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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 06:56
         Tiruvannamalai ne change pas ,  semble-t'il : meme sadhus mendiants  vetus de haillons orange , groupes autour de l'entree del'ashram , meme petit boui-boui ou l'on boit toujours un tschai aussi delicieux que jamais ,  memes bougainvillees , meme paons dans le jardin ,memes chants vediques bien sur dans la grande salle  ,  meme chemin tranquille  bien pave de gros rochers rougeatres , qui monte au petit ermitage dans Arunachala  ... nous y sommes arrives par la jolie route de Vellore , bordee de rizieres et de cocotiers ,avec , au second plan , des pics et des falaises qui surgissent du brouillard leger ...chaque fois que nous traversons un village , nous admirons les kolams raffines et ephemeres que  les femmes ont dessines avec des poudres  devant leurs seuils  a l'aube : c'est Pongal , fete de la recolte du riz et nouvel an dans le Tamil Nadu .
         Une deconvenue a l'arrivee : l'hotelier aupres duquel S. avait reserve quinze jours auparavant , qui avait confirme les reservations la veille encore ,ne nous connait plus du tout ... il a loue les chambresplus cher a d'autres ; faut dire que pour Pongal il y a enormement de visiteurs ici ... la petite fatigue du voyage ,  la chaleur qui monte , portent ombrage a mon heureux caractere : je pique une colere noire ; bien sur l'hotelier s'en fout ...  S. s'assied sur les marches de l'auberge , il a l'air fatigue et resigne ...j'aurais vraiment prefere qu'il reserve a l'ashram , ou les gens sont de parole ! heureusement Sylvie propose de chercher des chambres dans un lieu qu'elle connait , un genre d'ecole du gouvernement qui propose des chamres sommaires . Merveille ! chambres sommaires certes , mais propres : un lit dur , deux nattes en paille pour poser les bagages sur les sol carrele de marbre , un ventilateur , que demander de plus ? douches et W.C sont sur le palier , les lavabos crades mais les douches presque propres , et malgre la presence d'une bruyante delegation de jeunes Coreens et Coreennes , aucune douche ne se bouchera pendant les quatre jours passes ici . Ouf ! assures d'un toit et d'eau pour se laver , nous pouvons siester puis retourner a l'ashram paisible ,aux murs tapisses de grandes photos du Maharshi au regard lumineux , au message tout simple : nous sommes l'infini , seulement nous avons oublie . L'ecoute des hymnes vediques , psalmodie par les brahmanes , me plonge toujours au plus profond d'une paix profonde  .
        Le matin , je peux retourner au darshan de Siva Sakthi Ammayar , encore un moment precieux sous le regard de cette femme , j'en avais parle l'anne passee , qui se promene a pas lents et minuscules en nous regardant  ... comme si nous etions des fleurs dans son jardin .Je me sens comme un buisson d'hortensias bleus , ca n'est pas courant ! je suppose que cette femme " eveillee "  voit l'infini en nous,  comme en chaque etre . Beneficier , meme peu de temps , du regard et de la presence de quelqu'un qui s'est debarrasse de tous obstacles mentaux , haine de soi haine des autres colere deprime exaltation bavardage mental incessant - je ne parle que de ce que je connais pour moi ... beneficier , donc , de cette presence , nous aide un peu a faire le menage en nous-memes , aussi ... un peu moins de bagages inutiles sur le Chemin !
     
16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 08:12
           Le lendemain , visite d'un ashram selon mon coeur : a une vingtaine de kilometres de Vellore , perche dans la foret sur une colline ... il faut monter une belle volee de marches ( j'en ai compte au moins trois cent cinquante , apres j'ai perdu le fil ) pour l'atteindre , ce qui est malheureusement penible pour certains , dont S. notre organisateur , dont j'admire le courage .En haut , un chemin plus ou moins pave de gros rochers nous mene au bout d'une petite heure jusqu'a l'ashram , sous de grands arbres qui donnent une ombre bienvenue ; ombre propice , helas , aux moustiques , qui se precipitent avidement sur notre tendre chair blanche , meme a travers trois epaisseurs de tissu ... en haut , le minsucule ashram est installe entre des rochers enormes et des arbres d'essences variees ; on y celebre une fete , cinquantieme ou centieme anniversaire de la creation de l'ashram . Nous sommes les compagnons de S. , on nous accueille a bras ouverts  ; nous passons un long moment a nous reposer en ecoutant chants et musique , d'abord dehors , puis dans un genre de grotte qui abrite le samadhi , le tombeau du saint qui a cree ce lieu . La musique se termine ... on nous   installe assis a l'ombre , au milieu d'une longue rangee de visiteurs , tous indiens ; on place devant nous des verres d'eau , une feuille de bananier ... et on nous sert , comme a tous , un somptueux repas  . Merveilleux ! merveilleux ... avec un seul inconvenient : pourquoi , au nom du ciel , les indiens ont -t'ils l'habitude d'engloutir a toute vitesse ces repas succulents  en quelques minutes , d'ingerer ces montagnes de riz , de sauces aux legumes , de beignets varies et delicieux , que la cuisiniere a mis toute la matinee a preparer ? Pour ne pas etre impolie , je me fais un devoir de ne rien laisser sur ma feuille de bananier ... et je passe le reste de l'apres -midi caniculaire a essayer de faire la paix avec mon estomac ...
16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 07:54

