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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 09:10
Chapitre 1842 : jolie balade

 

 

 

 

         Par des chemins anciens  ;  on a d'abord longé  la plaine fertile avant Vézenobres  , puis on a pris à main droite  , suivant une calade jolie comme pas possible ,  qui traversait la colline ,  grimpant sous de toutes petites falaises sableuses ; traversant des restanques ( ici , de l'autre côté du Rhône ,  ils disent des faïsses ) abandonnées , que la garrigue envahit , genêts , ronces et broussailles . De grands chênes rouvres , certains complétement courbés , abritaient le sentier , déjà enserré entre des murs de pierres sèches . En haut .. c'était encore plus joli , nous a dit Hermione , qui adore galoper dans les prés sur l'herbe nouvelle . Mais il se faisait tard et j'ai voulu revenir avant la nuit . Avec un gros bouquet d'asperges sauvages ... et une déchirure à la main droite parce que j'ai voulu grimper dans les ronces pour cueillir une pousse particulièrement belle  .

 

 

Chapitre 1842 : jolie balade
5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 02:25

      J'ai déjà dit que l'équipe soignante au centre de rééducation était sympathique . Les gens ont  l'air de connaître le nom de ma maman , c'est déjà ça . Quand j'ai vu le toubib , Mercredi ( il a l'air de sortir d'une série britannique , le genre beau mec de quarante-cinq  ou cinquante ans ,  très grand , cheveux clairs  yeux clairs  , rien là que de très bien  ,  les traits  parfaitement figés et inexpressifs  .. )  il m'a annoncé avec énergie que dés le lendemain maman irait manger en bas au réfectoire avec tout le monde . Très bien .. ma pauvre mère , qui se plaint maintenant de se sentir seule chez elle , en frétillait déjà d'aise .

    ( J'ai pris conscience , ces derniers mois , qu'elle avait vécu une enfance totalement différente de la mienne , dans une petite ville où elle faisait partie d'une bande d'enfants joueurs . Et j'ai commencé à me sentir gênée , moi qui ai vécu une enfance extrêmement solitaire , sans contact avec d'autres enfants ( un peu snobée par deux pécores adolescentes ! )  , et  apprécie donc infiniment la solitude  comme un bien précieux que je ne peux m'offrir maintenant qu'au compte -gouttes ;  j'ai commencé à me dire qu'effectivement elle serait peut-être mieux dans une maison de retraite où il y a du monde qui passe ..  J'avais cru faire pour le mieux en lui offrant d'être dans sa maison , de pouvoir sortir dans son jardin  , d'avoir des relations familiales avec les personnes qui s'occupent d'elle . Je n'avais pas pensé que mes soeurs sont âgées , les pauvres , que mes  neveux prennent de l'âge aussi .. ) 

      Et donc , j'ai passé l'après-midi à  Avignon sans remords , Vendredi  , persuadée qu'elle allait avoir une séance de kiné , et manger en compagnie . Et ce Samedi, je ne suis venue la voir qu'à une heure et demie - le temps pour elle d'être remontée dans sa chambre .

        Je longe le couloir ; plusieurs portes ouvertes laissent apercevoir des petits vieux tout avachis de travers dans leurs fauteils  . Avant même d'entrer dans sa chambre dont la porte est ouverte ,  j'entends sa voix tellement plaintive , elle gémit : " comment faire , je veux aller aux toilettes , je ne peux pourtant pas me lever toute seule .. " . Je la trouve installée  devant un plateau repas où elle a vaguement pioché ;  la sonnette  n'est pas à sa portée - en plus , gris clair sur le drap blanc , elle ne peut la voir  .  Je m'étonne , tu es restée dans ta chambre pour manger ?  elle  pleure presque , j'ai mangé toute seule et personne ne m'a emmenée au réfectoire .. comme si elle était punie , comme si c'était le paradis ce réfectoire . Je presse la sonnette , essaye de lui expliquer qu'il y a dans chaque chambre une patient qui est seul ..  

