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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 10:49

la salle d'attente

 

 

             Eh ben ...  J'étais sacrément de mauvais poil hier en allant chercher maman . Il faisait encore très beau ,  j'aurais  voulu  continuer à jardiner  . On avait rendez-vous à quatre heures ,  on arrive toujours avec cinq minutes d'avance , une bonne éducation ça ne se refait pas . La toubib avait du retard ; on a du se farcir une heure et quart d'attente , bercées (? ) par la radio graillonneuse que la secrétaire s'obstine à mettre en musique de fond . Une fois , il y a longtemps ,  je lui avais demandé  - de façon peut-être un tantinet agressive - si on était réellement obligé d'écouter ça . Elle m'avait rétorqué que " personne ne s'était jamais plaint " . Bon , alors , si tout le monde apprécie . Ou si personne ne se plaint .  Maman est tendance sourde donc elle n'entend rien . Je suppose que je souffre d'hyper acoustie , ou quelle que soit la façon dont on appelle ça .  

              Hier , je n'avais même pas suffisamment de tonus pour protester à nouveau contre  cette radio merdique  .. mais tout de même , une heure et quart de musique soupe obligatoire ,  entrecoupée de publicités débiles , dans une salle d'attente bondée ,  faut le faire . En face de nous , trois dames qui attendent depuis déjà longtemps .  Chacune d'entre elles arbore une paire  de chaussures noires bien cirées . A ma gauche , ma maman , presque élégante dans sa veste blanche qu'elle avait tricotée elle-même  il y a longtemps , semble enchantée de la sortie : elle adore cette toubib et ça la requinque chaque fois de la voir  . A ma droite , un couple de femmes , grand-mère pétulante d'une quarantaine d'années ,  et sa fifille quasi adolescente , toutes deux fausses blondes plutôt jolies , tenant dans leurs bras un bébé qui ne l'est pas encore ( fausse blonde ) car chauve , mais gigotant avec enthousiasme ; une fille,  parait-il . Ma maman est encore plus ravie , elle apprécie les bébés . Moi pas .  La grand-mère annonce fièrement que  le bébé est la dernière production de la famille  : sa fille , que je prenais à tort pour une ado , est déjà mère de cinq enfants . J'ai envie de leur demander  si elles ont déjà  entendu parler de contraception , je me retiens , là encore . A tort ,parce qu'à force de me retenir j'ai quasiment explosé en rentrant chez nous le soir à six heures et demie ,  quand Philippe ne m'a accueillie , en guise de formule de bienvenue ,  que par un sobre  " tu as donné à manger au chien ? " lancé du haut de l'escalier .

          Maman a été rassurée : juste un peu de colite . C'est en percevant son soulagement que je me suis rendu compte de l'intensité de son angoisse , qui ne s'était manifestée auparavant que par de méchantes critiques concernant la façon de cuisiner d'une de ses auxiliaires de vie .  La vie .... qui continue à rouler même avec de bizarres roues cabossées . La vie qu'on redoute de quitter ...  

 

 


19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 08:43

 

 

 

 

P1000013

 

 

 

         Nouvel appareil photo ! Super ! Quelle chance on a ! mais je trouve que les couleurs sont un peu pâlichonnes par rapport à l'ancien et je les ai un tantinet trafiquées pour que ça soit plus fidèle à ce que je voyais  . On a repris un Panasonic ; notre intermède par le Coolpix de Nikon - que j'ai perdu ce printemps parce que je l'avais mis dans la poche arrière de mon jean -  n'ayant pas été convainquant .  Celui-ci coûte dans les 200 euros , donc pas le haut de gamme ( c'aurait été donner de la confiture aux cochons , comme disait ma marraine ) . Mais pas le tout bas de gamme non plus .

          C'est Philippe qui a pris cette première photo ; on apprécie tous les deux la beauté des chrysanthèmes .  Hier il m'a fait un résumé du mode d'emploi . Les mecs , tout de même , ça sert à quelque chose - je pensais  ça hier après-midi en creusant un bon mètre cube de terre parce que France m'avait offert il y a plusieurs années une pitchounette bouture d'un rosier ravissant , qui devait être un rosier buisson mais s'est avéré grimpant ; et donc  je l'avais bien mal placé . J'ai déjà réussi à enlever le rosier , puis j'ai rebouché le trou ; et je n'ai même pas  eu mal au dos le soir . Donc , les mecs : le mien déteste patouiller dans la terre , et moi j'adore ça . Et  pour les modes d'emploi , l'informatique , le bricolage et la plomberie , il ne craint personne  .. En plus , j'ai pu profiter de la belle après-midi de soleil et évacuer les calories accumulées sur mes fesses pendant ces journées pluvieuses .  

 

 

16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 22:19

        Je vous en parlais ce matin en décrivant notre journée de courses  à Nîmes . Le hasard , ou la synchronicité , ont fait que ce soir même je suis tombée sur cette strophe , numéro 12 . Par contre mon niveau en sanskrit ne me permet pas de dire si c'est un pluriel ( les désirs ) ou un singulier ( le désir ) ; je me permets de traduire comme ça uniquement parce que ça correspond mieux à ce que je ressens . Il faudrait vraiment que je travaille avec plus d'intensité et que je commence à m'intéresser aux déclinaisons ! Là je me sers des diverses  traductions en anglais et du mot à mot proposés .  