       Une des curiosites de Vellore consiste dans un "temple d'or" , construit tout recemment par un gourou qui a fait fortune ... bon , c'est pas tous les jours qu'on visite un truc comme ca , va pour le temple d'or ... une foule enorme , vendeurs en tous genres , fleurs , encens , bijoux de pacotille ,  medailles saintes , sucreries .. beaucoup degroupes de pelerines aux saris lumineux  rouges et jaunes , dans toutes sortes d'impressions textiles : ce sont les adeptes des deux deesses Shakti Parvati  ( Shakti designe l'energie universelle , Parvati est la compagne de Shiva  ) Les enfants et les hommes sont vetus de rouges , tous sont magnifiques a voir . Jeanne et moi prenons nos tickets (chers ) pour la visite , tres cadree : le temple d'or se trouve a l'interieur d'un long parcours en forme d'etoile , on est pieds nus bien sur , heureusement tout le trajet est sous une galerie couverte , il fait une chaleur a crever  ; par contre le sol est pave d'un genre de carrelage a tous petits carreaux en relief qui fait que mes plantes de pieds se recroquevillent ... la galerie obligatoire serpente en passant par tous les magasins de bondieuseries et de photos du gourou  , il y a aussi des points d'eau . Comme on a paye le ticket pour les riches notre parcours est privilegie , au bout d'une bonne demie-heure on arrive devant le fameux temple . Je paye mon tribut d'admiration , faut rester polie , et puis je me dis que s'il y a des gens a qui ca plait ... mais , ma foi , moi je trouve ca : un peu m'as -t-vu ...enfin , c'est une curiosite . Dans cinq ou six cent ans je le trouverai encore mieux ... je suppose que si j'avais vu le Parthenon juste apres sa premiere couche de peinture , j'aurais pas apprecie non plus ...

16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 07:18
          Un trajet qu'on a fait en deux jours , moins de deux cent kilometres . Faut dire qu'on q encore passe du temps dans les bureaux de la Compagnie aerienne Etihad* pour essayer de retrouver nos valoches ... cette fois ci notre interlocutrice etait competente , ou le semblait , et parlait un anglais chatie , avec un accent que je comprenais , pas la bouillie anglo-tamoule habituelle ici ( ouais , je sais , je deviens raciste , mais a force d'etre promenee de ci de la par des employes d'Etihad , je deviens aigrie ...) . Et pourquoi c'etait important que je la comprenne ? parce que l'affreuse realite de notre situation ,realite que je decouvre petit a petit ,  la voila : je parle anglais mieux que notre organisateur de voyage . Voui , moi , avec mon peu de pratique de la langue parlee ... flatteur ; mais bien emmerdant . Comment ca se fait que quelqu'un qui voyage en Inde et y organise des voyages "spirituels" depuis plus de dix ans parle si mal anglais ? Voui , le langage spirituel c'est le langage du coeur , certes certes ... n'empeche , ce gars , S. , super sympa et gentil , genial quand il s'agit de nous emmener dans des endroits paumes pour decouvrir des ashrams magiques , de saints hommes souriants et meditatifs , des femmes de sagesse ... ce gars , donc , bredouille un anglais petit-negre qui fait frissonner  ; et donc  c'est moi qui suis censee me charger des communications avec Etihad ... ce dont je me passerais bien .

