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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 10:38

 

               Décidément , ça ne me vaut rien de me coucher aussi tard plusieurs soirs de suite . Je continue à me réveiller à six heures , temps de grâce ;  heureusement qu'il y a la sieste  ! 

             Hier matin , je n'étais pas très fraîche ; j'avais du me dépêcher pour arroser , il faisait lourd mais sans pluie ;  puis je voulais aller faire photocopier les affiches pour la très courte exposition que je fais à Corbés ( du 4 au 8 août , je sais , à peine cinq jours ... ) . Philippe m'a rappelé les médocs d'Hermione à prendre chez le véto . La tête  embrumée , je passe à la clinique vétérinaire , juste à côté de la grande rue qui traverse le village ,  que je vois déjà très embouteillée à cause du feu de signalisation un peu plus loin . En sortant du parking devant le véto , je devais tourner à droite pour prendre cette rue , justement ; je jette un rapide coup d'œil et vois une voiture un peu loin , mais qui arrive lentement , et conclus que j'ai le temps de passer ; j'accélère pour tourner  , mettons à trente à l'heure , puisque je sortais du parking .  Ouille ... Quand la voiture arrive tout près , je me rends compte que c'est la gendarmerie - et je m'arrête ...connement , à cinq mètres en avant du " stop " . Que je n'ai pas respecté , donc .  Je n'ai pas la ceinture , je n'ai pas respecté le " stop " ... ma voiture , quoiqu'ayant passé avec succés le contrôle technique , a eu vingt-quatre ans cette année ... Plusieurs raisons que je vois , et qui font qu'au lieu de hocher la tête avec bonhomie , le gendarme m'engueule , me sermonne , me dit que s'il avait été un piéton ou un vélo j'aurais créé un accident terrible , et me promet : trois points en moins , pour la ceinture , plus quatre points en moins , pour le "stop " non respecté , plus cent-quatre -vingt euros d'amende ... Son sous-fifre hoche la tête en me regardant , avec conviction .

          Et comme je suis fatiguée parce que je n'ai pas assez dormi ,  je m'explique mal ; mais lui aussi est fatigué , les flics sont sur les dents en ce moment avec toute cette circulation de l'été , donc la moindre remarque de ma part le fait repartir de plus belle et m'engueuler encore plus ... Je pars de là effondrée . Sept points de moins , et cent-quatre-vingt euros .. Aïe ...

         Toute la journée , je rumine la scène , me sentant bien mal à l'aise et terriblement angoissée : " Est-ce que je suis devenue une conductrice dangereuse , avec l'âge  ? " ( je n'ai jamais eu d'accident depuis quarante-sept ans que je conduis ) . L'autre jour , en allant à Avignon , je roulais à quatre-vingt-dix à l'heure , en parfaite cohésion avec la loi , filant bon train ;  tout à coup , j'ai vu une famille de touristes , parents et enfants ,poussant leurs vélos , qui s'apprêtaient à traverser la nationale  juste comme j'arrivais à un carrefour - où j'avais priorité   . Certes , je respectais la limitation de vitesse , et ils étaient absolument dans leur tort  ; mais je ne les ai vus qu'au dernier moment , ils étaient impatients de traverser ,  et j'ai eu une sacrée trouille . Au retour , j'ai vu , bien à temps , deux retraités et leur grand chien blanc , qui voulaient également traverser : là c'était à un rond-point dans un village , sur un passage piéton  .  Je me suis arrêtée pour les laisser passer , et une moto m'a dépassée plein pot , manquant les faucher . Je n'oublierai pas le mouvement terrifié du chien blanc pour se jeter en arrière ... Son papa a fait un geste menaçant pour la moto , qui était déjà à trois bons  kilomètres .  Misère ...