         Mais c'est une question que je me pose : je pensais toujours que lorsqu'on avait suffisamment comblé les désirs , ils tombaient d'eux -mêmes ; par exemple , je rêvais d'un chien , on a Hermione maintenant , et je n'ai pas  vraiment envie d'un chien supplémentaire  .  Ou encore , je rêvais d'une grande maison , pareil ... Il me semble que l'enseignement d'Arnaud  le laissait espérer .  Mais à présent  , justement , je m'interroge . Et si je me retrouvais à quatre-vingt-dix ans avec toujours autant d'envies irrésistibles ,  tous azimuths ? mon épisode de lèche-vitrines  m'a rappelé les éblouissantes descriptions qu'en fait Zola dans Au Bonheur des Dames ( quel bouquin ! vous n'avez jamais lu ? c'est génial ! il avait tout compris du désir ! ) 

            Bon , si l'on revient à Bhaja Govindam ,  il me reste encore une vingtaine de strophes à travailler  , je vais voir s'il ( Shankara )  propose une solution intéressante autre que le fait de vénérer , ou louer , Govinda -  L'Essentiel . C'est pas  la même démarche que Ramana Maharshi , en plus  . Ceci dit , rien que d'écrire ces quelques vers ( en sanskrit , c'est marrant , il y a des rimes à la fin comme chez nous ! deux par deux ! ou plus .. )  , et pour moi c'est déjà quelques millimètres d'apaisement ,  un soupçon de distance ..

 


          Jour et nuit , matin et soir ,

          Hiver et Printemps , se succédent 

        le Temps joue  ,  la vie s'en va

      même alors ,  les bourrasques des désirs ne s'apaisent

 


 



16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 03:34

 

         Hier  Samedi ,  on est allés à la Fnac de Nîmes pour acheter un nouvel appareil photo .. Je voulais également profiter de la balade ( on a une grosse demie-heure de route pour aller à Nîmes ) pour regarder un magasin de dégriffés que je connais là bas , histoire de remplacer mon gilet gris préféré , plein de trous , hélas . L'atmosphère pluvieuse de cet automne a rendu l'excursion somptueuse : à  la sortie du village , quand on prend la route du Sud , une double rangée de platanes  abrite la chaussée , presque tout au long des six kilométres qui nous séparent du pont sur le Gardon : une épaisse nappe or  et cuivre rouge  , vivante ,  vibrante  au dessus des  grands troncs solides  à l'écorce claire . Magnifique .. Ensuite , quand on longe le Gardon , les vignes vierges  encore rouges qui grimpent dans les arbres du bord de la rivière , acacias aux petites feuilles jaunes , peupliers argent .. le très grand champ avec les pêchers , qui ont perdu leurs feuilles mais dressent courageusement leurs innombrables rameaux d'un rose pourpré vers le ciel - les pieds dans l'eau , tant il a plu hier .   Puis on prend la double voie , construite en hauteur , et on peut admirer les paysages au loin , damiers de jaunes et de vert acide , les petites vignes qui ont perdu leur feuilles ,  et de longs rangs ,  de platanes encore , d'un orange très doux , dont on n'aperçoit que les crêtes dans le lointain ,  suivant d'autres routes .. Naturellement dans ces cas là , je me sens pleine de commisération pour les gens qui habitent à la ville . Les pauvres .  

       

      Pour aller à Nîmes ,  je me suis déguisée en bourge :  j'ai  mis une jupe   et des collants  , ce que je ne fais plus qu'une fois tous les dix  ans . La jupe , je l'ai faite moi-même , et elle est légèrement plus longue d'un côté que de l'autre ;  mais je pense que personne n'y regardera de près ; sous mon vieux manteau noir ,  avec une écharpe à carreaux de toutes les couleurs qui vient de Kanchi , je trouve que ça fait bien .
     Arrivée dans le magasin ( Mistigriff !) , j'essaie plein de fringues et je m'amuse bien ;  sans acheter quoi que ce soit parce que rien ne me convient vraiment . Puis je fais du lèche-vitrines dans le centre ville , Hermione en laisse , pendant que Philippe enquête , dans divers magasins de photos avant la Fnac  . Comme d'habitude , Hermione a un succés fou dans tous les magasins où je rentre - Quel beau chien ! c'est quoi comme race ? Quels beaux yeux ..  Moi j'adore les chiens , mais c'est une contrainte ...ou encore   Moi j'adore les chiens , j'en avais un qui ... etc ...  -  et Hermione et moi donnons la réplique avec enthousiasme  . Elle est très sage et obéit impeccablement quand je lui dis de s'asseoir sans bouger dans un coin pendant que j'essaie des chaussures - confortables et jolies , mais  sur moi on dirait des chaussures orthopédiques . Si Hermione était sur Facebook elle aurait des milliers d'amis .. C'est génial parce qu'un peu de sa popularité et de l'amour qu'elle donne autour d'elle rejaillissent sur moi . Et tout le monde y trouve son compte ...

        Enfin , je trouve le vêtement qu'il me faut  - encore un gilet gris , léger et chaud , dont le prix ne mettra pas mes finances en danger .