         Bref ! On roule agreablement , puis on parvient a l'etape : Kanchipuram ,ou un hotel encore plus crade que le precedent nous accueille a bras ouverts. Mais il est bien situe en face du monastere dedie a Chankarya  , en plein centre de la ville , ou nous arrivons pendant qu'on celebre les rites du soir a grands renforts de hautbois , percussions et chants  ; le superieur du monastere, vetu d'une etoffe couleur de terre et portant un baton de mendiant , est extremement gentil , il accueille tous pelerins et visiteurs en detresse   . Une elephante vient egalement celebrer la priere du soir ; du coup ma mauvaise humeur face a la chambre minable se change en serenite tous azimuths ...Kanchipuram est connue comme la  ville aux mille temples , quelques uns fort jolis ( j'en avais visite en 2008 avec Martine ,  me souvenais de celui dont les murs sont emailles de nids de perruches vertes ; je me suis bien gardee , a l'epoque , de vous montrer une photo de moi sur laquelle un brahmane est en train de me benir en me renversant sur la tete un genre de bol a sangria - vide , Dieu merci - , j'y ai l'air extremement pieux mais ca n'est pas le genre de photo dont on peut se vanter ...)Elle est aussi connue pour ses soieries - mais je me limiterai a y acheter deux foulards ; je les destinais a faire des cadeaux , je les utiliserai , faute de mieux , comme sous -vetements !!! la recherche de soutien-gorges ayant ete totalement vaine !

        Le lendemain , nous repartons apres le petit dej - agreablement lestee , en ce qui me concerne , par un petit dejeuner d'idlis , ces galettes epaisses et legeres , faites de farine de riz et de lentilles ,qu'on trempe , toujours de la main droite , dans des sauces delicieuses qui emportent la bouche . 

         La route de Kanchipuram a Vellore traverse des paysages de plus en plus seduisants : rizieres vert emeraude , cocotiers bien sur , jardins bien entretenus , collines de gros rochers empiles les uns sur les autres , avec quelquefois des temples au sommet . On traverse des villages qui donnent une image d'harmonie bucolique , les boeufs ne sont pas squelettiques , les gens sont paisibles et s'activent tranquillement , les marches  debordent de fruits et de legumes colores  ... l'Inde comme on la reve . Nous arriverons au debut de l'apres -midi  a Vellore , une tres grosse ville , avec , Miracle ! un hotel presque propre , aux immenses chambres lumineuses ...

* Etihad , c'est donc eux qui sont responsables de la perte de nos bagages et bien sur je ne recommande cette compagnie a personne ! 
15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 08:51
    Nous beneficions d'un petit car avec chauffeur , pour quatre personnes ... pas mal , sauf qu'il n'y a rien pour se tenir et que le chauffeur conduit brutalement . Il s'assagira par la suite , Dieu merci ! Nous commencons la journee  par une visite a une femme de sagesse , une Amma que connait S depuis longtemps ; elle habite un petit appartement dans un tranquille quartier de Madras ; rayonnante et rigolote , elle est entouree de sa famille : petit-fils bruyant et enthousiaste , bebe qui pleure , quelques disciples ...on  nous offre de l'eau fraiche ,  du the , nous parlons un moment , puis un jeune homme se met a chanter des mantras , un autre l'accompagne aux percussions , nous ecoutons , je me regale a chanter  un peu  ... puis un temps de repos et nous meditons tous ensemble : un beau moment de  paix .
       
     L'apres-midi se passe a differentes demarches dans des bureaux - on retrouve ce bon vieil univers kafkaien - pour signaler l'absence de nos valises et essayer de les retrouver
; on nous renvoie de bureau ferme en bureau ferme ... je connaitrai bientot les couloirs deserts de l'aeroport de Madras comme ma poche ! Pour nous changer les idees , S. nous mene dans la banlieue de Madras , un ashram qu'il decouvre en meme temps que nous ; gourou souriant , qui egrene un discours en Tamoul totalement incomprehensible , emaille de plaisanteries qui font rigoler l' auditoire comme des bossus, jolis jardins ; puis , spectacle de danse bharatha natyam , puis des musiciens ...on nous offre du prasad , de delicieuses sucreries , du jus de pomme , on nous fait visiter un joli temple de Vishnou ...je happe au passage , ecrite sur un mur , cette citation du gourou , citation que j'apprecie beaucoup bien sur :
 " Don't follow anybody ; learn from everybody "
 " Ne suivez personne ; apprenez de chacun "

