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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 20:42

             

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         L'une de mes soeurs , plus âgée que moi , me disait hier soir ,  à peu près  :  " je me suis rendu compte que nous ( son mari , et elle-même ) n'avions pas d'avenir " . Pas d'avenir ... on peut en être terriblement  déprimé . Pour moi le choc et la déprime , ça a été cet hiver   , quand je me suis rendu compte que Philippe et moi n'irions sans doute jamais plus balader à Venise l'hiver , comme avant , pour cause de santé dudit Philippe . Trop de marche dans l'humidité et le froid  où il respire mal - monter , descendre , pour traverser un canal ... Monter , descendre, pour revoir la Galleria dell'Academia ...  marcher , marcher , marcher  ...  

          Alors , maintenant , je fais attention , non seulement aux pensées parasites pendant la méditation , mais aux images parasites . C'est comme des portes que je vais dorénavant me garder d'ouvrir . La porte qui ouvre sur  Venise en hiver  , les lumières sur le Grand Canal ,  le clapotis de l'eau contre le bord du quai pendant qu'on attend le  vaporetto  ,  ou la promenade jusqu'à Torcello , avec le nez qui coule parce que le froid pince  ,  pour revoir les mosaïques du Jugement Dernier ,   puis la chaleur moite du restaurant ,  les spaghettis au noir de seiche et la légère ivresse après deux verres de  pino griggio ,  .... la porte qui ouvre sur la Toscane , la lumière sur les collines et  Florence au printemps , l'Annonciation de Simone Martini aux Offices   ... la porte , peut-être encore plus douloureuse ,  qui ouvre sur Pondichéry , sur Auroville ... Je sais que si j'ouvre ces portes , si j'en franchis le seuil pour jouir de la beauté des souvenirs , je vais ensuite devoir  traverser une solide crise de nostalgie - et du coup je n'ai vraiment pas envie de les ouvrir  . Vous vous souvenez du tout début de Rebecca : " j'ai rêvé que je revenais à Manderley ... "

       Tout à l'heure , j'ai pu participer à une séance de chant indien : Nath et Adam , depuis leur ashram Aurobindien bien caché dans la forêt au dessus de Rishikesh , ont donné une séance de yoga de la voix à leurs anciens et anciennes élèves ... Le temps de la séance , c'était chouette . Mais après ... Ouh là là ! C'était pas comme une de ces séances en stage , où l'on fait tellement le plein de joie , qu'on s'en retourne à la maison au bout de quelques jours  plein de bonne énergie et le cœur débordant de joie  . C'était .. bizarre . On a chanté avec eux - mais pourtant on n'était pas avec eux ... Ils vont recommencer , et je reviendrai , bien sur , devant l'ordi , pour chanter . Mais ... c'était très triste , ensuite  . Ils sont là , ou ils sont pas là ? Quelque part , mon système de référence a besoin de la totalité d'une personne humaine , devant moi , pour être nourri .   Je suis un peu décalée sur l'époque , finalement . 

         Et en attendant de les revoir - cet été , ou l'année prochaine , ou jamais  : je profite , moi aussi , de n'avoir pas d'avenir . Je profite de l'instant qui m'est offert  - une tulipe perroquet courbée par le mistral , que je redresse amicalement  ;  descendre lentement jusqu'au potager pour  cueillir des blettes et de l'ail nouveau ; m'étonner de voir le milan noir poursuivi par une pie qui défend sa nichée ;  regarder les nuages dans le ciel ... Je suis ici , et nulle part ailleurs . Sans avenir - dans le présent  tranquille et parfait , qui ne reviendra jamais plus  ...

 

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P.S : et au fait , depuis Vendredi et cette énorme crise de terreur ,la blessure à ma main s'est mise à cicatriser à toute vitesse ! J'attends un peu , du coup , pour le dermato ...

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