( Comme vous le savez , ça fait des années que je suis littéralement imbibée des écrits d'Alexandra David Néel ; aussi , j'espère qu'un jour, à l'exemple d'Anna K. , je ferai le pélerinage autour du mont Kailash ... )
Petites Peintures
A l'origine , c'était un blog pour montrer mes peintures ,qui sont des petits formats sur papier . Au fil des jours et des mois , et parce que j'écris quand je n'ai pas la disponibilité pour peindre , c'est devenu un endroit en dents de scie qui m'a permis d'assumer enthousiasmes et déprimes , joies et agacements ,bien souvent comme si c'était la dernière bouée qui me restait sur terre . Il est nécessaire que vous gardiez à l'esprit que c'est le blog de quelqu'un qui est en cheminement ; quelqu'un qui sait , comme le lecteur , que les émotions changent sans cesse , les émotions qui sont refus du monde qui m'advient , et qu'il ne faut pas trop s'y laisser prendre ; mais pas les nier non plus ; et que l'enseignement des sages est : " Tout est bien ". Un monde harmonieux , en somme , pour peu que nous puissions en comprendre les mécanismes ... ce qui n'est pas encore mon cas .Oui , j'ai fait quelques progrés en trente ans , si vous saviez d'où je viens ... Le chemin m'emméne , de toutes façons . Vers où ? En attendant de le comprendre , ce monde , on peut juste émettre le voeu boudhiste : " Puissent tous les êtres se sentir heureux " - si vous le préférez en Sanskrit : Loka Samastha Sukhino Bhavantu
J'explique le pourquoi du pseudonyme en partie dans le bandeau de mon autre blog , au nom tiré de Lewis Caroll , mais néanmoins consacré à des voyages en Inde - le lien est tout en bas à gauche , mais vraiment , en bas , en bas ...
Branchesetbosquets , c'est l'étymologie de mon nom de famille - et puis ça me confortait dans l'impression d'être un personnage de Tolkien . Enfin , si vous avez perdu mon e-mail : c'est francoise.rambosson@free.fr , et je préférerais , de beaucoup , que ça apparaisse en petit mais - j'arrive pas .
( Comme vous le savez , ça fait des années que je suis littéralement imbibée des écrits d'Alexandra David Néel ; aussi , j'espère qu'un jour, à l'exemple d'Anna K. , je ferai le pélerinage autour du mont Kailash ... )
... bien emmitouflée , avec un délicieux bonnet à oreillettes façon indien des Andes made in China enfoncé jusqu'aux yeux , j'ai continué à nettoyer , à tailler les rosiers , alimentant un joli feu , histoire de me débarrasser des tiges piquantes qui ne vont pas au compost , et de toutes pensées et sentiments déprimés , superflus un Lundi matin de lune nouvelle ...
- j'ai envoyé deux mails aux Guest Houses à Pondichery , qui me sont revenus en disant que les adresses sont incorrectes . ( j'ai pris les adresses sur le site de Sri Aurobindo Ashram ... ) ça fait plus de quinze jours que je m'escrime pour essayer de réserver là bas ... pas très agréable . Le vieux sentiment : "je suis en échec on ne veut pas de moi " a tendance à m'envahir en douce ... je fais comme quand j'étais petite , je déprime et je m'accroche , les dents serrées ; cependant , je sais , ce que je ne savais pas quand j'étais petite , que ce sentiment ne sera pas éternel , que c'est juste un nuage qui passe . Quand même , c'est pas agréable .
- je suis allée à Saint-Jean du Gard voir la foire aux fruits et légumes anciens , sous un joli petit soleil un peu mouillé ; j'ai résisté à l'envie d'acheter : une sauge bleu foncé ( bien m'en a pris , deux de mes sauges ornementales ont pris un sacré coup de froid , j'ai vu ça l'après-midi ) ; un poirier , parce que j'en ai déjà un qui est tout le temps malade et que je me dis que j'aurai trop de mal à assurer au niveau des traitements bio si j'en prends un deuxième ; un rosier-liane à grosses fleurs blanches , parce que j'ai déjà une cinquantaine de rosiers au jardin dont six rosiers-lianes . Mais j'ai craqué sur : cinq kilos de pommes rouges magnifiques , des douces et des acidulées ; un bocal de confit d'oignons doux et des beignets aux oignons ; un tout petit cactus dont les formes se souléveront en plusieurs vagues onctueuses et sensuelles dans quelques années - mais affreusement piquantes , ça me ressemble - et , cerise sur le gâteau , j'ai été choisir , pour mettre le tout , un panier dans le magnifique stand de Luside ; celui-ci , rond et accueillant , a plein de couleurs turquoise et illumine tout endroit où on le pose .( photo suit ! )
- comme je mets maintenant King Arthur en repeat , pendant que je peins , dans la voiture j'ai écouté à nouveau ces hymnes védiques de l'ashram de Ramana Maharshi , ( Eux ont été très accueillants , tout de suite ) . Ces hymnes , j'en ai déjà parlé , me donnent l'impression bizarre de me chuchoter un message que je comprends ,que je connais déjà très bien , au profond de la poitrine .Et j'ai failli tomber dans les pommes la première fois que je les ai entendus , à Tiruvannamalaï il y a deux ans . Naturellement je n'en comprends pas un mot , c'est du sanscrit , je n'ai pas fait ce genre d'études orientalistes ... bizarre , hein ... bizarre , bizarre ...