 
je vous quitte la-dessus, mon estomac crie famine ! a bientot !
15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 08:11
    Quel voyage merveilleusement plein d'imprevus ! La divine Providence ne m'a pas ratee , encore une fois .Deja , un depart sur les chapeaux de roues , parce que Jeudi dernier , apres avoir passe la journee a mettre en place des reperes pour la vie de maman en mon absence ( au fait , on l'a accompagnee a la radio et son bras se consolide pile poil , je peux dire que ca m'a rassuree ,  elle plus encore ...) je faisais tranquillement ma valise ( rose , vous vous souvenez ? sa photo doit etre quelque part dans les articles de Janvier 2009 ) quand le telephone a sonne : l'agence qui m'avait pris les billets d'avion m'annoncait gentiment que le vol Marseille -Paris du 8 Janvier etait supprime ... donc qu'il fallait que je me magne si je voulais avoir la correspondance avec le vol d'Etihad pour l'Inde le lendemain matin . Bon , je finis ma valise a toute vitesse , et on se precipite pour que je puisse attraper le dernier TGV ...
         Le matin du 8 , tout l'aeroport a ete bloque pendant deux heures ( alerte a la bombe ? je ne sais ) Puis , voyage longuet , coincee dans mon siege , jusqu'a Abu Dhabi .
       Oooops ! a Abu Dhabi , notre correspondance ne nous a pas attendu ... on se croirait dans le Proces ou le Chateau , les nombreux preposes de la compagnie Etihad sont plus inefficaces les uns que les autres , ils sont a quatre autour d'un ordinateur , se levent , tournent , vont chercher des papiers , s'occupent trois minutes de notre cas , complique , puis du cas des personnes suivantes , reviennent a nous ,  se deconcentrent a chaque instant ,se relaient ... et finissent par nous fourguer vite fait dans un avion pour : Bombay .
       Bombay c'est mieux que rien ... A Bombay , nous trouvons une correspondance pour Hyderabad . Mais ou sont donc nos valises ? elles vont nous suivre , nous dit -on . Bon . Esperons ...A tout hasard , nous passons une petite heure dans un bureau pour signaler que nos valises manquent .
 
    L'aeroport d'Hyderabad est presque vide , et sous surveillance de soldats armes casques a cause des emeutes recentes ; pas envie de s'eterniser ... Bien sur nous avons rate notre correspondance pour Chennai , et nous devons repayer de nouveaux billets ... a ma surprise nous arrivons a en marchander le prix , je ne savais pas que ca se faisait  ... Enfin , plus que quelques petites heures d 'attente , et nous embarquons  ! pour la derniere etape . Nos bagages ? Dieu sait ou ... S. , qui a organise le "voyage-pelerinage " , nous promet un hotel sympa , ou il a reserve des chambres ; j'imagine deja le petit hotel de charme , calme en plein Madras ... vous voulez rire , S. voit tout de facon positive , l'hotel est crade de chez crade , electricite bizarre , j'aimerais bien avoir mes tongues sous la main , ou plutot sous les pieds , pour prendre la douche , de peur d'attraper toutes les maladies de la creation ... mais bien sur :
 mes tongues sont dans ma valise .
De meme que mes vetements de rechange.
Mes sous-vetements ( Ca c'est le plus dur a retrouver . J'ai achete de superbes culottes qui deteignent , au  marche , mais j'ai ete obligee de me fabriquer un soutien-gorge maison !! pourvu que ca tienne !)
Et mes affaires de toilette .
Et ....
   
6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 11:03

     J'ai déjà parlé de lui , c'était mon arrière -grand-père . De père inconnu (mais  la légende familiale soupçonne un notable dignois , chez qui sa mère , Rose Laurent , avait été lingère ) , il  avait été abandonné tout bébé  aux enfants trouvés de Marseille ; et je crois qu'il en a toujours gardé rancune à sa mère . A sept ans , l'Assistance Publique l'a placé comme petit berger  dans les Alpes , vers Sisteron - sa mère était de Volonne . Il avait appris tout seul à lire , sur des bouts de journaux déchirés , là haut dans les alpages . C'était un calculateur prodige , de tête , et ,( grâce à cette fameuse protection occulte du supposé notable dignois ?)  s'était retrouvé facteur malgré son absence de diplômes . Il abattait ses quarante kilométres par jour pour aller à pied de Sisteron à Saint-Geniés , passant par Entrepierres ; et je peux vous assurer que la  pente est sacrément raide : Philippe et moi avons fait demi-tour à mi pente . Il se faisait un petit supplément de salaire en capturant des vipères dans les pierriers ( tiens tiens , on va être un peu Lacaniens , ça vous dit quoi vipère ?   pour quelqu'un qui n'avait jamais connu le sien ...) avec un peu de lait dans une bouteille ; et en les revendant au pharmacien , pour les sérums de l'Institut Pasteur .  Il a épousé  , dans les années mille huit cent quatre-vingt , une fille de là haut ,ou du hameau de Chardavon , un peu avant Saint-Geniés . Ainsi est née ma grand-mère , et ensuite une petite Rose qui est morte à cinq ans de la diphtérie .  Il est enterré à Sisteron , dans un coin sympa du cimetière ; avec une chouette vue dégagée .


