Depuis ce même pont , Lakshmant Bridge ...
Petites Peintures
A l'origine , c'était un blog pour montrer mes peintures ,qui sont des petits formats sur papier . Au fil des jours et des mois , et parce que j'écris quand je n'ai pas la disponibilité pour peindre , c'est devenu un endroit en dents de scie qui m'a permis d'assumer enthousiasmes et déprimes , joies et agacements ,bien souvent comme si c'était la dernière bouée qui me restait sur terre . Il est nécessaire que vous gardiez à l'esprit que c'est le blog de quelqu'un qui est en cheminement ; quelqu'un qui sait , comme le lecteur , que les émotions changent sans cesse , les émotions qui sont refus du monde qui m'advient , et qu'il ne faut pas trop s'y laisser prendre ; mais pas les nier non plus ; et que l'enseignement des sages est : " Tout est bien ". Un monde harmonieux , en somme , pour peu que nous puissions en comprendre les mécanismes ... ce qui n'est pas encore mon cas .Oui , j'ai fait quelques progrés en trente ans , si vous saviez d'où je viens ... Le chemin m'emméne , de toutes façons . Vers où ? En attendant de le comprendre , ce monde , on peut juste émettre le voeu boudhiste : " Puissent tous les êtres se sentir heureux " - si vous le préférez en Sanskrit : Loka Samastha Sukhino Bhavantu
J'explique le pourquoi du pseudonyme en partie dans le bandeau de mon autre blog , au nom tiré de Lewis Caroll , mais néanmoins consacré à des voyages en Inde - le lien est tout en bas à gauche , mais vraiment , en bas , en bas ...
Branchesetbosquets , c'est l'étymologie de mon nom de famille - et puis ça me confortait dans l'impression d'être un personnage de Tolkien . Enfin , si vous avez perdu mon e-mail : c'est francoise.rambosson@free.fr , et je préférerais , de beaucoup , que ça apparaisse en petit mais - j'arrive pas .
Depuis ce même pont , Lakshmant Bridge ...
Un ou deux kilométres en amont sur le Gange , il y a un autre Rishikesh , si on était en France je l'appellerais Rishikesh-du-haut : toujours des ashrams , des écoles de yoga , beaucoup de guest houses et des magasins , regroupés autour d'un deuxième pont : Lakshmant Jhula . C'est dans ce hameau qu'on a rencontré le swami qui parlait français et dont l'intelligence m'a ravie - ancien prêtre catholique , ou encore prêtre , je ne sais pas ... dans ce hameau aussi que j'ai trouvé les plus belles boucles d'oreille et les plus jolis châles - et je n'ai pas eu le temps de faire tous les magasins , hélas ! il faut dire , tant que les nouvelles de Philippe m'inquiétaient , je n'avais guère le coeur à acheter des boucles d'oreilles ... à Rishikesh , j'ai commencé à être un peu rassurée ; je crois surtout que l'atmosphère de ce lieu m'a aidée à être libérée , provisoirement , de mon inquiétude , et à entendre ce que me disait l'intéressé au téléphone , qu'il était rentré à la maison et se sentait fatigué , mais qu'il était inutile que je rentre en France .
Comme vous voyez , ces ponts piétonniers sont ultrasécurisés ! mon vertige n'avait guère d'excuses ... mais je n'aimais pas sentir le pont trembler quand une moto passait trop vite . Enfin , le vertige a consenti à me quitter suffisamment pour que j'ose prendre des photos depuis le pont !
Rishikesh , pour ce que j'en ai vu , est un gros village , constitué de plusieurs petits villages assez dispersés . Nous y sommes restés plusieurs jours , dans un hôtel cosy dont nous avons apprécié le confort ( ahhhhhh ! les couettes épaisses et légères ...) . Le matin très tôt , on pouvait faire un petit trajet dans la nuit pour aller méditer à l'ashram de Shivananda ; un beau moment , bien que je ne l'ai pas autant apprécié que je l'aurais fait d'ordinaire , pour cause de grippe et/ou grosse toux , épuisantes . Comme j'avais commencé à vous le raconter , nous avons aussi rencontré des personnes remarquables : au village situé plus en amont , un swami ancien prêtre catholique , un homme passionnant dont j'ai adoré la tournure d'esprit . A l'entrée de son ashram , il y avait une plaque gravée , avec les symboles de tous genres de religions , dont la religion chrétienne , placés sur un cercle , comme les chiffres d'une horloge ; c'était sous-titré , si je me souviens bien : toutes les religions sont des chemins vers Dieu ( je traduis ) . Ouf ! ( il faudra que je retourne là bas pour prendre une photo ... bien que les religions ne soient pas vraiment mon problème , puisque j'ai été élevée hors religions et que donc il m'est assez facile de les respecter toutes ; quoique infusée , comme la plupart des Français , dans une civilisation catholique )
J'ai apprécié également une intéressante séance de question-réponses , animée par Swami Muktananda * à l'ashram Sivananda . Un swami d'origine canadienne ; j'ai été surprise par son gabarit ( les indiens sont plutôt fluets d'ordinaire ) , on voit qu'il a été gavé de vitamines depuis l'enfance . Ceci-dit , j'ai bien aimé sa présence pleine d'humour - tout en n'étant pas trop intéressée par les multiples allusions bibliques de quelqu'un qui a une énorme culture ,de l'Ancien et du Nouveau Testament . Inattendu , pour moi ... qui n'ait pas cette culture et qu'elle n'intéresse pas de trop ; en outre , vu que l'entretien était en anglais , je devais me concentrer énormément pour ne rien louper .