- je me suis mise à cuisiner en rentrant et c'était raté et peu digeste et on s'est disputés avec enthousiasme - mais conscients qu'on jouait ...
- j'ai taillé des rosiers et fait un petit feu de jardin , pour brûler les feuilles abîmées , en attendant d'aller au :
- cinéma , " Musée Haut Musée Bas " que je vous recommande , on ne rigole pas à gorge déployée tout le long mais quand même assez souvent , et le passage où André Dussolier en ministre de la Culture inaugure une expo de photos est hilarant . Et bien sur Jean Michel Ribes n'invente presque rien , je peux dire en connaissance de cause qu'il n'a pratiquement fait qu'extrapoler , juste un petit peu , sur une réalité délirante ...
- rentrée à la maison gelée et fatiguée et migraineuse , je me suis fait un aïgo boulido pour me remettre les pieds dans mes pompes , rien de tel
- enfin pour terminer la journée dominicale en douceur j'ai plongé sans remords sur le canapé du salon , avec Rajah en chaufferette contre mes omoplates , et j'ai revu une cinquantième fois " Coup de foudre à Notting Hill " , avec presque autant de plaisir que la quarante-neuvième fois ...
- et alors ce matin c'est Lundi ... je vais reprendre mes essais pour réserver à Pondichery ... youpi youpi youpi !
Naturellement , ça n'est pas la planéte qui est tordue , mais les êtres qui l'habitent . La planéte , j'imagine qu'elle s'en sortira toujours ; bien sur elle ne sera pas celle que nous connaissons , celle à laquelle nous sommes à peu près habitués et que nous aimons à peu près bien . De toutes façons , au cours des millions et des millions d'années , elle a changé de tête tellement de fois . Pensez seulement à ces pauvres dinosaures , définitivement disparus du paysage ...
alors en vrac :
- les images de la gare de Bombay au sol jonché de cadavres ,très gore mais moi je n'aime pas les films gore . Cette fois-ci ce sont de jeunes islamistes , ,emportés par leur enthousiasme juvénile ( attention ne pas confondre islamiste et musulman , oui ... ) mais les extrémistes indous peuvent être très toniques aussi , souvenez vous de ce massacre de chrétiens en Orissa , il y a quinze jours ... ils accusaient les chrétiens d'être insupportables avec leur prosélytisme , ce que je concède bien volontiers ... mais bon , si on pouvait se débarrasser vite fait de tous les gens qui nous emmerdent , les rues seraient jonchées de bidoche , c'est un de mes maîtres qui le faisait remarquer .
- l'amende de 12000 euros à cette association " Droit au Logement " parce que les SDF encombrent les rues de Paris ; ces SDF qui meurent au bois de Vincennes parce qu'ils préfèrent vivre seuls dans leur tente , et Christine Boutin qui aimerait bien tous les parquer - mais au moins ils seraient au chaud la nuit ...