             L'aide-soignant  arrive , tonique et sportif ; je lui explique , comme je l'ai fait à l'aide soignante , l'avant-veille ,  qu'on m'a dit que ma maman irait manger en bas , qu'elle voudrait bien  ..  Que le livre qu'on  a posé à côté d'elle - à portée de main , par contre - ne lui est d'aucune utilité car elle est mal voyante .. Revendicatif , il m'explique qu'ils sont deux pour tout l'étage , pour le week-end de Pâques . Qu'elle a déjà  le dos plein d'escarres ( Depuis quand ? c'est nouveau ça ... en tout cas , c'est sa façon à lui de voir les choses  ) .Qu'il n'a pu faire descendre maman car de toutes façons il n'y a pas de fauteuil roulant pour tout le monde . Et qu'elle n'aura pas de séance de kiné , c'est  Pâques . Je compatis ..  Il part explorer l'étage pour chercher un fauteuil roulant , afin que je puisse descendre maman dans le parc ; n'en trouve aucun . Il me dit qu'il ne savait pas que maman était mal voyante ( je l'avais signalé plutôt deux fois qu'une , Mercredi , et maman le lui a redit - mais il était tellement pressé , le pauvre , qu'il n'avait pas écouté ; et quand ils font la chambre à deux , ils pépient .. c'est naturel .  )  .

        Il finit par trouver le fauteuil roulant : qui était déjà dans la chambre de maman ; juste à côté de son lit .

        Juste un problème de transmission . Juste un problème de manque de personnel . Juste un problème de fatigue , ou de mental - le fauteuil était sous ses yeux .

         Eh oui , je le savais pourtant , que souvent dans les maisons de retraite les petits vieux sont installés dans leur chambre avec la sonnette juste un peu trop loin , que le personnel doit galoper et n'a pas souvent le temps pour entrer en relation avec eux  , qu'ils préfèrent souvent écouter ce qu'ils ont déjà dans leur propre tête , c'est naturel ,  et pas forcément les patients qu'ils cataloguent vite fait comme gâteux ou incontinents   .  Qu'avant de faire le choix d'aider maman à rester chez elle , j'avais fait , il y a sept ans ,  le tour de plusieurs établissements et qu'aucun ne m'avait paru convenir .  Je suis tout de suite à m'accuser , moi , d'étroitesse d'esprit .. Mais comment faire ? Et par dessus le marché ,  Philippe  est d'ultra mauvais poil ( ça ne se voit pas de l'extérieur , mais je le connais : je l'ai emmené en promenade après ma visite à maman , une jolie promenade pourtant , il est resté d'une politesse magnifiquement distante  ) parce que je donne trop de temps à ma mère , pas assez à lui ..

       Ouh là .. Quelle chance j'ai . J'écris là , dans la nuit tranquille ...  Quelle belle vie .

      

4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 08:30

     

 

          Hier , juste avant le lever du soleil , je suis descendue au potager pour chercher une cébette  et de l'aillé à ajouter à la salade de pommes de terres que je venais de préparer  pour emporter à Avignon . J'ai été émerveillée - marchant dans le pré émeraude que le soleil naissant faisait vibrer par endroits de nuances plus claires , presque dorées , respirant l'odeur exquise de l'herbe  fraîchement coupée . J'avais emporté un opinel , j'ai coupé  ail nouveau et oignon  juste au dessus du compost où le gros tas d'herbe coupée commence à fermenter ; là encore les odeurs étaient d'une intensité fabuleuse . En remontant il y avait les jacinthes , qui commencent à se faner mais embaument encore  .. Et puis , une odeur de miel , dont je ne pouvais identifier la provenance . Le prunier , peut-être ?

      A Avignon , Renée était mieux qu'il y a quinze jours . Pour ma venue ( ? ) elle était très gaie , avec Louis nous avons planté les impatiences devant sa porte - roses , cette année ;  puis j'ai semé des nigelles le long du cabanon . Mais quand je lui ai demandé en plaisantant ( elle était préoccupée par la nécessité du partage à faire entre ses héritiers , voulant avantager E . qui s'occupe le plus d'elle , habitant près  ) si elle comptait mourir dans les quinze jours , elle m'a dit " je voudrais bien " . Son coeur bat beaucoup trop vite en permanence ( 120 pulsations  ) ce qui est épuisant  , bien sur elle ne peut plus jardiner .  Le cardiologue va lui faire essayer un nouveau médicament .

