Il parait que certains ont atteint deux ou trois mille ans ... Ils sont .. magnifiques . Et je me tais !
Petites Peintures
A l'origine , c'était un blog pour montrer mes peintures ,qui sont des petits formats sur papier . Au fil des jours et des mois , et parce que j'écris quand je n'ai pas la disponibilité pour peindre , c'est devenu un endroit en dents de scie qui m'a permis d'assumer enthousiasmes et déprimes , joies et agacements ,bien souvent comme si c'était la dernière bouée qui me restait sur terre . Il est nécessaire que vous gardiez à l'esprit que c'est le blog de quelqu'un qui est en cheminement ; quelqu'un qui sait , comme le lecteur , que les émotions changent sans cesse , les émotions qui sont refus du monde qui m'advient , et qu'il ne faut pas trop s'y laisser prendre ; mais pas les nier non plus ; et que l'enseignement des sages est : " Tout est bien ". Un monde harmonieux , en somme , pour peu que nous puissions en comprendre les mécanismes ... ce qui n'est pas encore mon cas .Oui , j'ai fait quelques progrés en trente ans , si vous saviez d'où je viens ... Le chemin m'emméne , de toutes façons . Vers où ? En attendant de le comprendre , ce monde , on peut juste émettre le voeu boudhiste : " Puissent tous les êtres se sentir heureux " - si vous le préférez en Sanskrit : Loka Samastha Sukhino Bhavantu
J'explique le pourquoi du pseudonyme en partie dans le bandeau de mon autre blog , au nom tiré de Lewis Caroll , mais néanmoins consacré à des voyages en Inde - le lien est tout en bas à gauche , mais vraiment , en bas , en bas ...
Branchesetbosquets , c'est l'étymologie de mon nom de famille - et puis ça me confortait dans l'impression d'être un personnage de Tolkien . Enfin , si vous avez perdu mon e-mail : c'est francoise.rambosson@free.fr , et je préférerais , de beaucoup , que ça apparaisse en petit mais - j'arrive pas .
Il parait que certains ont atteint deux ou trois mille ans ... Ils sont .. magnifiques . Et je me tais !
Beaucoup de chats dans l'île , sympas et plutôt en bonne santé , même si je n'en ai pas vu beaucoup d'aussi bien nourris que les miens ... qui sont un peu gros , faut dire . Les gens sont sympas avec eux ,visiblement ( comme celui-ci qui attendait , impérial , dans la poissonnerie ... )
J'ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs chatons , ça faisait longtemps que jen 'en avais pas vu . Personnellement je n'ai jamais ressenti envers les bébés de l'espèce humaine le ravissement total qui me saisit chaque fois que je me trouve en face d'un petit chat ... Je ne sais pas quelle est la position de l'église orthodoxe par rapport au contrôle des naissances , car ils sont très nombreux . Par contre , je n' ai pas souvent vu de vieux chats - l'espérance de vie n'est peut-être pas très longue .. Que deviennent les malades ? Dans un village du Nord , un couple de Néerlandais installés à demeure a créé une association qui s'en occupe , mais je suppose que c'est rare . J'espère que dans ma prochaine vie je pourrai faire des études de vétérinaire pour rembourser un peu la dette d'amitié que j'ai envers les félins !
On a fait le tour de la Crète , dans le sens inverse des aiguilles d'une montre .. Vers la pointe Est , c'est si sauvage , et partout il y a ces paysages extraordinaires , d'une beauté à couper le souffle .. Sur la côte Nord , pas très loin d'une petite ville appelée Sitia , des falaises vertigineuses sont orientées au couchant , que j'ai découvertes pour la première fois dans une lumière un peu orageuse et crépusculaire , vers les cinq heures du soir . Nous avions visité Sitia , qui s'était révélée une étape agréable - une de plus ! hôtel pas cher avec vue sur le port - je crois que l'aquarelle que j'en ai faite depuis le balcon est la meilleure que j'ai faite du voyage , un sujet comme ça c'est un peu plus facile que des falaises rocheuses par lumière changeante pour lesquelles j'ai massacré feuille après feuille de carnet ...- c'est un joli port où l'on peut encore voir qu'il y a de l'eau entre les bateaux ( rien à voir avec le Vieux Port de Marseille , par exemple ) - par contre , un des rares endroits où l'on a mal mangé , malgré le peu de fréquentation ; je trouvais cette ville tristement , ennuyeusement banale , avec ses minables boutiques pour touristes bourrées d'objets faits en série à Taïwan , ses bijouteries dont je trouvais terrifiants les colliers alambiqués aux motifs géants d'or et de perles , ses librairies qui ne contenaient que des tabloïds et des cartables d'écoliers conventionnels exactement comme chez nous , plus quelques livres en allemand , des magasins de portables ou i-phone ou je ne sais pas comment ça s'appelle , - bref , je ne pensais pas grand bien de la vie intellectuelle et artistique de Sitia .