- la bague à 15000 euros de Rachida Dati , gommée sur la photo du Figaro , ça risquait de choquer ( eh oui ! )
- je sais tout ça parce que je regarde le zapping sur Canal quelquefois ; l'autre soir il y avait , parlant de cette histoire de SDF , à l' émission de Michel Denisot , Philippe Val ( de Charlie Hebdo ) et un autre journaliste que je n'aime pas trop d'habitude ( son nom c'est Duhamel mais je mélange les prénoms , il y a un Alain et un Olivier ) , mais qui pour une fois était d'accord avec Val ; plus , deux dames plutôt bien informées et compétentes . Discussion intéressante . Arrive la ravissante présentatrice de la méto . Des yeux plus que bleus frangés de longs cils , une vraie beauté cette fille , en outre pétillante de fantaisie et d'humour . ET , ce soir là , un pull qui dévoile entièrement une épaule laiteuse ... regard appréciateur des trois hommes , les dames journalistes sont agacées . Eh oui , c'est les mecs qui tiennent le pouvoir , maitenant aussi ... j'essaie d'imaginer la scène transposée avec une émission dont le présentateur vedette serait présentatrice ,etc ... ( mais y'en a pas des masses ... ) arriverait un ravissant jeune présentateur météo qui ferait le fou sous les yeux attendris des dames de pouvoir - mais qu'est-ce qu'il pourrait bien dévoiler , pour un soupçon d'érotisme de bon ton ?
- et quoi encore : avant-hier , par souci de ne pas faire chier le monde et convoitise , j'ai dévoré avec avidité une gigantesque côtelette peu cuite - moi et mon estomac nous en souvenons encore avec écoeurement . Bouac ! plus de viande pendant une semaine , d'ailleurs c'est à peu près mon rythme .
- et toujours pas de réponse des Guest Houses de Pondichery pour être logées là bas ... .
Alors c'est décidé , j'hiberne .
Je le sais bien , on est encore en automne , mais le froid est arrivé ici , d'un coup . En début de semaine le temps était extraordinairement gai , vif , ensoleillé , dans ce froid sec . Hier j'ai été - un peu trop tard , la lumière n'était pas à son mieux - prendre des photos d'un champ près du Gardon dont les couleurs m'enthousiasment presque en toute saison ; un champ de cardons , à moins que ça ne soit d'artichauts . De loin , en fait de la nationale , on voit juste un champ d'un vert Véronèse délicieusement frais et acide , qui voisine avec un verger de pêchers dont les branches , rougeâtres en cette saison , se couvrent au printemps de fleurs d'un rose froid . . De près , la luxuriance des feuilles ornementées et les délicates variations de couleurs me plonge dans le ravissement .
C'était chouette de marcher d'un bon pas dans le crépuscule , bien emmitouflée dans ma veste chaude , le nez glacé , et de me dire que la maison douillette m'attendait dès que je choisirais de rentrer . Je me disais aussi que ça serait encore mieux quand j'aurai un chien . Patience ! juste le temps d'aller en Inde et de revenir ( si l'avion ne se casse pas la gueule , si je n'explose pas dans un attentat islamiste - quelle idée heureuse j'ai eu de programmer cette excursion à partir de Bombay , vraiment ... moi qui suis trouillarde je suis gâtée ) et au printemps , je me précipite à la SPA ...
Bouh , ma journée m'apparaissait bien morne aujourd'hui : j'ai repris en une soirée le kilo perdu à Nice , l'ordi est d'une lenteur horripilante ... juste une belle lumière sur le jardin tout givré vers les sept heures , mais je n'ai pas eu le réflexe de sortir en pyjama avec l'appareil photo . J'ai décidé de peinturer avant de m'atteler à diverses tâches administratives ... mais d'abord j'ai réouvert ce splendide volume du Tao Te King dont je vous citais hier une strophe , les illustrations sont si belles , combinées avec le texte qui me touche beaucoup , rien que d'en lire quelques lignes je me sens nourrie ( et pour que tous les sens soient comblés , il ne me resterait qu'à lécher la page ... )
En lisant cette traduction , de quelqu'un qui s'appelle Stephen Mitchell , je la trouvais si limpide que j'ai voulu comparer avec les autres traductions qu'on a à la maison . Mitchell traduit par exemple la strophe 23 de la façon suivante ( mais en plus mon livre est traduit de l'américain en français ! ):
Exprime toi complètement,
puis reste silencieux .
Sois comme les forces de la nature :
Quand ça souffle , il n'y a que le vent ;
Quand il pleut , il n'y a que la pluie ;
Quand les nuages passent , le soleil brille.
Si tu t'ouvres au Tao,
tu es un avec le Tao
et tu peux l'incarner pleinement.
Si tu t'ouvres à la vision intime
tu es un avec la vision intime ,
et tu peux l'utiliser pleinement.
Si tu t'ouvres à la perte ,
tu es un avec la perte
et tu peux l'accepter pleinement.
Ouvre-toi au Tao,
puis fais confiance à tes réponses naturelles
et tout prendra sa place.