 

         Au réveil , ce matin et la culpabilité me tenaient encore ( au fait , le concert d'hier soir était bien , mais j'ai compris que Marc Antoine Charpentier est un musicien bien ennuyeux et pompeux .. Heureusement , son opéra sur Orphée était coupé par des morceaux de Purcell , qui m'ont évité l'ennui absolu . Aaaaaaaaaaaah , Purcell  ... ) . Il avait plu un tout petit peu dans la nuit , quelques gouttes tombaient encore ; le ciel était  gris , violet , sombre et lourd , vers Anduze ;  mais les courges avaient besoin d'eau . Après les avoir arrosées , je commence la séance de yoga ; consciente de mon mal -être tout en étant attentive aux postures .

       Et tout à coup , j'ai compris : j'ai su , vraiment su ,  que le gendarme avait vraiment besoin  , lui aussi , de décharger son angoisse et sa fatigue à lui . Sur quelqu'un . Bon , ça s'est trouvé être moi , en l'occurrence ... Mais tout à coup , ça n'était plus du tout grave ; même pour mon ego , qui se sentait en un instant complétement satisfait  . La légèreté s'est installée  ... Tout était bien . Même les cent-quatre-vingt euros , les sept points de moins . Tout est bien . C'était comme une instance qui est moi , mais un moi plus vaste qu'hier , qui voyait tranquillement la scène et savait que tout était bien .

       Au sortir de la séance , le ciel du Sud au Nord , d'Est en Ouest ,  était clair , bleu pâle tout lavé tout frais ... Quand aux affiches , j'oubliais de vous le dire , elles sont splendides ... 

 

 

 

 

   

Tiens , je vais retirer cette peinture en carte postale ... je croyais qu'elle n'était plus d'actualité , que j'avais " dépassé ce stade " . Mais , finalement ...

Tiens , je vais retirer cette peinture en carte postale ... je croyais qu'elle n'était plus d'actualité , que j'avais " dépassé ce stade " . Mais , finalement ...

19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 16:48

 

       Le Jeudi , et pour quelque temps , je participe aux " Jeudis nocturnes de Saint-Jean du Gard " . J'avais bien aimé ça les années précédentes , même si je ne suis pas " du soir " ... les organisateurs sont sympas , il y avait des artistes intéressants , une atmosphère bon enfant , des commentaires appréciateurs des passants  sur mes oeuvres  - certes , certes ,  l'éclairage n'était pas terrible , les plantes dans les jardinières de la rue crevaient de soif  parce que personne ne les avait arrosées ,   la musique des groupes invités n' était quelquefois pas à mon goût ,  ou un peu trop forte ; mais ça m'avait permis de  découvrir de bons musiciens - je me souviens en particulier d' une violoncelliste magnifique .   Ou était-ce une altiste ? Je ne sais plus . En tout cas , elle jouait des musiques juives . 

    Je me suis donc réinscrite cette année . Aïe ! Jeudi dernier   , nous étions seulement deux éventaires dans la petite ruelle , presque déserte : une jeune femme très sympathique ,  qui faisait de beaux bijoux - et moi ...  plus loin , après un tournant de la rue , une association d'aide au Burkina Fasso vendait de jolis jouets en métal ;  de l'autre côté , des sculpteurs -soudeurs plutôt surréalistes , et  avec un bon sens de l'humour  . Bon ! La maison contre laquelle j'appuyais mon éventaire , l'année dernière a été vendue ; les nouveaux propriétaires , ou locataires , sont - mon Dieu , comment dire ? ...  nettement moins bourges . Certes , gentils  ... Un beau jeune homme à longs cheveux s'est installé aussi , avec du matériel électronique , des tas de disques vinyl ,  et  un genre d'écouteurs , façon protège- oreilles pour le ski .  Ca m'a permis , hélas ! de réentendre des disques qui avaient fait la joie de mes quatorze ans et je n'en suis pas vraiment fière ..  Sans oublier l'inévitable adagio d'Albinoni , grandiloquent à souhait , dans une version un peu trafiquée pour être un peu plus soupe encore ... Ce jeune homme - je crois qu'on appelle ça un disc-jockey ??? - ne jouait pas d'un instrument ; mais quand il trouvait que l'original , on va dire de Leonard Cohen ( the partisan ) ou de Joan Baez manquait un peu de rythme , il ajoutait par dessus une percussion électronique peu subtile , qui  faisait de lourds  boum , boum , boum .. dans les basses ... Au cours de la soirée , les nouveaux habitants de la maison sont descendus avec enthousiasme dans la rue pour pique-niquer et picoler et danser ; ils reprenaient les chansons en chœur ( Raaaaaaah , la chanson de Sacco et Vanzetti  , chantée par un chœur bourré , avec accompagnement de boite à rythme .. Qui n'a pas entendu ça n'a rien entendu ...  ) .

