleur ,et que nous cherchions à éviter ou à discipliner , que tout ce processus a disparu."
( Une très grande souffrance advenue à Krishnamurti a été la mort de son frère , avec qui il avait été élevé après que les deux jeunes garçons aient été adoptés - littéralement kidnappés , disent certains - par l'Association Théosophique . En ce qui me concerne , j'ai pu pratiquer , avec intérêt , ce qu'il disait , souvent , mais de manière ponctuelle ; pour un deuil à long terme qui couve et ronge et grignote , quoi qu'il dise , moi je trouve que le temps aide ... les mois qui passent , mois de plongée , et ré-émergence ... Quand à la souffrance physique , d'accord pour des caries , d'accord pour le détartrage qui me donne pourtant envie de sauter à la gorge de l'officiant , mais , d'après mon expérience , inapplicable en cas d'abcés dentaire qui rend fou - et de toutes façons , dans ce cas là , précipitons nous chez le premier dentiste venu ...)