Il devait être cinq heures , nous cherchions une autre étape pour le soir ; nous avons visité d'abord un village minuscule , Mochlos , bout du monde charmant que Philippe trouvait un peu coincé . Mais on était en face de ces falaises immenses , que le soleil , jouant avec les nuages , rendait constamment changeantes , passant du gris au violâtre au bleu des ancolies .. chaque fois que je me laissais aller à mon enthousiasme , je repensais à Sitia et j'étais littéralement accablée par le contraste entre la beauté surhumaine du paysage et ce que je ne pouvais m'empêcher de juger comme la médiocrité de la petite ville que nous avions quittée le matin . Je ruminais et rêvais que de telles montagnes , entourées par la mer de topaze et d'aigue-marine, les oliviers aux tons changeants , les rivières claires , auraient abrité des villes exceptionnelles , des artistes ou artisans aux dons fabuleux , des livres qui font rêver loin ou penser loin ... Las . Comme dirait Philippe , quel dommage que tu ne sois pas maître du monde ...
Nous avons projeté de continuer en longeant la côte - mais tout à coup , une route coupait la route principale , une route qui ne nous menait pas dans la bonne direction mais promettait un monastère . Une route qui grimpait large , bien goudronnée , déserte à part les chèvres ... Nous sommes montés , montés , montés ... malgré l'heure tardive et le temps qui promettait de la pluie . La vue sur la falaise , en face , tranchée par une faille à couper le souffle , était magique . Huit kilométres de route en épingle à cheveux , ça prend du temps , et notre petite voiture de location s'essoufflait presque .. Nous nous sommes arrêtés pour contempler la falaise , et la faille ( j'ai appris maintenant que cette faille s'appelle les gorges de Ha ) . Ah !
Arrivés au monastère en nid d'aigle , personne - mais le portail ouvert au vent du Nord et à l'orage menaçant .. J'étais gelée , par flemme d'avoir enfilé le pull bien épais qui dormait au chaud dans la valise ; j'ai laissé mon cher et tendre entrer seul , dans ce monastère qui ne m'attirait pas particulièrement , projetant vaguement de revenir vite dans la voiture pour l'attendre . Il m'a appelée , j'ai fait un petit effort ... la cour intérieure était toute petite et sombre et étroite à cause du rocher en surplomb , avec des tas de couloirs et d'escaliers , des pots de fleurs débordants , comme dans tous les autres monastèrse que nous avions visité ; il y avait également plein de chats , chattes et chatons de tous âges et en tous genres ; un chien attaché , couché . Bien sage . Nous avons monté des marches et des marches , pour arriver - enfin ! - à l'église . Coincée contre le rocher , je voyais à peine sa façade : trois marches pour entrer , à l'intérieur c'était une de ces églises orthodoxes comme j'aime : carrée , sombre , sécurisante comme une grotte , avec seulement les cierges tout fins , plantés dans une vasque de sable , pour éclairer l'or des cadres et les couleurs encore vives des icones . A côté , il y avait une grotte et une fontaine ( miraculeuse , bien sur ) et une statue , je crois de Notre-Dame . J'ai allumé une petite lumière en pensant à toutes les personnes que je connais qui ne vont pas trop en ce moment , j'ai pris un peu de temps sans parler ; je n'ai remarqué qu'en sortant le prêtre qui était assis à l'entrée , dans sa robe noire de pope , assis dans une cathédre de bois sombre . Il tripotait un portable , jouant ou envoyant des SMS ; nous l'avons salué ( en grec ) ; en souriant , il nous a dit " Good Bye ! ". En redescendant les marches , je me sentais le coeur débordant de joie .
Et alors ? Et alors , j'étais tellement secouée - dans le bon sens du terme - par cette visite , je sentais de façon tellement intense que l'important , ça n'était pas la laideur éventuelle - suivant mon goût à moi , tout particulier et conditionné , - des manifestations extérieures ( le bijoutier qui fait les moches colliers , les revendeurs d " artisanat local " made in Taiwan , le libraire qui ne vend que des tabloïds et des cartables scolaires Hello Kitty ou Iron Man ou je ne sais quoi , le cuisinier du restau qui sert des plats compliqués et écoeurants en martyrisant inutilement des créatures vivantes* , tous ont leurs raisons et font ce qu'ils croient devoir faire ), mais l'amour , le coeur qui prie depuis la montagne , depuis sa caverne obscure , pour tous les gens autour .
Le centre , et non pas la superficie des manifestations .
Cette compréhension m'a accompagnée - allez , quoi ? une heure ? une soirée ? trois jours ? Ici , le ressenti s'estompe et mon coeur redevient sec comme d'habitude ; il me reste , comme souvent , seulement l'appui intellectuel . Mais je sais bien que d'avancer se fait marche après marche .. Rien n'est perdu .
* rassurez vous , j'ai pu manger végétarien presque tout le temps . Et très bon . Je ne mange jamais de homard ou de truc comme ça , tant je me dis que mourir ébouillanté est vraiment quelque chose que je détesterais , personnellement . Les quadrupèdes , je n'aime pas imaginer leur voyage en bétallière et leur arrivée à l'abattoir avant la délivrance finale ... reste les trucs morts de froid dans des bateaux qui congèle aussitôt . A la rigueur ..