      Ce matin je me suis éveillée en pleurant à cause d'un rêve  , qui me rappelait  la visite à ma marraine deux jours avant la mort de cette dernière à Thonon .  Parce que l'après-midi d'hier était si heureux , et quelque part je voudrais bien pouvoir toujours retrouver Renée en bonne santé ; puis j'ai pensé tout à coup que , grâce à Dieu , maman ne m'avait jamais avantagée financièrement par rapport à mes soeurs et qu'elle n'y a même jamais pensé  , ou peut-être qu'elle craignait une rancune éventuelle ; ce qui me vaut d'avoir des dettes  , d'ailleurs , et d'agacer Philippe ( et allez donc ! souviens toi , 176 euros  en deux jours , pour ces quatre paires de chaussures .. )  .   Puis j'ai été envahie par le sentiment d' une liberté fabuleuse . Super ! ce que je fais pour maman , je le fais sans être tenue par de l'argent !  Tout ça à travers le conditionnement idiot qui fait que je me suis toujours sentie moins " valable " que mes soeurs , et que j'ai toujours pensé que c'était à moi , la dernière née , de  m'occuper de ma mère .. Finalement , on peut être pleinement heureux et libre même à l'intérieur de sa stupidité ! Bien sur , nous savons tous maintenant qu' aucune personne n'est plus ou moins valable qu'une autre . Et qu'on peut être libéré de son conditionnement , ou presque .  

         Dans ce rêve , j'étais debout et  je disais à une femme chrétienne , qui regardait le bas d'une grande affiche ,  accroupie par terre  - elle n'était  pas  gaie  et très étriquée de pensée - je lui disais que Dieu est partout ; ou  Dieu est en tout  . Ca me rappelle la fin du disque Shakti , de John Mac Laughlin , après toutes ces cascades vertigineuses et ultra rapides des cordes :  all is bliss ... All is bliss . Waouh ! je garde ça , dans un petit coin tout au fond de mon cerveau plutôt ramolli ...

 

 

 

2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 07:44

   

 

 

 

                 Miséricorde .. Qu'est-ce qui m'a pris .  Maman est , depuis hier , installée au centre de rééducation d'Anduze . Lequel est plutôt sympa , le personnel a l'air bien , la bouffe correcte ( rien à voir avec l'immonde mixture de l'hôpital ) .. et en outre , c'est vraiment dommage que maman soit  mal voyante parce que la vue de  sa chambre est chouette aussi : elle donne à l'Est ,   on voit le Gardon vert glauque , avec des reflets de soleil , qui coule tranquillement vers la droite  à travers les grands arbres qui commencent à se couvrir de bourgeons .

    J'étais là bas à onze heures ; maman est arrivée ensuite , se plaignant de nausées - le transport en ambulance  , couchée , est pénible .  J'ai rempli les tâches administratives habituelles  ,  rangé les vêtements dans le placard , pallié à ses oublis pour répondre aux questions de l'infirmière etc .. puis l'ai aidée à manger  , à se brosser les dents - elle se plaint également de mal aux dents . Et à deux heures et demie pétantes j'étais à la maison , après dix minutes de jolie route  . Ensuite je suis vite  allée dans une grande surface pour lui acheter un pantalon confortable :   elle n'était pas à l'aise dans ses vêtements habituels  , tant elle a le ventre gonflé par des problèmes intestinaux   ( je me serais éventuellement passée d'en entendre les détails ; mais , au point ou on en est .. )  

      Et là .. je ne sais pas ce qui m'a pris . J'ai bien trouvé un pantalon pour elle , que j'ai acheté ; mais l'envie m'a pris de faire un tour au rayon des chaussures ; plutôt camelote , vu les prix - mais ..  tout de même ... pas si mal . Bref , je me suis mise à en essayer - malgré que je m'en sois justement offert deux paire à Nîmes , la veille ,  en allant ramener ma soeur au train   ; pas chères non plus . J'étais assez fière de ne pas avoir acheté de chaussures cet automne , les anciennes vont encore bien  ; ni cet été , pas de sandales neuves . Fière , parce que mon côté écolo me signale que plus j'achéte , plus je pollue la planéte . Ben là , ma pauvre .. l'est belle la planète .  Me voilà nantie de quatre paires de chaussures neuves , en tout  . Les premières dans l'ordre chronologique sont en prolongement direct de celles que je mettais quand j'avais cinq ou six ans . Les deuxièmes ,gris et argent , des couleurs que j'adore  ... Puis , des bottines parce qu'elles sont confortables et que leur couleur de terre légère me mettra des ailes aux pieds   . Enfin , des sandales  noires , très confortables également mais jolies , parce qu'on doit aller au théâtre ce soir .   