      Las .. aussitôt l'achat effectué , tous les autres achats tentants , provisoirement emprisonnés parce que j'étais focalisée sur un gilet gris , me sollicitent , tous en même temps , vite vite vite .... J'ai réussi , depuis plusieurs mois , à éviter les éventaires des librairies . Mais les fringues ; et les chaussures ... -   ah , malheur ,les chaussures ... Tout , tout , tout , est hyper tentant .. C'est ça pour moi le problème de la ville . A peine un désir est-il satisfait que ça repart dans tous les sens , ça grouille , ça foisonne  .. Je viens d'acheter un gilet gris , en voilà un blanc et noir , magnifique , ah et puis cet autre d'un bleu noir sombre comme la nuit ,  avec une discrète bordure de paillettes , ou celui là , blanc crémeux , qui mousse comme une  douillette montagne d'écume ..

      Ouf ! je retrouve enfin mon cher et tendre ,  rescapé de la Fnac  ;  on s'arrête pour manger , il va être une heure et demie .   Un café et une Forêt Noire succulente  en ce qui me concerne  ( Courtois était fermé mais on a trouvé une place , certes un peu étriquée , dans l'autre pâtisserie salon de thé sélect du centre ville ) , et enfin ,   j'arrive à me recentrer un peu .   Nous discutons , raisonnablement ,  sur le meilleur appareil photo à acheter .

          C'est au tour de Phil de garder le chien chien -je lui dis toujours qu' il pourrait draguer facilement comme ça , un mec avec un chien gentil ça fait craquer toutes les femmes  .. pendant que c'est mon tour de monter jusqu'à la Fnac pour questionner un vendeur  ; j'arrive à un choper un , mais  mes questions doivent être tellement débiles qu'il se barre vite fait pendant que je suis encore en train de chercher à formuler la question suivante  , et il me plante là sans remords ( ma première question concernait le machin noir peu pratique qui semble partie intégrante de  l'appareil ; le gars me signale que c'est l'antivol . Ah , bon ...  je n'ai même pas pensé à lui demander si on peut l'enlever pour manipuler le truc ..  ) De toutes façons , je ne m'apercevrai des avantages et inconvénients qu'à l'usage .. Et il y aura toujours un mode d'emploi de trente pages à se farcir . Super ..

       Le retour à la maison est aussi joli que l'aller ; en plus il y a une grande éclaircie ; les nuages moutonnent dans la lumière sur les Cévennes au fond , on dirait un Ruysdaël - sauf que lui peignait des paysages plats , bien sur .

          Et , merveille !  une fois mon déguisement quitté , je peux aller jardiner pendant une bonne heure  - ça faisait longtemps ! jusqu'à  la tombée du jour , pour  nettoyer un bon mètre carré de terre - qu'elle est froide ! et surtout me remettre les idées en place . Avant de me replonger dans Shankaracharya le raisonnable qui me parle de la Maya , l'illusion du monde . Ben la Maya j'ai passé l'après-midi à  barboter dedans , c'était génial - mais cette fois-ci ...

       

    

13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 08:45

 

 

           Prise sur le vif ! On en a entendu une jolie pendant qu'on prenait le café  à une terrasse l'autre jour - mais c'était de l'autre côté du Rhône - dans un bistrot  gentil , dont le serveur a fait ami ami avec  Hermione en l'inondant de compliments , pendant que son clébard essayait de lui faire des avances mais notre belle n'était pas consentante .  Le café faisait loto en même temps - tiens , je n'y ai jamais joué , je ne sais même pas comment on fait mais faudra que j'essaie - et les clients , des habitués , bavardaient en prenant l'apéro :


" Elle a gagné  , oui , mais t'as vu le cerveau qu'elle a ? Je te le dis , moi j'aime mieux ne rien avoir gagné et avoir un cerveau comme le mien ! "

 

 

( résumé des chapitres précédents : je n'arrive toujours pas à attraper la petite chatte rousse , la dernière non opérée  , et j'ai attendu sans succés , planquée derrière la porte de la cuisine de maman , veillant su le piège pour ne pas choper un autre de la portée , ou le chat des voisins   ; j'ai eu une séance horripilante chez le dentiste hier matin et j'ai quasiment pété les plombs au bout d'une heure et demie là bas quand la secrétaire m'a dit que le prochaine rendez-vous ne pourrait être que dans deux mois  et demi ; ensuite , je m'en suis voulu terriblement d'avoir été aussi désagréable ; ayant fait le matin des photocopies de documents importants  , l'employée   en avait raté une et je ne m'en suis aperçue  qu'au moment de les mettre dans l'enveloppe ; du coup j'ai été  à  Intermarché pour la refaire , mais leur photocopieuse automatique ne voulait pas de mes pièces  ;  j'ai du poireauter pour faire de la monnaie à la caisse  où les caissières ne se pressent jamais ; mais la photocopieuse  n'a pas voulu marcher  . Ensuite je suis partie à toute vitesse en oubliant l'original ; et j'ai piqué une sacrée crise d'angoisse à six heures du soir quand je me suis rendu compte que je n'avais pas l'original  ; puis un grand bonheur parce que  j'ai couru à Intermarché et quelqu'un de sympa l'avait trouvée puis rapportée à l'accueil , et j'aurais voulu embrasser cette jeune femme là qui me l'a rendu  . Le jardin est visqueux tant il a plu ,  je n'ai pas pu jardiner depuis des siècles  ..  Enfin ,j'étais tellement agacée hier soir que j'ai pris les ciseaux et me suis coupée les cheveux ; maintenant je ressemble à  un balai brosse . Mais qu'importe ,  aujourd'hui  il fait grand beau , on va promener Hermione et tout oublier ... )

