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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 11:52

... nous partons d'abord faire une apparition éclair en Haute-Savoie , puis ... vers l'Ouest parce que je voudrais aller au bord de l'Océan ramasser des coquillages . Et peut-être me baigner . On emporte la tente à tout hasard , parce qu'on n'a rien prévu ... je vous laisse avec une photo de St André de Valborgne la tête en bas , c'est tout mignon St André ; l'expo est moyenne à mon goût , mes tableaux ne sont pas les des meilleurs , sauf l'Enterrement  ; il y a juste à sauver une femme qui peint des grandes huiles dans un style Zao-Wou-Ki-en , mais il n'y en a pas assez à mon goût de ses tableaux , et un américain qui a trouvé son Fuji-Yama , ou sa Montagne Sainte-Victoire , à St Hippolyte du Fort et fait des petits trucs sympas avec des photos de la montagne de là bas ...les pastels d'Alix par rapport aux plages du Nord ne sont pas mal ,avec une belle lumière ,  pas assez structurés toutefois ( ça fait penser à Spillaert , mais revu par Bonnard , j'aime mieux Spillaert ) ;  le reste , c'est des gens qui débutent , ou alors je n'aime pas trop ce qu'ils font .  A bientôt et bises à tout le monde !

1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 22:53

          Alix , qui a tout organisé - et je l'en remercie -  vient de me demander la liste des quelques oeuvres que j'expose à St André de Valborgne ( une exposition collective )  ; le vernissage est pour demain et j'ai oublié de la lui donner ... il y en a cinq , voyons ,voyons , cinq petites peintures de 2006 et 2007, mais tout à coup impossible de me souvenir de ce que je lui ai filé ... je me souviens , certes , que deux d'entre elles étaient encadrées en bleu , donc de 2006 ... ensuite , le vide ... misère ... et je ne lui ai même pas donné les meilleures , à part : " l'Enterrement " que j'aime vraiment beaucoup bien qu'il soit triste ... , de ça au moins je me souviens .Une . Et deux , trois , quatre ?...........rien ne vient ...  Je peins énormément , c'est des tout petits formats , au moins une centaine par an sur vingt -cinq ans , calculez ...  outre que je suis dans un état méditatif quand je peins , et donc ça n'est pas mon " moi" habituel qui peint ... c'est direct de l'inconscient collectif à la feuille de papier en passant par ma main gauche et le petit pinceau ... après , celles qui me plaisent le plus , en général je les garde pour moi , mais pas toutes ... oui , quand on me montre une de mes oeuvres je suis tout de même capable de me souvenir que c'est " moi" qui ai peint ça , en général ... 
               En fait , je suis étonnée du fonctionnement de ma mémoire ; je lui confie la tâche de gérer mes différentes activités dans la vie , et en ce moment j'y ai trop de petits placards à faire fonctionner  ... ( un placard " expo à Corbès" , un placard  "expo à St André " un placard " jardinage " , je l'aime beaucoup aussi mais il contient des tas de petits casiers : dans certains il y a des sachets de graines , dans d'autres des dates " ne pas oublier de déplacer les iris bleus en Août " par exemple , ou " déplacer la pivoine cet automne" , un placard " Nice , tutelle de Tata Lili " qui est en train de devenir carrément monstrueux , genre armoire Normande XIX e siècle , un placard " Nice , maman " etc , etc ...  j'avais un problème émotionnel , chaque fois que j'ouvrais un tiroir , comme un diable de sa boite sortait la culpabilité de ce que j'avais oublié de faire ( aujourd'hui par exemple c'est : " téléphoner pour la peinture de l'appart de Tata Lili " )  et maintenant si j'ai aussi un problème de ne pas pouvoir ouvrir certains tiroirs ... ceux qui me touchent de près , justement ... déjà , je n'ouvre plus jamais le tiroir " comptes personnels " , moi qui pendant trente ans ait vérifié scrupuleusement chacun de mes chèques ... je me contente de vérifier que je ne suis pas trop à découvert à la fin du mois ; mais ,honnêtement , je ne peux pas gérer plus ... 