         Et ce matin , je m'interroge  . Je crois que , depuis dix jours que j'allais aider maman  à manger à l'hôpital , c'était vraiment lourd - on ne peut pas dire que c'était vraiment agréable comme endroit , avec tout ce bruit ,  tous les gens qui changeaient et  l'appelaient " mamie " parce que c'est impossible de retenir tous les noms -  maman  faisait des cauchemars , rêvait qu'elle ne savait plus qui elle était , ou qu'elle ne pouvait retrouver sa maison ; ou s'est inventé tout à coup un présent optimiste , perdant légèrement contact avec ce qu'on nomme ordinairement la réalité .  Et moi , je me suis trouvée face à un  tout petit enfant perdu ;  un petit enfant gentil , un enfant qui m'aime au sens de "qui a besoin de moi" ,   un enfant qui mange pour me faire plaisir .. un tout petit enfant perdu . Qui m'a inspiré de la pitié , l'envie de l'aider .. Mais que c'était lourd .

          En plus , dés qu'elle a quelqu'un , une amie ou mes soeurs ,  au téléphone , maman change totalement de personnage : elle arrive à retrouver ses repères habituels et se recrée . Pour ne redevenir enfant qu'avec moi . J'ai une sacrée chance . Bien sur , elle me touche beaucoup .. mais c'est lourd .

        Quand à savoir pourquoi , de cette lourdeur et fatigue , j'ai directement dévié sur cette boulimie de chaussures , j'ai la flemme de chercher . Je me souviens que maman était terriblement culpabilisatrice et colérique quand j'avais treize ou quatorze ans et qu'elle m'emmenait acheter des chaussures ( une paire l'hiver , une paire l'été , et c'était vraiment suffisant )   . Envie de m'échapper à toutes jambes ?

   

      

 

 

 

      

31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 07:58

 

 

 

 

 

 

 

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 21:50

      

 

         Vous savez que c'est une de mes activités préférées au printemps : bêcher , à la fourche-bêche , dont j'ai déjà plusieurs fois vanté ici les mérites  . Ces jours ci , quand je rentre de l'hôpital vers deux heures et demie , le moral pas tout à fait dans les chaussettes mais pas enthousiasmant quand même ,parce que je trouve que maman accuse son âge et la fatigue ,  et que je me demande un peu comment elle va continuer , tout en essayant de vivre dans l'instant-    je mange vite fait et je fais une petite sieste - mais ensuite ,  à partir de quatre heures , jusqu'au crépuscule qui est maintenant tardif ,  quel bonheur ! J'ai nettoyé au moins vingt mètres carrés depuis trois jours , préparé le terrain pour les plantations de Mai - tomates ,  aubergines , courgettes  .. - les petits plants de tomates , hauts de cinq centimètres , sont actuellement bien au chaud dans la cuisine d'été , à côté de ceux de basilic , trois sortes de basilic , pas moins !  -  déplacé une verveine citronnelle assez volumineuse qui gênait toujours dans le passage  , quelques oignons de glaïeuls oubliés à l'automne .          

            J'adore ça - enfoncer la bêche dans la terre meuble , soulever une grosse motte , puis arracher les touffes d'herbes diverses , laiterons et graminées , véroniques et mourons , chardons et chiendent  -  chiendent surtout .. enfin émietter avec les doigts la bonne terre pour éliminer le plus possible les longs rhizomes  de chiendent , qui envahissent à partir du talus bordant le jardin . En ce moment , la terre est juste à la consistance voulue , ni trop collante , ni trop dure . Me restera , tout à la fin , à déplacer l'olivier , cadeau de Denise et Roland , que j'avais mis là tant il paraissait fragile , mais qui s'est magnifiquement développé ..  il faudra que je le plante quand Philippe ne sera pas là , en douce , parce qu'on ne tombe jamais d'accord sur l'emplacement .