* vous pouvez écouter une interview qu'il a donnée ( en français ) sur cette page web :
http://eti.martin.free.fr/qui-suis-je/Muktananda/index.html
Comme vous voyez , il y a un pont suspendu ; il est interdit au voitures... je l'ai courageusement traversé (je suis sujette au vertige !) , entre motos , vélos , mendiants et vaches ... et le dernier jour je n'avais presque plus peur . On peut dire que c'est la bénéfique influence des méditations dans cet endroit sacré , mais aussi que les magasins de châles étaient presque tous de l'autre côté .
Donc , nous avons fini , au terme d'un parcours en car suffisamment long , par atterrir à Rishikesh et découvrir le Gange - avec admiration , avec enthousiasme , avec ravissement ... et presque à l 'aube nous avons commencé dans le recueillement les ablutions rituelles . Une fois n'est pas coutume , je mets des photos de copines sur ce blog ... j'ai une excuse , non , deux : 1) j'adore cette photo et 2) je n'arrive pas à envoyer aux intéressées des photos par mail en ce moment ... C'est à Rishikesh que le fleuve sort majestueusement des montagnes .
Sauf des embouteillages ( les petits trucs à la capote jaune sont les rickshaws à moteur , auto-rickshaw , comme à Pondichery ) . La photo est prise du car qui nous emmenait vers Rishikesh ( quelque chose comme 250 kilométres , huit heures de voyage dont trois au moins pour sortir de Delhi ) . Et avec l'essor économique les indiens vont avoir de plus en plus de voitures individuelles ...
J'ai parlé de cette jolie architecture de ruche , j'ai parlé du froid dans la chambre aux proportions parfaites et aux murs de pierre , j'ai parlé de la salle à manger à claire -voie , j'ai parlé de nos deux bronchites à Martine* et à moi , j'ai parlé de tout ... un bel endroit ; un arbre aux fleurs ravissantes , aux étranges feuilles bilobées , dont je ne connais pas le nom , dans le jardin ; une très belle méditation le soir ; des gens gentils ... mais quel froid , quel froid ...
* Martine qui souffrait du froid encore plus que moi , bien enveloppée que je suis dans mes kilos en trop ...
Avant de revenir aux photos du voyage , j'ai envie de vous parler des chants sacrés indous : il y a une tradition en Inde concernant le fait de répéter le nom de Dieux , de Dieu , ou des mantras , c'est à dire des formules en sanscrit , utilisées depuis des siècles et des siècles . Et si vous répétez et répétez sans arrêt le nom de Dieu ou le Mantra , vous atteignez Dieu . La Réalité . La Vérité . Ou encore le Vide Ultime ... Ca a l'air un peu débile ; mais dans certains cas , ça a vraiment marché ... l'exemple le plus connu est Swami Ramdas *.
Ca a marché , dans certains cas . Hare Krishna est un mantra ; Pour les sexagénaires dans mon genre , vous devez vous souvenir des petites troupes qui chantaient Hare Krishna : dans mon souvenir tous étaient très pâles , la peau presque transparente , les gars tondus et les filles évanescentes , vêtus de robes ou de saris d'un rose orangé , doux comme des sorbets , qui chantaient ou dansaient en agitant des tambourins sur le Boul'Mich dans les années soixante-dix ... Je me demandais bien ce qu'étaient devenus les jeunes qui chantaient Rue de la Huchette ... mais j'ai une piste maintenant , je vous en reparlerai .