           Aujourd'hui j'ai préparé des invitations pour mon expo personnelle fin Août ( j'aime bien faire ce genre de truc quand j'ai le temps , je plie les petits cartons en deux , je colle proprettement la reproduction de la peinture sur une face , et quand j'en ai une dizaine je les mets sous une planchette avec le gros galet que Marie-Hélène m'avait rapporté du Portugal il y a bien dix ans ; elles sont très jolies ces invitations ) , puis j'ai continué les encadrements .  Mais c'était bizarre parce que j'avais l'impression , en faisant ça  , de préparer , avec amitié ,  l'exposition de quelqu'un d'autre , quelqu'un qui  peindrait des peintures que j'aime bien , l'expo de Françoise Machin Truc  ...  mais pas " moi " ... 

          Alors , je suis mure pour le cabanon , ou est-ce que le sens de l'ego est en train de se détacher de " moi" comme une feuille en automne *  ?  ou encore ( ce qu'à Dieu ne plaise ) serait-ce que je couve un bon petit Alzheimer des familles ? Ha !


    * Oui , j'emprunte  la métaphore de la feuille d'automne , vaut mieux penser à ça comme genre de chute qu'à celle d'un kaki trop mur
 ...

31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 16:59

... Quand j'y pense j' ai vécu quelques unes expériences d'Eveil , toutes très différentes les unes des autres ; aucune n'a duré très longtemps . Et est-ce que ça a changé  ma vie ? ma foi , un peu mais rien de fracassant ; en tout cas c'était chaque fois comme si je prenais conscience de vivre dans une pièce très sombre ( la Princesse est enfermée dans une tour , bien sur ) et qu'une fenêtre s'ouvrait pour une fois , me permettant de voir un peu ma prison intérieure et le paysage extérieur . Au bout de quelques minutes , la fenêtre se refermait , et je me retrouvais dans mon état d'esprit habituel , ou à peu près ... L'une de ces fenêtres , je l'ai déjà raconté peut-être , ça s'est passé il y a une vingtaine d'années , en mangeant une prune . J'avais eu le cafard  sans raison , toutes la matinée ; j'habitais alors à Aix , et je me souviens que tout en redescendant la rue qui mène de l'hôtel de ville au Cours Sextius , je me disais : d'accord , tu as un sacré cafard , accepte ça , ouvre toi à cette déprime pas possible , accepte ... puis , en rentrant à la maison , il y avait des prunes dans une assiette , et machinalement j'en avais saisi une et je la grignotais ; vint la pensée " ça n'est pas en compensant sur les prunes que tu vas échapper au cafard , c'est pas malin " ; puis , tout de suite , un état d'esprit incroyablement léger et heureux , comme si toutes difficultés éternellement aplanies , j'admettais que ce geste de manger une prune était un geste d'une  totale perfection , que tout était parfait , mon geste , ma vie , La Vie , l'Univers , et tout ,et tout ...
   J'ai du revenir un petit quart d'heure plus tard à mes montagnes russes habituelles ,  à mon fatras de pensées habituelles ... mais je me suis toujours souvenue de cette expérience . Qui n'est jamais revenue comme ça .  Juste le souvenir un peu douloureux de la fenêtre ... Comme j'ai , maintenant , le souvenir de cet immense espace sombre et de cette légèreté de l'autre jour ... je continue à visiter l'intérieur de la tour , de pièce en pièce , d'escalier en corridor ... peut-être qu'un jour j'irai dehors ? pourtant , c'est sur , ma vie est moins pesante maintenant qu'il y a trente ans , qu'il y a vingt ans , et ça ne dépend pas des circonstances  extérieures ... alors ...

31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 12:47

    Je cherchais , comme je vous l'avais dit au début ou à la fin ou au milieu du chapitre 419 , une citation pour illustrer ce chapitre ... bien sur bien sur je n'en trouve pas sur le moment , mais en reprenant un petit volume , réédité en poche sous le titre " à propos de Dieu " , gracieusement iconoclaste et provocateur comme d'habitude chez K. , je tombe sur cette réponse à la question : " Qu'est-ce , d'après vous , que la méditation authentique ? "  Bien entendu , il commence par commenter tout ce que ça n'est pas ...

