Petites Peintures
A l'origine , c'était un blog pour montrer mes peintures ,qui sont des petits formats sur papier . Au fil des jours et des mois , et parce que j'écris quand je n'ai pas la disponibilité pour peindre , c'est devenu un endroit en dents de scie qui m'a permis d'assumer enthousiasmes et déprimes , joies et agacements ,bien souvent comme si c'était la dernière bouée qui me restait sur terre . Il est nécessaire que vous gardiez à l'esprit que c'est le blog de quelqu'un qui est en cheminement ; quelqu'un qui sait , comme le lecteur , que les émotions changent sans cesse , les émotions qui sont refus du monde qui m'advient , et qu'il ne faut pas trop s'y laisser prendre ; mais pas les nier non plus ; et que l'enseignement des sages est : " Tout est bien ". Un monde harmonieux , en somme , pour peu que nous puissions en comprendre les mécanismes ... ce qui n'est pas encore mon cas .Oui , j'ai fait quelques progrés en trente ans , si vous saviez d'où je viens ... Le chemin m'emméne , de toutes façons . Vers où ? En attendant de le comprendre , ce monde , on peut juste émettre le voeu boudhiste : " Puissent tous les êtres se sentir heureux " - si vous le préférez en Sanskrit : Loka Samastha Sukhino Bhavantu
J'explique le pourquoi du pseudonyme en partie dans le bandeau de mon autre blog , au nom tiré de Lewis Caroll , mais néanmoins consacré à des voyages en Inde - le lien est tout en bas à gauche , mais vraiment , en bas , en bas ...
Branchesetbosquets , c'est l'étymologie de mon nom de famille - et puis ça me confortait dans l'impression d'être un personnage de Tolkien . Enfin , si vous avez perdu mon e-mail : c'est francoise.rambosson@free.fr , et je préférerais , de beaucoup , que ça apparaisse en petit mais - j'arrive pas .
Nous partons dans dix jours à peine .. Envie de partir , regrets de partir .. - miséricorde , comment puis-je abandonner le jardin , fabuleux en ce moment , mes plants de tomates tout petits encore qui auraient peut-être besoin d'encouragements pour grandir , les haricots nains que je viens juste de semer , les pivoines à peine écloses , le grand rosier de roses rouges qui embaument , le deutzia blanc dont les fleurs délicates commencent seulement à s'ouvrir ... Hermione et les chats , que je trouve d'autant plus adorables que je vais les laisser tomber - oui , oui - mais , revoir Amsterdam , les musées , les canaux , la Haye et le tout petit musée qui me plait tant , où sont les Franz Hals .. ( voyons , est-ce à Utrecht ? je ne me souviens plus .. )
Enfin . Hier matin , profitant d'une éclaircie , nous sommes allés nous promener vers Sauve et sa mer de rochers . Joli village , Sauve - surtout vu de l'extérieur .. Nous avons marché quelques heures sur un chemin ancien , où les pierres ont été longuement polies et creusées par les roues des charrettes , année après année , siècle après siècle . Hermione gambadait , les nuages et le soleil jouaient à cache-cache , le chemin cheminait au sein d'un vert halluciné , entre chênes rouvres et chênes verts en fleurs , pistachiers térébinthes , clématites exubérantes et arbres de Judée - défleuris , eux .. La végétation a enseveli les bâtiments , ruines de bastides , bergeries anciennes . Comment c'était , Sauve , il y a cent ans ? Surement moins d'arbres , plus de champs .. en témoignent tant de minuscules enclos , auxquels on accéde par des passages inattendus entre les épais murs de pierre séches ; autrefois jardins ou patures , maintenant taillis de jeunes chênes . Trois marches me font rêver , qui conduisent à un portique de pierres massives , mais au fond de l'espace d'herbe haute il n'y a qu'un triste mas plus qu'au trois-quart démoli .. Je me demande chaque fois , dans ce genre de paysage si longtemps habité , comment se sentaient les gens qui vivaient là , qui cultivaient leur bout de champ , déplaçaient tout au long de leur vie pierre après pierre pour améliorer la précieuse terre meuble , construire ces énormes murs qui enserrent à hauteur d'homme les étroits sentiers que nous suivons aujourd'hui .
Une de mes amies ne les aime pas , les appelle des iris de gare . Ils sont , certes , assez communs , se répandent facilement - mais après avoir travaillé toute la journée le nez dans le vert à arracher de l'herbe et de l'herbe ( ouh là ! le coup de soleil !) j'étais enthousiasmée , au crépuscule , par la douceur de leur teinte - bleu presque mauve par endroits , bleu de fumée légère , bleu des collines bleues ... Presque le bleu des Gauloises bleues , pour les gens qui s'en souviennent .
Ma voisine se désole , les dernières pluies trop abondantes ont eu pour conséquence la mort d'au moins la moitié de ses poissons rouges . Elle en avait une bonne cinquantaine , je crois , et je l'ai aidée à récupérer les tristes petits cadavres avec une épuisette ( voilà que j'écris comme John Dowland !) . Pourtant , son bassin est nickel propre , elle le vide et le nettoie tous les printemps - peut-être trop propre . Dans le mien , comme dans le jardin de fleurs qui l'entoure , les herbes poussent à foison - iris d'eau , calthas , nénuphars , et des plantes qui sont censées oxygéner l'eau .. - la vase s'est accumulée au fond , les tétards y grouillent innombrables . Mais les cinq rescapés de la gloutonnerie du héron ont l'air de pas mal se porter .. Hier , un peu inquiéte tout de même pour mes protégés , j'ai été leur donner une portion de granules supplémentaire , qu'au moins ils meurent le ventre plein , au cas où leur triste sort serait de mourir asphyxiés par une eau trop pure .