 

 

 

 

 

29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 11:06

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1838 : le pommier d'ornement

( ça y est , je sais maintenant comment faire pour que la photo ne s'affiche pas sous le titre . Mais je n'arrive pas à régler sa taille , et je trouve ça trop grand ,  beaucoup trop grand .. J'aime quand il y a plein de marge blanches autour . l'idéal , c'est le blanc crémeux  , qui évoque le papier ... )

 

 

 

 

 

 

28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 06:42

      

 

 

 

 

 

                  Aujourd'hui est un jour tout neuf : je laisse de côté jusqu'à la pensée de maman à l'hôpital ( elle commence à se remettre du choc , et partira en centre de rééducation Jeudi ) , Ellés viendra l'aider à manger aujourd'hui ; aujourd'hui sera un jour de promenade ! Certes , j'ai toujours la tête lourde , mais ça partira en marchant .  Pas question de grasse mat , bien sur , dés six heures vingt du matin , Hermione a commencé à vocaliser à la porte de notre chambre ( hélas ! moi qui ai toujours détesté les chiens qui chantent , j'en ai maintenant une qui improvise - plutôt genre flamenco , d'ailleurs ) pour saluer le soleil qui se levait  .. Et comme je crains toujours que , débordée par l'urgence , elle ne fasse pipi dans le couloir , je suis descendue en hâte ..

 

 

 

 

 

 

 

26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 07:52

 

 

 

 ( Je ne sais pas comment faire pour que l'illustration ne soit pas directement collée sous le texte , ce que je déteste . J'avais fait cette peinture de retour de Bretagne , lorsqu'un coup de fil de ma sœur aînée furieuse , m'avait annoncé que la garde , à Nice , avait laissé tomber Tata Lili , et m'avait empêché de ce fait  de manger une troisième et une quatrième tartine avec deux centimètres d'épaisseur de beurre salé .. dans un gîte où les pots à eau étaient extraordinaires , tellement laids qu'ils en devenaient sympathiques . )

 

 

chapitre 1836 : actes manqués , responsabilité , et la Bonne Providence de Dieu ...

    

 

 

       Mon amie G. est une fille sensationnelle ; j'adore son humour  à la fois léger et percutant , sa bonne humeur et ses changements d'humeur ; j'admire son courage  ( tomber sept fois , se relever huit .. ° ; j'adore aussi la musicalité de sa voix . Il y a , par contre , une chose que je n'aime pas : c'est que c'est la championne des accidents corporels en tous genres , graves ou pas , et que je n'aime pas qu'elle souffre . Elle m'a téléphoné l'autre jour , elle était en révolte contre son psychanalyste qui lui aurait dit , ( n'assistant pas , bien évidemment , à l'entretien , je ne peux conclure qu'il lui a réellement dit ça , mais en tout cas c'est ce qu'elle a compris ) qu'elle s'était fait sa tendinite .

   Il y a eu une tendance , elle existe encore , de considérer chaque ego comme responsable de sa maladie ou des accidents qui ont pu vous arriver . Autrefois , je croyais ça ,  à dix mille pour cent ;  et j'ai pu , mes soeurs ont pu , être en rancune furieuse contre ma mère , qui est , depuis soixante cinq ans que je la connais , plus longtemps pour  mes soeurs , tombée malade ou tombée tout court à chaque fois qu'on s'éloigne trop d'elle intérieurement  (  nous , me , jetant ainsi à nouveau dans le conflit entre  moi-qui-l'aime et  moi-qui-rêve-d'insouciance .. ) : elle s'est créé cette maladie pour qu'on revienne auprès d'elle ..  

   Mais ça demande à être nuancé , reconsidéré . Par exemple , si je prends le cas de cette branche qui m'est tombée sur le nez :

      Une première possibilité , banalement admise , est de dire que l'accident s'est produit malgré moi - une branche tombe , qui peut prédire sa chute ? 