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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 10:46

      Elle montre ma mère avec son premier bébé . Maman a vingt-cinq ans , elle tient dans ses bras ma soeur aînée à qui elle donne le biberon  ,c'est une toute jeune mère incroyablement heureuse , à côté d'une amie  dont la situation est paralléle à la sienne  . Elle exerce le métier  choisi ,  n'imagine que des lendemains riants  ... Par là dessus sont passées les exigences de la vie , de l'Occupation , du métier , les relations de famille entachées de haine comme dans The Servant , de Losey . Si bien que vingt ans après , quand j'avais dix ans , ma mère était devenue la harpie fatiguée , aux yeux cernés de noir , que j'ai connue la plupart du temps . Si bien que moi maintenant ,  je me réjouis de voir cette photo , de savoir qu'à une époque , elle était heureuse et pleine d'espoir .


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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 07:12

        Hier , dîner chez H et G . J'étais ravie d'être invitée , après la période  presque entièrement filiale   de ces derniers jours . G décrivait , avec une distanciation un peu morose , désabusée , la crise de mysticisme de sa jeunesse , qui avait fait de lui ,à une époque , un dévôt fanatique du Christ  . Etourdie par ma coupe de champagne , je me suis mise à  parler - pas aussi bien que je l'aurais voulu , hélas -  des gens qui pratiquent le Bhakti Yoga , le Yoga de la dévotion , en Inde ,  y trouvent joie et raison de vivre , et que personne là bas  ne considère comme fadas . Mais les pratiquants de la Dévotion , pour autant que je sache , n'essaient de convertir personne ...  Comme le merveilleux Swami Ramdas ( tiens , si je relisais Carnets de Pélerinage ?) 
         Ce matin , je m'éveille en tentant désespérément de retrouver dans ma tête une phrase que j'avais entendue dans une émission sur les Chartreux :
     " tu n'es rien que tu aies créé , alors , pourquoi t'enorgueillir ? "
 ( et dans mon cas ,puisque mes parents m'ont appris , implacablement , à ne jamais m'enorgueillir , c'est aussi une phrase qui me sert à lutter contre mes angoisses : je l'adapte à mon cas particulier :
 " tu n'es rien que tu aies créé , alors , pourquoi t'inquiéter ? " 
      
     Et peut-être puis-je encore resserrer mes mains sur la première partie de la phrase , comme un caillou  dense et dur , diamant ou galet ou basalte noir , que je tiendrai tout contre mon plexus , précieux talisman qui m'aidera à sortir du labyrinthe :         " Tu n'es rien que tu aies créé " 

         J'ai l'impression que , plus je respire cette phrase en mon coeur , plus je la fais mienne , plus ça m'aide à être légère , à me défaire de cette optique terriblement stupide , mais qui revient constamment parce que tout le monde la pratique , qui consiste à se focaliser sur " nos" pensées , " nos " sentiments , " nos" opinions successives et contradictoires ; alors qu'on est beaucoup , beaucoup plus vastes que ça . 
       
          Et oui , cet entrelac , cette pelote de rubans de soie ou de fil de fer barbelé que nous appelons "moi" , moi j'aime je déteste je crains je désire , cet incroyable méli-mélo de pensées , de raisonnements plus ou moins logiques , d'images , que nous considérons comme nous-même , a été créé depuis x années par notre éducation , notre environnement , telle remarque , telle opinion de tel parent , de tel ami , que nous avons adoptée comme telle , ou sur laquelle nous nous sommes crispés pour la rejeter ... rien de tout celà , n'a été créé par nous ... on peut penser , ensuite , que c'est Dieu qui nous a créé , ou encore , que c'est le Hasard , ou la Vacuité ... peu importe .

              Tiens ! le soleil se lève ... très , très belle journée à tous !
 