Allons bon .. à peine rentrée , vous me connaissez , je me laisse submerger par la conscience de tout ce qu'il est indispensable et urgentissime de faire ici à toute vitesse , toutes les personnes que j'ai lâchement abandonnées pendant quinze jours de vacances . Visites , ménage , jardinage .. Aïe ! une petite séance de jardinage de rien du tout hier matin pour enlever les fleurs fanées des rosiers , dahlias , asters ( j'adore les asters , mais si on les laisse grainer , ils se répandent partout ) dans un vent traitreusement frisquet m'a fait attraper un chaud-et-froid - plutôt froid que chaud , d'ailleurs . Résultat : depuis hier soir , la migraine me serre les tempes , un éléphant appuie sadiquement sur mes sinus douloureux , quelqu'un de pervers a coincé du papier de verre à l'intérieur de ma gorge , et je suis grelottante , malgré deux pulls et trois couettes .. Une solution , rester au lit au chaud , se bourrer de Cephyl , d'oscillococcinum et de jus de citron au miel , faire des visualisations et des gargarismes et nettoyer mes fosses nasales , espérer que ça passe vite ... Tout en prenant conscience que je peux me reposer tranquillette et que je ne suis réellement indispensable ... nulle part .
Heureusement , par un coup de chance incroyable , j'étais tombée avant de partir sur une véritable mine d'or : dans une solderie pas très loin d'Alès - où j'ai déjà trouvé des biscuits Mère Poulard en boite géante à moitié prix , des rouleaux de tuyau d'arrosage de très bonne qualité pour 10 euros les vingt mètres , etc , etc ..... - dans cette solderie , donc , des dizaines de volumes des éditions Philippe Picquier étaient bradés à prix de misère . ( Vous connaissez , j'espère , cet éditeur remarquable, spécialisé dans les auteurs orientaux .. ou extrême orientaux . C'est lui qui édite Bulbul Sharma , dont le dernier livre de nouvelles traduit , Maintenant que j'ai cinquante ans , était un délice ...) Quand j'ai vu ces merveilles sacrifiées , littéralement jetées en pâture aux cochons , les yeux me sont presque sortis de la tête - j'ai sauté tout ce qu'il y avait d'indien , bien sur ... plus , quelques chinois ... à peine cinq ou six kilos de bouquins . Plusieurs sont excellents , très , très bien traduits en plus , et puis ça n'est pas des histoires que j'ai l'impression d'avoir lu trente six mille fois auparavant . Donc , souhaitons longue vie aux Editions Philippe Picquier !
Mais vous savez quoi ? Tout ça , et puis cette nostalgie imprévue de la Côte d'Azur de mon enfance , tout ça me donne envie d'émigrer dans un pays chaud . Tiens , en Crète , par exemple .. pendant qu'il n'y a pas encore trop de monde là bas ...
Pas n'importe quel vert ! le vert , c'est d'abord la mer d'oliviers qui envahit les vallées plates et les premiers contreforts des pentes . Pour de la monoculture c'est de la monoculture - mais qui s'en plaindrait ? Un vert -gris-bleu-argenté , au grè de la brise .. les arbres dont le feuillage offre des teintes plus chaudes sont en général des pins , ou des amandiers ; j'ai vu aussi des chênes-verts , et quelques chênes rouvres en montagne .
Dans la partie Est de l'île , pas trop fréquentée , de la garrigue basse , genêts , bruyères , myrtes .. et plein de plantes que je ne connais pas .
Qui a dit que c'était une couleur triste ? Sur ces pentes , le gris des pierres et des buissons était ponctué de grands épis de fleurs blanches - j'y reviendrai .
Il y avait la mer ; et la terre . Quoi dire de cette terre ? minérale , légère et séche , tellement imprégnée d'air et de vent et de soleil , je pouvais à peine la prendre au sérieux . Rien de commun avec la lourdeur de l'argile de mon jardin . Les paysages offraient des variations incroyables sur le théme gris et gris -vert , gris-jaune , jaune , ocre , blond, orange - en cette fin d'été , les montagnes étaient arides , déchiquetées en gorges étroites et falaises vertigineuses , ou encore arrondies , caillouteuses , ponctuées de coussins ronds faussement accueillants : des buissons d'épineux en général , sculptés par un artiste génial , ramassés sur eux même - pour lutter , j'imagine , contre la chaleur de l'été ou les vents venus de l'Afrique , qui rasent les collines .
C'est la première couleur qui me restera de ce voyage . Pas une couleur que j'aime tellement d'ordinaire ; mais là , comment résister ? La mer pouvait être à la fois bleu et argent irradiant sa propre lumière tôt le matin ou au crépuscule ; dans la journée , plus franchement bleu cobalt , bleu outremer , ou encore teintée d'aigue-marine ou d'améthyste , suivant le vent , les reflets , les algues du fond ... ça a réveillé en moi une nostalgie qui m'était jusqu'alors inconnue , des paysages niçois de mon enfance qui , pendant longtemps ont été irrévocablement accompagnés de trop de souvenirs déplaisants ; associé à cette lumière d'automne très douce , le bleu de la mer de Crète , ciselé d'or , d'argent et de pierres précieuses , a effacé tout le reste .
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