        " ... La méditation ne consiste pas à se retrancher de la vie . C'est un processus de compréhension de soi. Et lorsqu'on commence à se comprendre , à connaître non seulement les zones conscientes , mais tous les pans secrets de l'être ,alors vient la tranquillité . L'esprit dont la tranquillité est induite par les pratiques méditatives , par la contrainte , le conformisme , n'est pas un esprit calme , mais un esprit stagnant. Il n'est ni attentif ,  ni passif , ni capable de créativité. La méditation requiert une attention de tous les instants , la conscience de chaque mot , chaque pensée ou chaque sentiment susceptibles de révéler les aspects manifestes ou secrets de notre être ; mais comme la tâche est rude , nous fuyons , pour nous rassurer , dans toutes les voies illusoires et nous appelons cela la méditation . 
 Si l'on sait voir que la connaissance de soi est le commencement de la méditation , alors le problème devient extraordinairement intéressant , et d'une importance vitale .Car , sans la connaissance de soi , vous pouvez pratiquer ce que vous appelez la méditation , et rester néanmoins attaché à vos principes , à votre famille , à votre propriété ; (
N.B : voui c'est mon cas ! ) vous pouvez encore , tout en renonçant à la propriété , rester attaché à une idée , et vous focaliser sur elle au point de lui donner une ampleur de plus en plus grande . Ce n'est certainement pas celà , la méditation . La connaissance de soi est donc le commencement de la méditation , et , sans elle , il n'est point de méditation. A mesure qu'on approfondit la question de la connaissance de soi ,non seulement l'esprit devient calme au niveau le plus apparent , mais les différentes couches de l'esprit se dévoilent .Lorsque la surface de l'esprit est calme et silencieuse ,  les zones occultes de la conscience se projetent ; elles expriment leur contenu , elles révèlent leurs demandes secrètes , et ainsi tous les mécanismes qui régissent notre conscience peuvent enfin être parfaitement compris .
  L'esprit devient donc extrêmement calme et silencieux ; il l'est , mais sans que rien l'ait rendu silencieux ;il n'est pas contraint au silence par la perspective d'une récompense ou par la peur . Il se fait alors un silence dans lequel la réalité prend vie ; Mais ce silence n'est pas plus chrétien qu'hindou ou boudhiste . Ce silence , c'est le silence, et il n'a pas de nom. "

j'adore l'écouter ... et j'adore aussi m'asseoir jambes croisées , de temps en temps , en me concentrant sur ma respiration ...  et puis, l'autre jour , cette rivière sombre et vaste et légère de l'absence d'ego , c'était une chouette expérience . D'où nait le désir : ah comme je voudrais que ça revienne ...

"

30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 08:57

...  comment ai-je pu écrire que ses fleurs étaient pataudes ? ...







29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 08:52

      Hier soir , on rentre de Nice en fin d'après-midi , il fait très chaud , les plantes ont bien tenu le coup , super ! mais ce qui me stupéfie encore plus c'est nos  chats merveilleux : non seulement ils vont bien malgré qu'on les ait abandonnés trois jours , avec de la bouffe mais tout de même , non seulement ils sont contents de nous voir ( même hyper content m'a dit Rajah le nez dans mon cou , et  ensuite Noisette a confirmé , elle a ronronné dans mes bras au moins trois minutes sans essayer de me mordre ) mais ensuite  ils se réinstallent pour la sieste dans leurs chaises longues , tellement paisibles ... j'en reviens pas , c'est fabuleux comme ils sont ..  et je me dis que je voudrais bien être aussi sereine qu'eux . 
       Plus tard , après une séance genre sauna où je m'agite avec le sécateur  sur les dahlias et roses fanés  , suivie d'un petit bain revigorant , je téléphone à maman pour lui dire qu'on est bien rentrés - elle s'inquiéte toujours de nous savoir sur la route ... après avoir raccroché , je pense à elle , à sa façon d'être angoissée pour un oui pour un non , et je me dis que je lui ressemble de ce côté là ; quoique j'ai choisi  bien sur , pour ne pas être comme ma mère , de fixer mes angoisses sur des prétextes différents ( qu'on se rassure ,  je suis  largement aussi chiante qu'elle , quoique différemment , dans la vie quotidienne ) ; et tout à coup , dans mon abandon momentané du désir d'être différente de ma mère à tout prix , mon ego disparait ; " je " me sens juste : un flux , comme un énorme et immensément vaste courant d'eau paisible et sombre sur lequel vogueraient des sentiments fugitifs ... et en tant que flux je ne peux qu'être en communion avec ma " mère" , dont l'ego n'a pas plus d'existence réelle que le " mien " , puisque "elle"  est juste un flux de sentiments sur une immensité paisible et sombre ; de même que n'importe qui ...
       Une fraction de seconde de satori ,et la puissante contraction habituelle qui me fait ( qui nous fait ) imaginer que nous sommes des egos séparés revient ... j'essaie de retrouver le cheminement de pensée qui m'a conduit à cette vision , sans trop forcer parce que 1°) je suis flemmarde et que 2°) je suis persuadée que ça ne sert à rien de s'accrocher à une expérience pour essayer de la renouveler  , je vous trouverai des jolies citations pour justifier ma paresse - dans Krishnamurti bien sur ...  bonne journée chaude à tout le monde !