Le même chapitre 23 est traduit par Etiemble ( ed. idées n.r.f qui ne date pas d'hier ... )
Parler rarement est conforme à la nature.
Un tourbillon ne dure pas toute la matinée
Une averse ne dure pas toute la journée.
Qui les produit ? le ciel et la terre .
si les phénomènes du ciel et de la terre ne sont pas durables ,
Comment les actions humaines le seraient-elles ?
Qui va vers le Tao , le Tao l'accueille.
Qui va vers la Vertu , la Vertu l'accueille.
Qui va vers la perte , la perte l'accueille .
Sobre , Etiemble , pas vrai ? minimaliste , oui ... mais la première version , plus prolixe et presque didactique , m'a permis de comprendre ce dernier vers ... et d'admirer infiniment la sagesse qui y est contenue , c'est du vécu ! Comparer la façon dont les gens ont compris quelque chose , ça peut vraiment être intéressant ; quelquefois les mots de l'un résonnent en nous , quelquefois c'est l'autre qui nous touche ...
Dimanche soir , j'ai appelé , de Nice , Philippe pour lui demander comment c'était la météo sur Florence ( je n'ai pas accès facile à un ordinateur depuis chez ma maman ) , s'il avait réservé l'hôtel , et tout , et tout ... las , quelle déception , il me dit qu'on ne peut pas partir ... même pas qu'il serait question d'un éventuel cyclône sur la Toscane , mais c'est cette conne de Noisette qui a attrapé un vilain abcès à l'oreille ... la voisine de droite est à l'hosto , celle d'en face a toujours son lumbago qui la handicape ( sans compter son mari qui ne se déplace qu'avec un déambulateur ) , le voisin de gauche est allergique aux chats , et donner un antibiotique matin et soir à cette minette fantasque et mordeuse c'est pas évident donc je ne me vois pas demander ce service à des copines qui habitent un peu loin ... Bref , pas de voyage ... aïe mes amis , quelle déception ... je n'arrivais pas à m'endormir ensuite , au profond de ma poitrine ça faisait comme ces cables téléphoniques qui ont du givre dessus , tout glacés tout rigides tout douloureux ... j'ai passé une éternité à simplement respirer avec cette émotion pénible , simplement à m'y immerger ...
Et puis c'est passé et j'ai dormi presque bien ensuite . Le lendemain , train train habituel , je me lève à six heures vingt-cinq , je défais les barres du lit de maman pour lui permettre d' aller aux toilettes ( parce qu'elle est tombée déjà une fois dans la nuit , il y a un an et demi : elle prend un somnifère , depuis des années , et si elle se lève toute seule au milieu de la nuit elle est un peu dans les vapes et donc il vaut mieux que quelqu'un surveille . Par contre le matin elle a l'esprit clair et peut se concentrer sur la marche et le déambulateur . C'est une personne très maitrisée , et donc l'obliger à se défaire du conditionnement à la propreté , acquis dans l'enfance , en mettant des couches toute la nuit , c'était pas un service à lui rendre ) ; je vais vite me doucher en haut en attendant l'infirmière qui fera les toilettes , ensuite je prépare le petit dej de maman ... après , je commence à vérifier les comptes en buvant mon thé ... etc , etc ... je n'ai plus pensé à ma déception jusqu'au soir ; il restait un sentiment latent d'avoir été flouée d'une récompense , comme quand j'étais petite ( je me décarcasse pour aider à Nice , et je n'ai pas le joli voyage que j'espérais... ouuuuuuuh ...) . J'étais si fatiguée que l'après-midi , parcourant l'avenue de la Victoire ( je sais , ça fait trente ans qu'elle s'appelle l'avenue Jean Médecin , mais pour moi elle restera éternellement l'Avenue de la Victoire ) pour trouver une pile de remplacement à ma montre , j'ai chu sur une feuille et le trottoir glissant . Pas de dégat , mes fesses sont moëlleuses ... mais j'avais vraiment envie de rester assise là , laissant les gens s'agiter tout autour . Je me suis reprise , grognassonne néammoins , parce qu'un aimable vieillard ( qui devait bien avoir l'âge de Philippe ) s'est approché pour m'aider à me relever ...!!!
Mardi , activités de la matinée , puis départ ... je suis toujours guillerette de partir , et triste de les laisser mes petites dames . Surtout qu'en général c'est à ce moment là que Tata Lili , qui régresse de plus en plus et a passé , pendant mon séjour , la plupart du temps où elle ne dort pas à essayer de jeter son verre ou à parler par interjections agressives , comme un petit de quatre ans qui est de mauvais poil , me dit quelque chose de gentil , de sensible , et que je fonds ...