Je ne crois pas que cette pratique soit mon chemin à moi . Pour autant que je me souvienne , Krishnamurti , qui reste un de mes guides préférés , prétend qu'on peut réussir ainsi à s'abrutir de manière tout à fait satisfaisante ... Et pourtant ... pourtant , participer à une soirée de chants dévotionnels , comme hier soir , me remet mieux dans mes pompes , me donne de l'énergie et une stabilité émotionnelle dont je manque parfois cuellement ; ceci malgré que toute une partie de moi n'apprécie pas tellement ce genre de chant ... et ne soit pas accro à 100% de la musique indienne . Je crois que je préfère Vivaldi , ou Marianne Faithfull quand je suis d'humeur ...Donc en ce qui me concerne , oui pour les mantras , mais à petites doses .
Quand on chante , il n'y a pas que la musique , il y a aussi les mots . Les mots que nous disons , les mots que nous chantons , ont une énergie intense, qui réagit sur la personne qui les dit ,sur la personne qui les écoute ; pour ma part je n'ai pas vraiment envie non plus de chanter des mots avec lesquels je ne suis pas en accord ( je ne crois pas que je pourrais encore chanter la Marseillaise , par exemple ) . La tradition indoue dit que les syllabes employées dans les mantras ont acquis , à force d'être répétées pendant des millénaires , un pouvoir propre , qui fait qu'on n'a même pas besoin de connaître leur sens . Donc , je répéte : j'ai passé une soirée géniale , hier , à chanter divers mantras , et à moduler Om Nama Shivaya tout au long des mélodies, les traditionnelles et celles que nous avait concoctées Adam dans son style plus-indien-tu-meurs ... et nous avons terminé par :
Lokha Samastha Sukhino Bavantu
( Que tous les mondes soient heureux )
( ce qui fait déjà du bien à lire , ou à écrire ... un désir fort qui s'exprime ... le nuage radioactif est bien invisible et insoupçonnable , le nuage du mantra pourrait en faire autant ... )
* lisez , ou relisez , les Carnets de Pélerinage de Swami Ramdas , ou le livre du Pélerin Russe , qui répétait sans arrêt Christ , ayez pitié de moi ... et demandons nous pourquoi les moines chrétiens qui chantent chaque matin y trouvent , pour la plupart , un tel bonheur .
Une citation prise sur le site dont je vous parlais l'autre jour ( http://ganapati.perso.neuf.fr/dieux/index.html )
Tout hindou considère Shiva comme "Le Bienveillant Seigneur". Or, chacun sait que Shiva est aussi le puissant Dieu Destructeur dont la danse Cosmique signe la fin des Mondes. Pour éclairer cette apparente contradiction, on doit rappeler que pour l'hindouisme, Création-Préservation-Destruction du Monde sont organisés selon un cycle qui se répète dans un intervalle de temps gigantesque. De même, au niveau de la destinée humaine individuelle, il n'est aucun progrès spirituel qui ne demande le démantèlement de nos convictions ou attitudes. Dans un langage plus simple, pour devenir meilleur, il faut éliminer ce qui est moins bon, détruire pour reconstruire. Et l'élimination, c'est le travail de Shiva. Shiva est donc moins un Destructeur qu'un Transformateur, Celui qui, ayant éradiqué ce qui n'est pas adéquat en nous, nous permet de progresser. C'est pourquoi il est fondamentalement Bon et Bienveillant, même si les transformations auxquelles il nous invite sont douloureuses.
En ce sens, les épreuves de la vie, qu'elles soient fortuites ou conséquences de karma antérieurement acquis, peuvent, et même doivent, être comprises et vécues comme des opportunités de changements qu'il faut accepter.
C'est souvent, sinon toujours, difficile. Nos conceptions d'occidentaux nourris d'idées sur le bonheur fabriquées par notre société de consommation, attachés au désir de "tout et tout de suite", font que ces façons de voir le monde sont difficilement acceptables.
Hum ... en ces jours angoissés , ça n'est peut-être pas le moment de parler de faire allusion aux forces de destruction , je vais recevoir un mail indigné de ma soeur ... Comme vous , je me cramponne désespérément à tout ce que je considère comme mes éléments immuables de bonheur ici bas ( ma maison mon mec mes animaux mon jardin ma peinture ... ) et voudrais tout conserver tout le temps , je voudrais tant pouvoir toujours ouvrir un petit tiroir et hop ! l'élément désiré se présente docilement , tout mignon tout pareil tout comme je l'avais laissé quand je l'avais mis dans le tiroir . Pas de bol , le monde est toujours en train de fluer , il coule comme l'eau d' une rivière , qui ne s'arrête jamais ...
( le Gange à Rishikesh - vue vers l'amont )
Allez , pour se remonter le moral , relisons un classique : Demain les chiens de Clifford.D.Simak , - Peut-on parler de science-fiction pour ce chef-d'oeuvre , présenté comme un attrayant recueil de nouvelles? plutôt philosofiction ?