 
 

26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 10:20


            Ce soir nous partons pour Nice , visite éclair parce que Poulou m'accompagne ... s'il m'accompagne c'est parce que je suis encore un peu flagada, et que ça me sécurise de ne pas faire  la route seule , et parce qu' on va prendre ma Ford Mondéo presque neuve de 1993 , et parce qu'il m'aidera à éplucher les comptes de maman ; oh qu'il est peu enthousiaste ! oh que je comprends ça ...  mais , vogue la galère ! Quand je suis ici , à vivre mon personnage de peintre campagnarde , j'ai toujours un mal fou à m'imaginer que ça n'est pas le bagne pour moi à Nice , un mal fou à me souvenir qu'un aspect de moi prend du plaisir à être avec les filles là bas , y compris maman et Tata ... tant de disparité des personnages à l'intérieur de soi ... donc Poulou m'accompagne , donc il est ronchon parce que cet univers de filles jacassantes , ça n'est pas sa tasse de thé ... donc ma visite est plus délicate , je ne peux pas être à 100% dans le plaisir d'être en bande( lette ) de filles , parce qu'il faut que je ménage et la chèvre et le chou ... du coup on reste moins longtemps , ce qui blesse maman ... que ce chateau de cartes est délicat à équilibrer , et pourtant la période n'est pas dramatique !  aïe aïe aïe ... aïe aïe aïe ! ( s'il vous plait , chantez les " aïe aïe aïe " sur l'air de la chanson de Boby Lapointe sur l'embouteillage , je ne me souviens plus du titre mais  c'est un tango ... )

                          Pourquoi ... quand le feu est vert
                             C'est comme quand il est rouge ?
                                 Personne ne bouge
                                 Je trouve ça louche
                             Oh là là ! Quel temps on perd !

 

26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 10:09
Haricots verts nains et violets grimpants , concombre , tomates , menthe verte ... je suis très touchée par les dons de ce potager , et nous les mangerons ( en taboulé ! ) avec dévotion ; vous comprendrez  que je n'aime pas faire cadeau de "mes" légumes à des personnes pour qui ça n'a pas d'importance ...une forme d'avarice ? mais  ça serait de la confiture aux cochons , comme disait ma marraine . Les hindous disent que toute forme de vie manifestée génère du " prana" , une forme d'énergie positive ***; en mangeant une tomate , on se nourrit aussi du " prana" de la tomate ... ( et foin des naturopathes étriqués qui vous disent que les tomates c'est abominablement yin ... )
*** SVP , les lecteurs  qui sont plus versés que moi , corrigez moi si je dis des conneries ...



 
25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 23:15

        Mardi le chien des Plantiers  à sa fenêtre , Mercredi après-midi le chiot tout noir et ses admiratrices ( dont je faisais partie bien évidemment ) ; Jeudi soir , en sortant du spectacle de Mathilde Monnier et Philippe Katherine au Palais des Papes ( Phil a détesté , j'ai bien aimé ce nombriliste rigolo , plus parisien tu meurs , et la chorégraphie ,  minimaliste  mais qui occupait bien l'espace  ) , j'aperçois derrière l'Opéra d'Avignon un homme qui marche avec son chien , promenade du soir avec un Labrador couleur sable  : jeune , déjà trop gros , mais si enthousiaste , gambadant aux côtés de Papa ... je suis heureuse pour les deux de les voir heureux , un peu triste en pensant à la douleur du Papa quand fistounet ira de l'autre côté de l'horizon - statistiquement , c'est probable ... mais je  regarde comme on regarde une histoire d'amour entre deux inconnus ,on est content pour eux mais c'est le genre d'histoire dans laquelle on ne risque pas de s'aventurer , le genre d'histoire d'amour qui n'est pas pour vous ;  et mon coeur à moi n'est plus atteint , sauf par une vague d'amour .
          Et cet après-midi , la vétérinaire vient de m'appeler pour me dire que je peux aller chercher les cendres d'Anaïs au cabinet ... ah oui , ça a été un moment de ma vie . J'ai eu un chien . C'est passé .