Je traverse le Var avec cette lumière magnifique qu'il y a dans notre Midi en cette saison ; j'écoute King Arthur , encore et encore et toujours ( L'air de l'Hiver m'arrache des larmes chaque fois - let me freeze let me freeze let me free-ze again ... ) J'ai décidé de manger à Aix pour revoir une vieille amie ; tout en grignotant nos tartines , de l'une à l'autre et de l'autre à l'une passe un courant affectueux , au fil de notre bavardage et de nos silences , de ce qu'on dit , et de ce qu'on tait . Je reprends la route , la Camargue est belle , la musique baroque plus que belle - mais j'ai coupé de temps en temps pour écouter Rire et Chansons , ils passent trop de pub mais c'est quelquefois hilarant . Et puis j'aime bien les musiques qu'ils passent , aussi .
Passé Nîmes , j'arrive sur le plateau ; le paysage s'ouvre et me permet de respirer amplement , les Cévennes délimitent l'horizon au Nord , le mont Lozère est délicatement frangé de neige . Et - qu'est-ce qui me prend juste avant de retrouver mon village ? une sacrée crise de déprime , oh là là je n'ai pas envie de rentrer , dans quel univers étriqué je vis avec mon mec , j'en peux plus j'en peux plus ... je ne sais que faire . L'envie désespérée de vivre seule , d'avoir un coin à moi , même si ça n'est qu'un placard ...
Je finis par m'arrêter sur le bord de la petite route . La tête dans les mains , je me contente de respirer ma fatigue , juste une pause avant de rentrer ... si fatiguée ... voudrais tant être seule ...qu'est-ce que je fiche avec ce mec , gentil avec moi mais si complétement étranger à tout ce qui me préoccuppe de ma famille , et qui affiche allégrement son désintérêt . Que c'est fatigant . Je me dis que j'ai eu tellement l'habitude , dans mon enfance , de partager ma vie avec des personnes qui étaient étrangères à ce qui m'intéressait , que j'ai trouvé , dans ma vie de couple , le même type de personne .
La pause me permet de retrouver assez de confiance pour faire les quelques kilométres qui me séparent de cette maison partagée . Je trouve Philippe en train de passer l'aspirateur , c'est gentil car il sait que j'aime trouver une maison à peu près en ordre ; mais le bruit de l'aspirateur me fatigue , je suis épuisée et vais me lover , la tête sous la couette ; hé non , pas question de retrouvailles chaleureuses , je n'ai besoin que d'une solitude absolue .
Ce matin je suis de nouveau gaie et tonique , et j'ai l'impression que j'ai compris quelque chose . Arnaud Desjardins disait qu'on jouait tout le temps des personnages , on joue tout le temps des rôles dans la vie ( dans ce cas , il y a en jeu deux personnages " moi en tant que fille " , " moi en tant que compagne ". Mais le vrai centre de nous , le vrai moi , ça n'est aucun des personnages . Dès que j'habite avec quelqu'un , je me laisse reprendre au piège , je me confonds avec ce qui n'est qu'un rôle ... Bon , j'en suis là . Ne me demandez pas ce que c'est que ce centre ... je suppose qu'il ne se dit pas .
Vide ton esprit de toute pensée .
Laisse ton coeur être en paix;
Observe l'agitation des êtres ,
mais contemple leur retour.
Chaque être distinct dans l'univers
revient à la source commune.
Revenir à la source , c'est la sérénité.
Si tu ne prends pas conscience de la source ,
tu t'enfonces dans la confusion et la tristesse.
Quand tu comprends d'où tu viens ,
tu deviens naturellement tolérant ,
désintéressé , amusé,
bienveillant comme une grand-mère ,
digne comme un roi.
Immergé dans la merveille du Tao,
tu peux faire face à tout ce que la vie t'apporte,
et quand vient la mort , tu es prêt .
( je me suis offert une nouvelle édition du Tao Te King , la dernière fois que je suis passée à la librairie Sauramps d' Alès ; une petite merveille , chez Synchronique Editions , avec des reproductions de paysages chinois , je ne vous dit que ça , et 23 euros seulement ... ça valait le coup )
Et Florence , alors ? une autre fois , une autre fois j'espère... j'espère que je pourrai à nouveau jouer ce rôle de voyageuse émerveillée ... Belle , très belle journée à tout le monde !