 


10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 18:30

 


 

 

     Plus d'appareil photo .. ça me frustre .  J'aime  mettre des illustrations à ces articles . J'ai scanné hier matin les dessins de vignes que j'avais fait  , puis  j'ai passé une heure et demie à essayer de faire venir ces *** ...  de ****   ... de fichiers à l'endroit recherché - mais , bernique ! Adobe Reader XI, nouvellement mis à jour ,  veille jalousement sur eux , dirait-on  ; et  refuse  de les montrer  , sauf dans des conditions bien précises ; je suppose qu'ils n'ont pas la bonne dimension , mais je n'arrive pas à les changer  . Chaque fois que je crois les avoir piégés par une manoeuvre habile  , j'ai une annonce : " aucun document ne correspond à votre recherche " . Super . Je vois très bien la gueule qu'il a Adobe Reader XI , un genre de potentat oriental gras comme une loche ,vautré sur un lit de fichiers et de dossiers , et méchant .. mais méchant ... le visage gonflé comme une outre , le corps idémement , des poches de malveillance et de perversité sous ses petits yeux bleus . Bouh ! 

           . Donc , je suis déçue . Comme dit une citation de Yogi Bhajan - on peut s'abonner à un site et ses disciples vous envoient une citation par jour ; je ne sens pas que ça soit mon chemin  à 100% ,  parce qu'on dirait bien que ça comporte  un idéal gros comme le Taj Mahal concernant le fait d'être une femme  , et je suis absolument de l'avis de  Krisnhamurti en ce qui concerne les idéaux  ... - mais souvent ,  lire une phrase me remet les pieds sur terre . Donc , comme il dit , vous avez une envie intense d'être populaire , mais comme ça serait intéressant d'avoir  plutôt une envie intense d'être un sage  ... C'est vrai , j'aime bien montrer les peintures dont je suis contente . Pas seulement pour être populaire , ou pour plastronner ; mais  pour partager la joie ; parce que la personne qui a peint , quelques jours avant , et que j'appelle " moi" , n'est plus celle qui écrit dans l'instant , et que j'appelle aussi " moi" ; et , merveille ! la deuxième apprécie par dessus tout la façon de peindre de la première . La plupart du temps . Boudiou , ce que t'es narcissique . C'est pas grave : à une époque de ma vie j'étais tellement convaincue que c'était mal d'être narcissique , que j'avais piétiné à mort cet aspect là de mon ego - et j'étais sacrément mal barrée   . Donc , va pour le narcissisme  ; je suppose que ça va de soi avec le fait de créer  .Même ce pauvre Franz Kafka avait besoin de montrer ses nouvelles ( je me souviens que dans une lettre à Felice il se désignait comme l'habitant de la cave )  . 

 

        Allons , quelques nouvelles fraîches : chez nous , Baptiste et Noisette dorment présentement avec leurs museaux à vingt centimètres l'un de l'autre , dans l'harmonie et la bonne entente  ,enroulés sympétriques  sur le canapé  ; ça devient dur pour nous autres bipédes de trouver une place . Chez ma maman ,  je n'ai plus qu'un  chat à capturer , et plus que la moitié du mûrier à tailler ... en ce moment j'essaie de passer chez elle chaque après-midi et de la faire marcher un peu ,  pour nous rassurer toutes les deux .  On ne peut l'empêcher de tomber si elle doit tomber  , bien sur .  Elle ne s'est pas blessée dans sa chute , à peine deux bleus minuscules sur la hanche , elle a fait des chutes bien pires au cours des quinze dernières années ;  mais ça lui a fait peur . La hantise de  maman est de se retrouver en fauteil roulant , comme sa soeur  . Je la trouve assez fatiguée , tout de même .

              Quand on vieillit , on doit avoir souvent envie de tout laisser aller : se laisser tomber , physiquement , mais aussi  de laisser aller son esprit , sans se soucier de logique , et de dire la première connerie qui vous passe par la tête . Ma tata Lili faisait ça .. Mais bien souvent une remarque qu'elle faisait tombait juste ,pile poil . On va pas s'inquiéter à l'avance , pourquoi s'identifier à son intelligence supposée . Ou à sa culture . Ou à sa mémoire . Arnaud disait :  instant après instant ... Je me souviens déjà avec quelle gaîté , quelle tranquillité ,  quelle profondeur , il examinait l'hypothése : " demain , ou dans un mois , je peux devenir gâteux ... " . Je ne crois pas qu'il le soit devenu avant sa mort , d'ailleurs . Mais on m'a dit que J. , ma guide admirée et aimée ,  avait la maladie d'Alzheimer . Lâcher prise sans que ça soit un drame  , quand le cerveau refuse de mettre en communication les différents dossiers de fichiers . Je commence à pouvoir imaginer ça .   

          Bon , et moi à soixante-cinq ans , je trouve de plus en plus chiant de faire l'effort pour prendre la douche chaque matin ; et ça m' arrive dorénavant de dire un mot pour un autre quand je suis stressée ou fatiguée . 

          Je me remonte le moral  chaque soir en  travaillant le poème de Shankaracharya , Bhaja Govindam , sur le détachement .  J'en recopie un verset , ça me réconforte et me donne du bonheur de tracer et déchiffrer les lettres ;  puis j'essaye de comprendre le mot à mot qu'une âme charitable a mis pour les étudiants dans  le document PDF trouvé sur la toile   ... Un autre genre de refuge .