    Une deuxième possibilité , fort intéressante : Si l'on se souvient des adéquations involontaires entre l'extérieur et l'intérieur qui nous sont advenues - chaque fois qu'on a attrapé au vol une balle , qu'on n'aurait jamais cru pouvoir rattraper - quelquefois on a à peine vu la personne vous la lancer . L'inconscient est fabuleux , il a guidé ma main pour rattraper la balle . Donc , mon inconscient étant resté fabuleux , c'est étonnant que pendant la fraction de seconde où la branche tombait , il ne m'aie pas guidée pour m'éloigner de dix centimètres , il y avait le temps .Est -ce que pour autant mon moi conscient , le petit moi dont je suis consciente , est responsable du choc sur mon nez ? Surement pas . Par contre , en creusant un peu , je me rends compte que je m'en veux de n'avoir pas fait mettre à temps la téléalarme chez maman . ( on dit familièrement : je me donnerais des coups .. ) . * 

        On peut peut-être imaginer qu'un moi plus vaste , incluant des tendances dont je n'étais pas consciente , est à l'oeuvre à ce moment là .  

      J'étais autrefois leucémique , et , je ne peux dire que mon ego d'alors  (  peuchère !  le pauvre , tout crispé sur sa misère et ses frayeurs et le conditionnement douloureux de l'enfance , comme un arbuste qui n'a pu pousser que de travers ) , mon ego de fille de trente-cinq ans ,  d'alors était responsable de l' agmentation vertigineuse de mes globules blancs . Cependant , si je considère que cette leucémie a été l'impulsion qui m'a guidée , parfois violemment mais parfois suavement  , pour sortir définitivement des limites de cet ego tout étriqué et misérable , et ceci en explorant les bas-fonds du fond du fond de l'inconscient par toutes thérapies , lyings , psychanalyses , etc ... je peux me dire qu'un moi plus grand est responsable de ce qui m'est arrivé là .

   

      Ou encore , je peux me dire que c'est la Shakti , comme dit Jillelamudi Amma , qui est responsable ; ou la Bonne Providence de Dieu , je suppose que c'est la terminologie chrétienne . Ce qui est sur , c'est que chacun a à se débrouiller avec ce que le destin lui envoie ... et que la pensée que nous répétait Arnaud Desjardins  " Tout ce qui vous advient vous vient comme un défi et une opportunité " ,  ou encore  " Tout ce qui vous arrive vous correspond " , est un levier hyperpuissant pour sortir de la position de victime et devenir .. plus vaste .. et comprendre plus largement ...  

 

 

 

 

~~ * Ce qui ne lui aurait pas évité , d'ailleurs , de se fracturer le bassin . Mais le tout va me donner l'impulsion pour lui installer en plus un lino , ou quoi que ce soit que me conseille l'infirmière , dans certaines pièces de sa maison . Et je , ou la Shakti , allons voir si le conflit entre moi-qui-l'aime et moi-qui-rêve-d'insouciance  évolue , et comment ...

25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 09:03

chapitre 1835 : le vol du sage

            Ne me demandez pas pourquoi j'ai peint ça hier , je ne sais pas . Ce que je sais , c'est que je voulais que le spectateur ne sache pas , à première vue , si le sage était consentant ou non . De même pour le volatile bizarre .  Et je voulais que ça rappelle ces illustrations de livres de lecture .. Petite , on m'a mise tout de suite en CE1 , à cinq ans , parce que je savais lire ; au fond de la classe ,tout  d'abord .  Pendant que les autres annonnaient  , je feuilletais en douce les autres pages du livre : c'était toujours des fragments d'histoires, on avait un résumé du début , mais pas de la fin , et je rêvais à des suites possibles . Et puis , il y avait ces illustrations , toujours trop rares , pas forcément compréhensibles parce que c'était des morceaux choisis ; il y avait , en bas de l'image , une seule phrase du genre : " je m'accrochais désespérément au cou de ma monture .. ( p. 127 ) " , c'était mystérieux et magique ; et je n'avais jamais la possibilité d'aller à la page en question pour comprendre , parce qu'à ce moment là Mademoiselle Doly , l'institutrice , me disait :  " Françoise , continue ! " et là j'étais perdue parce que je ne savais pas où on en était de la lecture à haute voix .