Ouf ! je viens de passer deux heures à retravailler à cette peinture - tant et si bien que je ne peux plus la voir .. mais dehors , le vent souffle et souffle ; une pluie drue tombe de l'Est , puis de l'Ouest , pour que tout soit trempé .. Quel dommage , le rosier grimpant de roses rouges était si joli ..
Deux heures et demie du matin : je me réveille en sursaut , hyper angoissée malgré le chat ronronnant installé contre mon oreille . Nous venons , le soir même , d'accepter une offre d'échange de maison , qui doit avoir lieu dans fort peu de temps , avec des habitants d'Amsterdam ; ce qui d'une part me réjouit , - revoir tous ces merveilleux musées , le Rikjsmuseum vient d'être rénové parait-il , se promener dans Amsterdam .. - et d'autre part m'angoisse car la nouvelle chambre faite par Philippe n'est pas encore tout à fait prête à recevoir des hôtes ... m'angoisse car si je veux faire une exposition à Corbés cet été , comme je l'avais promis à R. , je me demande si j'ai assez de peintures prêtes .. etc ... etc..
Rien ne sert de rester allongée dans ces cas là , au contraire : je descends dans l'atelier vérifier les peintures que je juge acceptables - il y en a quatorze . Donc , ça ira , en ajoutant quelques unes faites l'année dernière . La dernière , que j'ai faite Dimanche , me plairait bien pour l'affiche , d'ailleurs ...
Bon .. pas envie de me mettre à peindre à cette heure de la nuit .. mais en examinant le carton où sont placées les aquarelles non encore encadrées , bien à plat , je suis tombée sur la peinture faite fin Décembre ; j'y avais calligraphié un petit bout de l'introduction à une Upanishad ( Isha ? ) .. et rien que de relire ces quelques vers , l'angoisse me quitte , d'un coup . ( cf chapitre 1424 et 1425 )
Ce trésor des Upanishads, à portée de lecture .. je me replonge dans l'énorme livre de Martine Buttex , que j'ouvre au hasard .. à cette heure-ci de la nuit , on a l'esprit tout grand ouvert : les premières phrases lues ( Kena Upanishad ) m'éjectent d'un coup en dehors de mon tournage en rond habituel - la porte plonge au sein de l'immensité , vide intergalactique et étoiles en sus .. et le couloir pour arriver à cette porte m'a conduite avec une logique tellement pertinente , tellement mathématique , tellement implacable , que je ne peux que suivre pas à pas vers l'éblouissement :
( I, 1) Om ! Par qui la pensée ( manas ) a t'elle été envoyée voleter de ci de là ? Par qui attelé au départ , le souffle vital ( prana) erre t'il de ci de là ? Qui émet les paroles que nous prononçons ? [..]
(I, 3) L'oeil ne peut parvenir jusque là , ni la parole , ni la pensée . Nous ne connaissons pas Cela ( Tat ) et ne comprenons pas comment on peut nous l'enseigner . Car Cela est différent du connu , mais est aussi au delà de l'inconnu . Voilà ce que les Voyants ( rishis ) nous ont enseigné à ce sujet .
(I, 4) Cela qui n'est pas exprimable par la parole , mais par quoi la parole peut être exprimée , Cela seul , connais-le comme Brahman , et non ce que la parole vénère ( ou exprime )
(I , 5) Cela qui n'est pas pensable par la pensée ,mais par quoi la pensée peut être élaborée , Cela seul , connais-le comme brahman , et non ce que la pensée vénère ( ou pense )
( I, 6 ) Cela qui n'est pas visible pour l'oeil , mais par quoi l'oeil peut voir , cEla seul conais-le comme Brahman , et non ce que l'oeil vénère ( ou voit )
( I, 7) Cela qui n'est pas audible pour l'oreille , mais par quoi le souffle respire , Cela seul ,connais-le comme Brahman , et non ce que l'oreille vénère ( ou entend )
( I , 8) Cela qui n'est pas respiré par le souffle , mais par quoi le souffle respire , cela seul ,connais-le comme Brahman , et non ce que le souffle vénère ( ou respire )
Et voilà , maintenant c'est le matin , la porte s'est refermée .. m'en reste juste le souvenir du parfum , une sensation troublante au profond du ventre ; et les mains , la pensée , qui tatonnent le long des parois du couloir ...
Aujourd'hui
je n'ai pas jardiné
je n'ai pas fait de séance de yoga comme j'en avais l'intention
j'ai complétement oublié le rendez-vous que j'avais avec Renée - et j'en étais bien confuse mais l'expo qu'on devait aller voir ensemble ne m'intéressait pas tellement , en fait
je n'ai pas fait la cuisine
je n'ai pas été voir ma maman
mais j'ai peint .