25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 12:51

         Je vous ai déjà longuement parlé du jardin de Maria ( tiens , chapitre 346 en Mai ,par exemple ) ; l'autre jour j'ai essayé d'aller photographier tout ce que je pouvais , y compris Maria parce qu'elle a quatre-vingt -neuf ans et que je me dis qu'elle ne va pas vivre éternellement , hélas ... son jardin fouillis néglige hardiment un certain genre d' esthétique ; j'y apprends à arrêter de me soucier de faire beau ( parce que ça  peut aussi devenir , non seulement  un esclavage , mais une façon supplémentaire de se conformer à des modèles préétablis ...

 
                               en tout cas
                                                              ce jardin                                             
                                                       c'est
                                                     le
                                                        bonheur


            Déjà , j'ai  du vous vanter les charmes de V ... , le hameau où habite Maria ,  tout près de chez moi mais de l'autre côté de la colline . Il fait trop chaud pour y aller à pied ... Mais rien que de faire ces quelques kilométres en voiture  est un petit bonheur : on prend quelque temps   la " grande" route  qui monte et descend à travers  champs  ; tout à coup  une toute petite route se présente à gauche , qui suit le cours de l'Auzon  ; on l'emprunte , et très vite  on arrive sous le couvert frais d'un bois touffu d'acacias ,  d'yeuses, de chênes blancs enchevêtrés de clématites , de ronces et de coronilles  ... on sort du bois , le défilé s'élargit pour devenir petite plaine ronde au creux des bras des collines ; le hameau de V...  est tranquillement allongé au pied d'une pente ensoleillée  .  On passe devant une maison que je rêve d'habiter , la route tourne , descend , traverse le ruisseau sur lequel courent des araignées d'eau , remonte , retourne bien sur , et on peut laisser sa voiture à l'ombre d'un chêne immense ; il n'y a pas beaucoup de maisons ,  pas la place de se garer dans l'unique rue étroite  . 
         L'entrée de chez Maria est pentue ... de grosses poubelles de plastique noir sont étagées tout au long pour encourager le pélerin : des plumbagos blancs et bleus , un énorme lantanta rutilant , un bougainvillée  en arbre ( le seul que j'aie jamais vu  ) emmêlé de cosmos oranges , des pétunias blancs et mauves , plusieurs sortes de rudbeckias ( Maria a une tendresse toute particulière pour l'un d'eux ) ; au dessus de nous la pente monte d'un jet jusqu'au sommet de la colline , du muret , à hauteur d'épaule ,  dégoulinent bégonias , goras , solanums ... je suis arrivée un peu tard , si on est là vers les quatre heures la lumière de l'après-midi fait  flamboyer le lantana rouge ( là encore je n'en ai jamais vu de pareil ) mais bon , je vais  faire de mon mieux pour prendre en photo quand même ...

           













              
                                                                                         

 

 

 

 

 

 

  On arrive sur la terrasse du rez de chaussée , la porte est entrouverte , à l'intérieur Maria et ma voisine papotent en finissant de prendre le thé  ; je frappe , j'entre en faisant cliqueter le double rideau de perles , je m'assieds dans la grande pièce aux murs jaunes , aux volets clos , sombre et fraîche ; j'adore les écouter , elles parlent de leurs vies , des petits enfants ingrats ou gentils , des gens du coin  . Ma voisine part tôt , je reste encore un peu , Maria se raconte , avec humour , quelquefois un brin de coquetterie , mais comme je suis la reine des narcissiques je ne me lasse pas de l'entendre ... elle raconte son inconscience quand elle est partie d'Espagne sous les bombes à dix-huit ans ,p avec pour tout bagage son bébé , son mari , une valise , presque contente de l'aventure , et avec le sentiment d'être immortelle ; elle raconte le camp de concentration en France ( hé oui , la France n'accueillait pas vraiment les réfugiés espagnols du régime franquiste en leur déroulant le tapis rouge ) ; elle raconte une grand-mère sympa , à Cahors , qui lui disait : économise tout l'argent que ton mari rapporte à la maison , débrouille -toi ... ce qu'elle n'a jamais oublié ; elle raconte aussi les souvenirs plus récents , les dernières opérations pénibles  sous anesthésies locales , et la façon dont elle se sentait dédoublée par rapport à la douleur : le chirurgien lui disait , vous n'avez pas mal ? elle répondait non , - " ce n'est pas moi qui souffre ... " - et elle ne souffrait pas ... il insistait - mais surement vous avez mal ? et elle , non , mais si vous continuez à me questionner , je me contracte , et alors j'ai mal ...  tout ça avec un accent catalan à couper au couteau .  Maria ,une des personnes les plus vivantes que je connaisse ,  quatre-vingt-neuf ans , ses yeux bruns pétillants sous le drôle de chapeau de feutre qu'elle garde tout le temps ...