              Et puis surtout  ,  avant de laver mon corps chaque matin , je pratique, avec  plus de plaisir que pour le lavage du corps , là c'est de l'hygiène mentale : je m'assieds et je fais le vide , puis tente de remettre en ordre mes chakras en visualisant les couleurs ,  en prononçant les mantras correspondant . Faisant d'abord des voeux positifs pour mon moi  , puis les gens que je connais qui vont mal , puis les mondes ...  L'Infini ou l'Essentiel ou Dieu ou la Vie , s'occupera du reste ...   

 

 

  Honnêtement , je ne le trouve pas très agréable à écouter psalmodié comme ça . Mais ça fait une jolie tache rouge , non ? Si je trouve mieux je changerai .

 

 

    

9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 01:49

 

 

.." Le déambulateur s'est plié et m'a projetée contre le mur " .

    Voilà ce que m'a dit maman tout à l'heure , quand je l'ai appelée au téléphone en rentrant de promenade . Nous , nous étions régalés tout le jour durant du spectacle de l'automne - longues rangées de platanes d'un roux plein de douceur , vignes oranges et jaunes qui moussaient le long des collines ,  et les canéou , comme dit Renée , les petites cannes qui poussent à foison dans les fossés , qui ondulaient , leurs plumets d'argent tissant  la lumière du soleil couchant ...   Rentrant à la nuit  tombante , j'avais pris le temps de me changer avant de l'appeler pour vérifier que tout allait bien .

       Tout va bien d'un certain point de vue -  elle n'a , apparemment , que des bleus ; mais j'étais tellement interloquée  ( une défaillance de l'appareil ? un déambulateur , ça ne peut pas se plier , sauf si un trente tonnes lui passe dessus , et maman doit peser cinquante kilos toute mouillée .. ) que je l'ai interrogée plusieurs fois , puis demandé le plus de précisions possibles à Sylvie,  qui l'a trouvée à cinq heures :  assise par terre , mais tout de même ,   la tête appuyée contre le bas moelleux du fauteuil  . Maman ne démord pas de sa version - le déambulateur s'est plié .  J'étais un peu crevée et ne suis pas précipitée pour  aller la voir : l'infirmière était déjà passée et avait constaté qu'elle n'avait rien de grave ; et  Sylvie est avec elle jusqu'à demain matin  .   

          Mais tout à coup , me réveillant dans la nuit , je me demande dans quel monde elle vit ; un monde quasi aveugle , gris en tout cas ,  où les objets sont pires que traîtres , avec leurs des formes inconnues et étrangères  , un monde d'handicapé dans lequel on ne peut pas se relever et où l'on reste , comme un tout petit enfant impuissant ,   si l'on est tombé à terre . Un monde de centenaire , où on n'a plus l'énergie de chercher à se repérer , à visualiser la forme des objets , de la pièce , de chercher à se relever .        

         Quoi d'autre - elle n'a pas pu tomber contre le mur , qui est loin de son fauteuil . Donc , elle devait dormir à moitié , et en voulant se rasseoir dans son fauteuil électrique , dont elle avait probablement trop levé le siège , elle est tombée . Allez , demain matin à la première heure , je vais y courir  , le tube d'arnica à la main , et une grand panier de compassion plein le coeur ... 

4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 14:55

 

         Comme je vous l'avais dit , trois jeunes chats sauvages et leur maman fréquentent le jardin de maman .. Boostée par le commentaire de Joëlle ( au fait Joëlle je voudrais accéder à ton blog mais jen'y arrive jamais , j'ai du louper quelque chose à un moment ;  ton commentaire m'a particulièrement touchée parce que je sais à quel point tu aimes les animaux en liberté  ) j'étais passée , la semaine dernière , par dessus mes énormes réticences   et j'avais envoyé un appel au secours à la SPA .  Des réticences , parce que c'est - c'était -  l'impression de  gâter à jamais quelque chose , dans ce paradis qu'est pour eux le calme jardin de maman ,  mettant  en cage des animaux qui ne demandent rien à personne .. en faisant ainsi  , en outre , je prends en quelque sorte ces chats sous ma responsabilité ; le commencement de l'amitié , de la dépendance - que vont-ils devenir si , quand , maman disparaîtra ?  

        Une heure après avoir envoyé le mail ,  une  jeune femme  de la SPA m'avait rappelée  ; le genre énergique mais je sentais qu'elle aimait viscéralement les chats  ; m'avait encouragée ,  proposé de me prêter des cages piégées ; plus , une réduction conséquente sur le coût des opérations  .

         Hier , donc ,  expédition à la SPA de Vallérargues  pour aller chercher les pièges  .. J'étais un peu inquiéte , je leur avais envoyé un mail le matin même , sans réponse de leur part ; je n'arrivais pas à  les atteindre au téléphone .. J'imaginais  toutes sortes d'empêchements ,   les aléas de toute administration , que j'allais tomber sur le genre de bénévole qui  n'est pas au courant ,  qu'il faudrait que je mette les choses au clair mais que je n'aurai pas les pièges ni les bons pour accord qui me garantissent une diminution des frais , qu'il faudrait que j'y retourne le lendemain ( une bonne demie-heure de voiture aller , une autre retour ) ..