               

2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 07:28


         Hier était , finalement , un beau jour , quoique j'ai passé toute la matinée à ronchonner amérement sur l'ingratitude familiale et à peaufiner , dans ma tête , une lettre d'humour noir pour mes nièces et neveux - à qui je n'ai presque jamais écrit d'ailleurs ( sauf le panier percé de la famille , parce que sa seule contribution pour nous aider , Philippe et moi , à déménager la maison de Nice , a été de nous laisser gracieusement ses draps sales , après que lui et ses enfants aient passé la nuit dans ladite maison ... à part ça , c'est un gentil garçon ) . Pourquoi à mes neveux ? parce qu'ils vont toucher un honnête pactole sur la vente de la maison de leur grand-mère , mais qu'aucun n'a proposé de venir passer quelques jours avec elle  pendant les vacances de Noël ,  à ma connaissance ...  Tante machin est si contente de passer les " fêtes" avec sa mère ... un  petit coup de fil suffira , à Pâques , ou à la mi-carême ...Une seule des filles a fait une apparition , certes brève  mais chaleureuse , accompagnée d'un mari poli et d'ados ...  ados  (Cette fille , c'est celle dont sa mère disait uniquement , pendant des années : " M. ... , elle est pas très fut fut .." ; j'espère que ce jugement , destiné à des personnes de l'extérieur , était là simplement pour compenser une trop vive tendresse , et que ma soeur attendait uniquement d'être contredite avec énergie . Mais je n'en sais , vraiment , absolument rien . En tout cas , ça donnait l'impression que la petitoune , actuellement infirmière , ce qui est un beau métier intelligent , était à la limite de la débilité mentale ).  
          Allez , je suis vraiment trop sévère , le gentil panier percé a proposé de faire trois cent kilométres pour venir manger avec elle le jour de Noël , et c'est moi-même  , moi la râleuse , qui lui ai dit que c'était bête de commencer  ainsi à entamer le chéque  que maman et moi lui avions envoyé , une toute petite contribution pour tenter de pallier à ses denières difficultés financières . Ceci dit , j'aurais vraiment du encourager la grand-mère de tous ces délicieux neveux , huit en tout ,  à claquer tout son fric avec des gigolos !  d'ailleurs il est peut-être encore temps , comme dit , ou à peu près , sa dame de compagnie à la  tante de Louis Jouvet dans Drôle de Drame : quatre-vingt-dix-sept ans , c'est pas tellement vieux !
        Et puis finalement , malgré mon ronchonnage , comme une petite rivière souterraine qui continuerait à  couler toute vive et glougloutante sur les cailloux , en dessous de  la colère et de l'amertume j'ai ressenti  la joie  : ce premier de l'an j'ai fait la connaissance de l' infirmière qui vient faire la toilette de maman , énergique et délicate , précise et rigolote ;   la peau claire de son épaule s'orne d'un splendide serpent tatoué , qui descend pour se perdre dans les profondeurs de son décolleté vertigineux . J'ai  mitonné un gratin de courge délicieux ; j'ai , pour le repas , sorti la belle nappe brodée par ma grand-mère , les belles serviettes aussi , le beau service à café  dont on ne se sert que pour les fêtes ... puis , comme , au point où j'en étais , autant valait faire ça qu'autre chose ...  je me suis mise l'après-midi à faire des rangements dans le grand bureau -  meuble antique et vénérable acheté par mes parents dans les années trente aussi : ils pouvaient y corriger leurs copies face à face ,et moi je pouvais , n'ayant pas de chambre à moi ,  trouver refuge dessous comme dans une petite niche quand personne ne l'occupait  . Je  suis tombée sur une vraie mine d'or : des photos en très petit format , prises par ma tante en 1925 , dont certaines photos de famille prises au Rocher de Dromon à Saint-Geniés , où était la ferme de mes cousins Daumas  ; une autre de mon arrière grand-mère de Vaumeilh , celle qui vendait ses fromages de chévres au marché de Sisteron , que je n'avais jamais vue ,même en photo ; une enfin , de maman en train de donner le biberon à sa première fille  : ma mère a vingt-cinq ans , elle tient dans ses bras sa fille aînée . je vois une  jeune femme  ravie et rieuse , heureuse comme je ne l'ai jamais connue , moi l'enfant née sur le tard ... presque jolie ma mère ... si c'est pas des super étrennes ça ! Envolé le côté ronchon ! Tout va bien ... j'ai retrouvé le Philippe pour un réveillon du 1er au soir ,  me suis trouvée soule comme une grive dés l'apéritif , après deux verres de crémant d'Arbois délicieux ; et je n'ai même pas mal à la tête ce matin... Tout va bien ! alors :
  
                          Très , très belle année à tout le monde !