Ce matin , j'ai décidé de négliger délibérément mon courrier pour venir tout de suite ici , désolée les copines ... ( et les autres ) . Faut dire que déjà depuis un mois je n'ai pas eu l'esprit assez libre *pour me mettre à peindre , alors que l'envie ne m'en a pas manqué ; si en plus je ne peux plus écrire ...
Dont acte .
D'abord je voulais vous remettre une photo du temple , prise il y a deux ans depuis le bout du plateau ; tous ces temps ci j'ai oublié mon appareil photo , et cet après-midi , la dernière , la lumière va être belle , mais différente , à cause de tous les orages et nuages dans le ciel .

Mais ces rencontres , alors ? oui , j'allais y venir ...
D'abord celle , incroyable , de Marie-Thérèse , une des rares copines de ma lourde , ennuyeuse , terrifiante scolarité , à laquelle je pouvais penser avec plaisir ; Marie-Thérèse qui m'a fait la surprise de venir à l'expo , m'ayant retrouvée , sans me le dire ... grâce à Internet !!! Au bout de quarante-cinq ans ... je ne reconnaisssais rien d'elle , je croyais pourtant me souvenir très bien de sa voix , de son visage , de ses façons d'être .. les années passées ont changé l'adolescente en chantier , à la voix pleine de fractures et d'enthousiasmes , en une femme : harmonieuse , pas d'autre mot pour décrire cette première impression . On va se retrouver au fil de prochaines rencontres , cet hiver - quel plaisir d'y penser !
Celle , attendue , de Jeanine et Jean , qui sont arrivés à la maison pendant que nous étions , Philippe et moi , au plus profond des abîmes d'une sieste ; je les ai reçus à peine poliment , hallucinée de sommeil que j'étais , les ai casés dans la chambre d'amis et suis revenue roupiller presque sans remords .. on s'est rattrapés après , pour l'amitié et la parlote , mais pas suffisamment , bien sur .
Encore une , inattendue et rigolote : vers les sept heures du soir , un monsieur d'un certain âge comme on dit , trapu , cheveux mi-longs gris , un visage qui rapelle légèrment celui de Michel Simon jeune , yeux petits et bas de visage lourd , tout de noir vêtu avec la chemise entrouverte qui laisse apparaître une chaîne en or , monte les marches et me dit bonjour ; je réponds bonjour ; il me dit alors comme une évidence : je suis Mr A....
Ah bon , vous êtes Mr A... , ( Enchantée . Mais encore ? Qui ça peut bien être ce monsieur si célèbre ? )
C'est le peintre qui expose après moi , et il y avait eu un malentendu de la mairie concernant les dates , si bien qu'il avait , fort gentiment , reculé ses dates d'exposition pour que je puisse terminer la mienne .
On discute de banalités , puis je lui demande ce qu'il peint , il me dit : de la peinture au couteau , des paysages provencaux . Aaaaaaah , j'en frémis ... Il annonce fièrement qu'il a eu la médaille d'Or à Paris . Je témoigne donc tout le respect du à la médaille d'Or de Paris , section peinture provencale ... il expose dans plusieurs galeries , etc...Nous discutons amicalement . Il finit par entrer pour venir voir ce que je peins ( je suppose qu'il a la même inquiétude que moi , lorsque je vais voir les peintures de quelqu'un que je trouve sympathique : c'est terrible de devoir s'arracher un commentaire élogieux quand on aime la personne mais pas sa peinture ... en fait , vous savez , je n'aime presque que la mienne , de peinture . Non , j'exagère ...) Revient soulagé , il me dit que c'est bien , que c'est poétique , et puis c'est correctement encadré ... Ouf ! nous sommes bien contents tous les deux , et j'irai voir sa peinture sur le net ... Du coup , il croit nécessaire de me consoler parce qu'il n'y a pas tellement de monde . Mais , Grands Dieux ! est-ce que j'ai envie qu'il y ait beaucoup de monde ? je suis heureuse s'il vient deux amis dans l'après-midi , ou bien une seule personne que je ne connais pas , mais qui reste longtemps , puis sort et me fait un grand sourire et me remercie tant elle a aimé l'exposition , ou encore s'il ne vient personne et que je reste à méditer sous le cerisier , plutôt que plein de gens qui font des commentaires artificiels ressucés ... Quel bonheur que d'être accueillie dans ce lieu , avec mes tableaux .. ! Quelle chance exceptionnelle !
* cette histoire de se sentir l'esprit libre me turlupine , d'ailleurs ; ce matin , Dimanche matin donc , au réveil je me sentais dans un état d'esprit un peu oppressé , parce que j'ai promis à maman de la sortir aujourd'hui . donc je marronnais , trois heures de perdues alors que je voudrais jardiner , ou faire du ménage , ou ranger ...banal de râler pour une de ces petites contraintes . Et puis tout à coup j'ai repensé que , quelles que soient les circonstances , ce sont forcément les meilleures pour m'aider à évoluer ( dixit Arnaud , je vous l'ai déjà seriné ) . Ou sont passées ma liberté et joie intérieures si elles dépendent de ce que m'offre la vie ? Y repenser m'a aidée à me regarder de loin , pour un temps ,mon côté bougon . Par contre , il y a toujours l'écueil , l'habitude enfantine de nier une émotion négative ; on a tellement envie d'être parfaite ... faut pas tomber là dedans non plus ... Dieu que la navigation est délicate .