            Je suis accueillie dans leur tout petit bureau étouffant , par une petite jeune femme , pas celle que j'avais eu au bout du fil .  Six ou sept chats vaquent , qui sur le comptoir , qui sur des chaises  ; dehors , d'autres se baladent , entre les averses , et d'autres encore , par dizaines , dans des grandes pièces grillagées  .  Au milieu d' un pandémonium sonore , tous les chiens de tout le refuge en train d'aboyer et ils doivent en avoir une bonne centaine , des tas de téléphones sonnent et deux femmes plus âgées , dont une visiblement épuisée , tentent d'endiguer la marée  ... La jeune femme me dit que leur budget est clos , qu'ils n'ont plus d'argent pour cette année ;  elle pourra me prêter des pièges mais  je ne peux m'attendre à une aide financière . Je blémis ... heureusement , arrive sa collègue , celle avec qui j'avais communiqué elle m'avait préparé des bons de prise en charge , et la SPA va payer la moitié des opérations .  Nous sommes repartis avec deux horribles machines vétustes , pesantes ,   de longs parallélépipèdes grillagés   qui se ferment automatiquement si un chat y rentre , attiré par un appat à l'intérieur .  Le chat marche sur un genre de planchette , et la porte d'entrée tombe ;  il est coincé , et on n'aura plus qu'à l'amener chez le véto ..

       Penser à la mise en pratique me paralysait tout de même de terreur  . Et si j'ai mal réglé quelque chose , que la lourde porte arrière en métal tombe sur la queue du chat et le blesse ...Philippe m'aide à installer les cages , je ne suis jamais sure de moi . Il est rextrêmement ronchon ( je l'entends presque penser  : " alors , tu vas prendre en charge non seulement ta mère ,mais tous les chats du quartier ? il suffit de ne plus leur donner à manger  et le problème est réglé .. " d'autant  qu'il vient de se rendre compte que sa voiture est pleine d'eau ...  elle est percée quelque part ... je sais bien que c'est un marin et qu'ils sont censés avoir l'habitude d'écoper . Une Laguna quasiment neuve ,  à peine dix ans qu'on l'a et même pas deux cent mille kilométres ... ) 

         Mais non , tout s'est bien passé  : le parfum de la petite gamelle remplie de thon ,  placée à un bout du piège ,  est irrésistible ... un  chat orange tourne autour de la cage , flaire partout , puis rentre , hésite , revient ... mange avidement , sort sans déclencher le mécanisme ... rerentre ,  et ouf !  la porte tombe . Comme la distance est grande entre l'entrée et la sortie , il ne risque pas d'être blessé . Il va bien , mais n'apprécie vraiment pas la cage  , bien sur , saute de tous les côtés , pauvret  ... c'est la première fois de sa vie qu'il est enfermé .      Philippe l'amène tambour battant chez le véto , dans l'espoir de récupérer le piège - impossible . Pendant ce temps , j'en capture un autre , blanc et roux - le portrait , ou presque , de Baptiste . Bref , tout va bien ;  il ne reste plus que trois chats à capturer -  la maman , ainsi qu' un , ou une ,  roux et blanc . Je vais chez le véto , règle les dernieres formalités afin de récupérer les pièges et les jeunes chats opérés ,  le lendemain ,puis les libérer dans les meilleures conditions  .


        Je retourne chez maman pour prendre le thé avec elle  et la tenir au courant des derniers développements ...

         Et là , je crois halluciner : il y a deux jeunes chats jouant sous les fauteuils de la  terrasse  : un orange et blanc , je m'y attendais . Et , un roux . Mais  ça n'est pas possible , on vient de les capturer et de les amener chez le véto .. il n'y en a que trois dans la portée ...

        Il a bien fallu me rendre à l'évidence : ils sont quatre . Enfin , je crois : tout à l'heure , je récupère les pièges , j'essaie de capturer les deux derniers , et je libère les premiers ; mais , s'il y en avait six , par paires de rouquins ? ça me fait penser à la famille de Robert Dhéry dans  Le Petit Baigneur ...

 


3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 18:11

            

   

 

        Sur la route du retour , nous avons dormi à  Paray le Monial . L'abbaye est magnifique ! L'hôtel était sympathique mais un peu bizarre , la douche , notamment ,  semblait n'avoir pas été nettoyée depuis quelques années ; par contre , la promenade de nuit jusqu'à  l'abbaye éclairée  , une vraie splendeur , a ranimé mon enthousiasme  ; même si nous avons cheminé par des rues  minables avant de l'atteindre ( on était passés par Cluny , la veille , qui faisait nettement plus classieux ) .

        On est retournés en ville le lendemain matin ;  les rues pavées , bordées de maisons anciennes  ,  et les jolis jardins fleuris de rosiers blancs et rouges - j'ai piqué quelques boutures .. -   grouillaient de pélerins divers et de jeannettes ( je crois que c'est le féminin de scout ), habillées de noir ou de bleu marine très foncé , portant drapeaux et étendards ,et sacs à dos :  des ados , mais en uniforme , encadrées par une bonne soeur toute blanche ,  piaillant à qui mieux mieux ,  ou massacrant gaiment des chansons entraînantes .  Hermione a fait un brin de conduite à un chat roux sympathique , qui a du grimper jusque dans un arbre - hélas ..  nous l'avons grondée sévèrement , mais il n'est pas certain qu'elle ne recommencera pas .  