Donc ce matin , je pars pour Nice , sans savoir si la météo nous permettra , dans quelques jours , de rejoindre Florence comme nous l'avions projeté . J'aimerais vraiment bien revoir le merveilleux cortège des rois mages de Benozzo Gozzoli , qui nous fait entrer dans un conte magique ; les manteaux en nappes fluides et pleines , abricot et rose , enveloppant dans leur doux élan ascenscionnel les anges de Pontormo , dans cette petite chapelle près du Ponte Vecchio , du nom de laquelle je ne me souviens jamais ; et puis l'Annonciation de Simone Martini aux Offices ...et puis tous les tableaux des Offices , et encore tous ceux du Palais Pitti , sans compter les Masaccio et les Masolino dans la chapelle Brancardi , qui placent autour de Saint-Pierre les italiens des montagnes , terriens solides et sévères ; et encore les Ghirlandaio à Santa Maria Novella ( j'ai dans la tête notamment cette petite servante qu'on voit , de profil , se précipiter avec sa corbeille de fruits à la main , légère et vive , avec un mouvement infiniment délicat des tout petits plis de sa robe bleue ciel ; mouvement qu'on retrouve dans d'autres tableaux d'autres peintres de la même époque **- ils se piquaient les chouettes motifs les uns les autres , les egos n'étaient pas plus sucrés et même ça allait quelquefois jusqu'aux meurtres - ) ... je voudrais ...
* je vous mettrai des photos au retour ! que j'ai pu aller les revoir , ou non ... ça c'est l'Annonciation de Simone Martini , sur fond d'or , une splendeur , il parait que c'est la caractéristique de l'Ecole de Sienne .
** j'ai revu ce même moucement à l'exposition Mantegna au Louvre , c'est plus près pour aller voir , mais faut pas craindre le malaise , tant il y a d'affluence ; pour moi j'avais les oreilles qui sifflaient et presque des vertiges , ce à quoi je ne suis pas trop sujette d'ordinaire .
Ca y est , j'ai donné ma bénédiction ( et le numéro de ma carte de crédit ) à Elise-de-Comptoirs du Monde , qui va nous réserver les billets d'avion et de train ... départ le 12 Janvier vers Madras , retour de Bombay le 3 Février .. à voir écrits le programme qu'elle nous a concocté à ma demande (y compris une petite excursion en train de Bombay à Ellora et Ajanta avant de partir , parce que j'avais vraiment envie de voir ce grand Boudha couché ... ) et puis le message de Tiruvannamalai disant qu'on sera bienvenues là bas , je me sens soutenue , et même presque enthousiaste . Même si à Pondichery , on ne sait pas encore comment on va loger - j'ai juste reçu un mail de Park Guest House disant que ça ne sera pas possible . Je cherche autrement , et je fais confiance ...
Comme je vous le disais tout à l'heure , elle est à Orsay ; un tableau vraiment sensationnel . On nous dit dans le commentaire que c'était sans doute une des employées de la famille Cézanne , et non sa mère , comme on le pensait autrefois . Allez le voir pour de vrai , c'est un très grand tableau et ça vaut le coup ; tout l'univers représenté , que ça soit la dame , la tasse , la cafetière , rayonne d'une espèce de densité silencieuse , intense , vibrante ...
A Malchamps je me souviens que Tata Lili faisait le café , c'était un rite important et quand elle le célébrait je la sentais toute entière imprégnée de la dignité de sa fontion . Vous me faites rigoler avec votre cérémonie du thé façon zen , je sais bien que c'est à la mode , mais chez nous c'était la cérémonie du café du matin . Religieuse , oui ... la grosse cuisinière en fonte , dont la grille rougeoyait , l'eau juste frémissante sur le café que Tata avait d'abord moulu , au moulin à main s'il vous plait ...une vraie bénédiction matinale . C'est une des raisons qui me font en prendre de temps en temps , ce matin notamment . Ca n'est pas terrible quand on a tendance , comme moi , à l'hypertension , donc je le noie en ajoutant plein d'eau ; d'ailleurs je n'aime même pas tellement le goût du café , sauf dans les gâteaux ; mais , en versant l'eau tout doucement sur le filtre , puis en buvant ce petit café du matin , avec un sucre parce que j'ai un petit reste de cafard , je communie avec la fierté de Tata lorsqu'elle pratiquait la cérémonie du café , et à moi ça me fait vraiment grand bien . Un petit café contre la tristesse du matin ...