            
( là on était ressorties sur la terrasse , Maria s'est assise un moment sur le banc devant la fenêtre pour se reposer , j'oublie toujours son âge , j'oublie qu'elle est cardiaque et ses autres maux , j'oublie mon moral tout de travers  .. )

                                                                              

















de la terrasse un escalier raide , là encore fleuri de pots divers , monte à la deuxième terrasse , lieu privilégié pour toutes sortes de cactées bizarres et florissantes ( il y en a une série en forme d'énormes pénis mous et épineux , couronnés de petites fleurs mauves autour de ce qui leur tient lieu de gland ...  elle m'en a proposé la dernière fois , ça ne me tentait pas ,mais plus j'y réfléchis , plus je me dis que je vais en accepter un ou deux ...un nouveau genre de cactus , qu'on baptisera sic transit gloria mundi ...










   



 
On redescend , on va au jardin ; Maria disparait dans les profondeurs de sa cave ,où elle va couper le courant de la clôture électrique basse ( mise là à cause des sangliers ) ; on traverse la rue , comme d'habitude elle a oublié le bâton pour s'appuyer et marche en se tenant à une branche , au muret , à un pot ... à sa suite , en main un pot d'iris bleus et blancs que je viens de lui apporter ( je voudrais bien lui éviter de le porter , c'est lourd ) je pénétre dans le jardin proprement dit par un tunnel sous les kiwis . On léve le nez , les lianes quadrillent le ciel , les petits kiwis prolifèrent et je fais des voeux pour qu'ils continuent à grandir et grossir , parce que je n'ai jamais cueilli de kiwis  ...

















à gauche on peut admirer des touffes de glaîeuls d'Abyssinie , couverts de fleurs blanches et fragiles comme des orchidées ; tout droit , on va vers le potager fermé par une barrière , les tomates sont encore vertes mais les roses d'Inde épanouies ; de l'autre , on s'échappe à travers des buissons d'hortensias , vers un laurier couvert de fleurs



















on tourne encore , un autre laurier , un qui n'avait presque jamais fleuri , mais avec les pluies du printemps , il est magnifique

 

on enjambe des pots , des plantes , des tuyaux ,des sacs plastiques qui traînent , des mauvaises et des bonnes herbes ; Maria a un mot pour chaque plante , encourage celle-ci , râle contre cette autre qui ne fleurit pas ...  on arrive à son rudbeckia préféré , je ne sais pas comment ça se fait mais il fleurit même à l'ombre du palmier ; puis à l'acacia aux fleurs couleur de feu , dont Maria m'a donné des graines l'autre jour ... marrant , il ressemble aux arbustes qui fleurissaient à l'ashram de Ramana Maharshi ...


















  Il se fait tard , je veux rentrer chez moi , on remonte ; au sortir du jardin ,une  amie vient présenter son chiot de deux mois , qui se roule avec enthousiasme dans la poussière , lèche les mains , frétille ..  nous nous exclamons d'admiration devant la merveille ; il y a aussi la fille de Maria , plus civilisée que sa mère et donc  moins attrayante à mon idée** ,elle la gronde parce qu'elle risque une infection si le chiot la mordille ... je les laisse toutes trois , avec le petit chien joueur ; tiens , je ne ramène pas de plante aujourd'hui ? bizarre ...


** note du 2 Septembre : eh ben , je commence à un tout petit peu mieux la connaître , sa fille , et elle est vraiment sympa ,  j'aurais envie de la connaître plus ... je me suis laissée prendre au piège des premières impressions . Encore une fois .