       Je voulais voir l'intérieur de la grande église   . Devant le porche , un papa était en train de reprendre en main , alternant remontrances et menaces , sa petite fille de cinq  ans environ qui pleurait à chaudes larmes .  Sans m'en soucier davantage , je suis entrée .. mais c'était la messe . Je voulais écouter , et j'arrivais le coeur ouvert , d'autant plus que mon anticlérical de compère était ressorti aussi sec . Miséricorde ! Des sons suraigus et traînants , tout droit sortis de l'enfer - mais produits par une pieuse chorale  menée par un chef de choeur onctueux (  qui me faisait penser à l'innénarrable curé de La vie est un long fleuve tranquille  ;  malheureusement les choristes étaient très nombreux , beaucoup plus que dans le film ) ont tout de suite agressé mes oreilles avec violence ... Les paroles disaient , en français ,quelque chose  du genre que seuls les coeurs purs vont gravir la montagne du Seigneur . Blémissant d'horreur , les tympans vibrants de souffrance  , j'ai rebroussé chemin vite fait pour me réfugier sous le porche  - pour tomber sur une maman furieuse , l'autre moitié de la famille , qui chapitrait  avec énergie son tout petit garçon de deux ou trois ans , alternant  habilement menaces et remontrances ... J'ai pu comprendre que le gamin , sorti de l'église à toute vitesse , ne voulait pas du tout du tout  y rentrer  - ce que je comprenais absolument , tant les sons étaient insupportables à toute oreille un peu sensible . Mais la mère a fini par le dompter : je voyais le gosse la suivre en pleurant ,  plaquant ses petites mains sur ses oreilles pour les protéger  .

          Que faire ?     Une fois de plus , je me suis mêlée de ce qui ne me regardait pas et j'ai signalé à la maman que ce gamin avait probablement l'oreille musicale .. Elle  a paru interloquée - encore dans la colère d'avoir du quitter le concert à cause du gosse . Et le père , idem , avec la petite fille - chacun se chargeant de mater l'un des enfants ...  Pour essayer de lui faire accepter l'idée que tout un chacun n'était pas à priori apte au seul ravissement d'être ensemble avec les autres membres, j'ai suggéré que l'acoustique de l'abbaye était terriblement mauvaise . Bien sur , ça n'était pas l'acoustique , mais le choeur ; ou la musique - mais ça , c'aurait été  visiblement  en dehors de sa compréhension ; donc j'ai essayé de semer au moins une graine  ...   ces bons parents avaient un désir impérieux et quasi fanatique de faire participer à toute force leurs gamins , parce que c'était la messe . Et tant pis si les oreilles des minots sont massacrées  ... dans un autre milieu , moins bourge et pas forcément catho  , elles sont massacrées à l'adolescence , et c'est leur choix ,  par les basses à plein tube dans les voitures .  Bon ! Je ne pouvais vraiment pas faire mieux . Mais tout de même , les intégristes me font froid dans le dos , quelquefois . Ca m'a rappelé les jours abominables que j'ai passé à l'ashram de Swami Ramdas * , où la dévotion primait,  à toute force également ,  la justesse du chant . Quelle idiotie .  

 

 ( cf chapitre 1255 de Février 2012 :

http://www.petites-peintures.com/article-chapitre-1255-bhajan-hall-99723624.html    )

3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 04:36

 

 

 

 

 

 

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           Nous sommes repartis quelques jours vers Sancerre , pour revoir les vignes en gloire  : je voulais intensément essayer de travailler dehors , avec les extraordinaires crayons de couleur - cadeau magnifique , imprévu , immérité ,      que m'a fait  Birgit pour mes soixante-cinq ans  . Une immense boite de couleurs ,  plus de quatre-vingt crayons , marque Staedtler ,  d'une qualité exceptionnelle , alors que j'avais déjà deux autres grandes boites Caran D'Ache , que je croyais de la meilleure qualité - assez pour  durer le restant de mes jours  ; mais ceux-ci , de crayons ,  sont tout à fait extraordinaires , ils peuvent tracer pointu et fin , pourtant intense , et on peut presque travailler comme avec des pastels secs , aussi ) .Les Caran d'Ache , deux belles boites bleues comme le ciel , étaient un cadeau thérapeutique somptueux que je m'étais fait à moi-même à l'orée de la quarantaine   , après avoir épuisé toutes les larmes que je n'avais pu verser à quinze ans devant l'impossibilité de faire les études artistiques qui m'auraient plu .  Chouettes cadeaux ! Et réparateurs ! Donc , j'étais partie avec tout le matériel voulu .. à la rencontre de l'automne épanoui dans les vignobles .

            Les vignes .. Nous étions passé là haut une petite semaine auparavant et avions été éblouis par leur  rayonnement vert et or .. elles moutonnaient toujours du haut en bas des collines , plus belles que jamais , peut-être un peu plus dorées , surtout l'après-midi ( vous ne verrez pas  mes croquis parce que notre appareil a vraiment rendu l'âme -  jusqu'à présent , il fonctionnait à peu près quand on lui assénait préalablement un coup sec de la paume de la main en un point précis ) Mais c'était un moment magique , d'être assise entourée de jaune et de roux ... une merveille  .Et ce paysage , ondulant et doux , structuré comme un patchwork .. quel bonheur c'était de  dessiner .  

          Hier après-midi , je suis descendue en coup de vent  voir maman ; elle était , comme toujours , heureuse de me voir . C'est incroyable la patience qu'elle a ..  J'espérais un tant soit peu que certains de mes neveux allaient venir la voir ; ça n'a pas été le cas . Quelquefois je me demande si je n'aurais pas du l'influencer pour qu'elle choisisse une façon de vivre  , certes un peu moins digne  ,  empaquetée dans sa couche humide  au milieu d' autres petits vieux qui sentent l'urine  ; errant dans les couloirs avec son déambulateur ,  ou , pire , attachée à son fauteuil roulant comme la maman de mon amie M. ( qui a eu le malheur d'être casée par son fils aîné , pour qui la sécurité était la valeur primordiale , dans une maison de retraite d'excellente réputation , qui manquait de personnel ; et laquelle n'en manque pas ,  à l'heure actuelle ? ) .   Au moins , elle aurait été proche de ses petits-enfants . Surement , comme ils sont nombreux , ils se seraient relayé et à tour de rôle ils auraient été la voir  le Dimanche  - pour une heure  .. Se seraient occupé avec tendresse de son linge , des médicaments ,  de toutes les petites adaptations inévitables pour une personne en maison de retraite .   Enfin , j'espère . Mais là , elle habite si loin  .. Je comprends qu'ils ne viennent pas la voir . Comment j'aurais fait , si j'avais eu une grand-mère , moi aussi ?  C'est certain , elle n'a pas du être la grand-mère dont ils rêvent ..  

         Mais elle ne se plaint jamais qu'ils ne viennent pas  .

         Jamais .

         On n'en parle jamais .

         Je ne sais pas si c'est bien , ou non . Probablement , je n'ai pas envie d'écouter sa tristesse .

         Il arrive qu'elle me dise , toute contente  , que l'un d'eux lui a téléphoné la veille   . Je fais semblant de partager sa joie avec elle . Intérieurement , je ronchonne et je bouillonne  - comme la  vieille femme acariâtre que je suis . Vouais , vouais ,  machin , qui est tellement occupé par sa vie professionnelle , réussie ou non , a économisé un quart d'heure sur son temps  pour lui téléphoner ;  ça lui    arrive une fois tous les six mois ; ou tous les ans  ;  mais tout de même , c'est gentil  .  Mais moi , la teigneuse , je ne vois vraiment pas pourquoi pavoiser . Quand à venir la voir ... Mais oui , je comprends . Ils habitent  loin : deux  ou trois heures de voiture , ça n'est pas rien quand on est déjà débordé , avec plein d'enfants ou plein de rendez-vous . Ou qu'on doit faire très attention à ses dépenses parce qu'on est à découvert régulièrement en fin de mois .  Ils sont comme moi : à courir vite vite après ce qui est agréable .. dés qu'ils sont , provisoirement , débarrassés de ce qui est désagréable  et de toutes  obligations  . Je devrais vraiment avoir honte de râler , puisque je fais encore pareil ; à mon âge .

         Heureusement pour moi , les relations avec mes propres petits-enfants sont extrêmement lointaines : faut surtout, surtout pas s'attacher .. Quelle école de sagesse . Elle a raison , ma maman .


 

            Comment il disait déjà Sankaracharya dans le poème Bhaja Govinda 

 

 

Incertaine est la vie de l'homme,
Comme les gouttes d'eau sur une feuille de lotus;
L'humanité entière est la proie
Du chagrin, de l'ego et de la maladie. (3)

 

 

Quand un homme soutient sa famille,
Regarde le soin bienveillant qu'ils montrent !
Mais lorsque son corps âgé chancelle,
Approchant l'heure de la dissolution,
Personne, pas même son parent le plus proche,
Ne pensera à lui demander comment il va. (4)

 

 

Quand l'âme de l'homme demeure en son corps,
Affectueusement sa famille lui veut du vien;
Mais lorsque le souffle de vie quitte sa demeure,
Même sa femme fuira de peur. (5)

 

 

Rappelle-toi, les richesses apportent la douleur;
En vérité, aucune joie ne les habite,
Un homme riche craint même son fils;
C'est le cas partout. (6)

 

 

Perdu dans le jeu est l'adolescent insouciant,
Perdu dans les charmes de sa bien-aimé, le jeune homme;
Le vieil homme rumine ses chagrins;
Il n'y en a aucun, hélas, dont l'esprit
Languit de se perdre dans le Parabrahman. (7)

 

 

Qui est ta femme ? Et qui ton enfant ?
Etrange en vérité est le monde mortel !
Qui es-tu ? Et qui est à toi ?
D'où viens-tu ?
Frère, médite sur ces choses. (8)
 


 

 

 

        Ca s'appelle   Bhaja Govinda  .   Il y  exhorte l'être humain  à s' occuper de l'Essentiel  plutôt que de l'occasionnel  . Tiens , et moi ,  ça serait vraiment une bonne chose de me remettre au sanscrit  ; je suis un peu fâchée en ce moment avec les yoga sûtras de Patanjali ; pourquoi pas Shankaracharya ?   .. ça serait mieux que de renacler contre la réalité , ballotée que je suis par les émotions contradictoires  .  

 

 

 

 

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  les vrilles de la vigne : tournent ,  spiralent , s'attachent , s'attachent ...  

 

 

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