     Bref .. ça faisait un peu zone comme marché d'art . Ou tiers-monde ... Comme je lisais un bouquin ( pas très bon , à part les passages  de longues citations d'Epictète ou de Marc-Aurèle ) sur les stoïciens , j'allais pas protester ... J'ai installé mon éventaire , fait de mon mieux , vendu des cartes postales à des amateurs et amatrices enthousiastes -  et tout va bien ...  Mais j'étais assez fatiguée en rentrant à la maison, à cause de tous ces décibels .

 

    Hier soir : nous allions au concert à Uzès . Un autre monde : les ruelles pavées , impeccables , la moindre   chiure de mouche  se verrait à cent mètres ; les jasmins qui grimpent jusqu'aux fenêtres du premier étage , les volets et les portes peints dans une sobre harmonie  de verts-gris et de gris-verts .. sur la place du Duché ,    il y a également un marché aux artisans d'art  ; mais bien éclairé ,coquet ,  propret ; pourtant ,  les oeuvres ne sont pas forcément plus belles  . Nous arrivons vers huit heures :  la place aux Herbes est bourrée de touristes  ; pas forcément plus distingués qu'à Saint-Jean  , peut-être mieux habillés , probablement plus friqués  ... les odeurs de grillades et autres spécialités " provençales " pour touristes ne sont pas plus appétissantes que la " cuisine Cévenole " ...

        Par contre , le concert : ça ,  c'était vraiment chouette !  baroque bien sur , avec un contre-ténor merveilleux ( Max Emmanuel Cencic ) . C'était chouette ;  c'était cher .. Bah , comme disait l'autre , déjà qu'on est pas riches , si en plus faut se priver ...

      Ma foi ... et moi ,  ni bourge , ni zonarde ...  mon monde , c'est où alors ?  certainement , ni Uzès , ni Saint-Jean ...  un peu des deux sans doute , puis entre potager et atelier , absolument  ;  je me demande , avec grande curiosité , quelle va être l'atmosphère  dans la ruelle où je retourne  demain soir ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 11:35

 

 

          Il parait que notre Macro-président a dit ( au demeurant , c'est une phrase très poétique ) :  "   une gare, c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ... " .  Ce qui est vraiment intéressant , pas très étonnant , et nous donne un aperçu de son système de valeurs . Mais que c'est triste d'entretenir ce château de cartes mental ... Qui a réussi ? les gens comme lui , les gens comme Bernard Arnault ? Et qui n'est rien ? un SDF ?  Notre pauvre président croit probablement à sa supériorité , le pauvre homme !  ... oubliant que toute hiérarchie n'est que du vent , et que le Rien ... est notre nature profonde , et qu'il n'y a aucune raison pour se glorifier d'avoir réussi , pas plus que de se désoler de n'être rien  ... Le Rien est notre nature profonde , et ça fait que tout un chacun , humain ou  vache de l'Aveyron  ,  SDF alcoolique ou ménagère lambda , pousse de chiendent ou chicorée sauvage , a une extrême valeur .

          Ca serait bien , pour moi comme pour tout le monde ,  de ne jamais l'oublier ...

 

 

 

Chapitre 2206 : système de valeurs
9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 19:52

 

 

... J'ai été enchantée , il y a trois jours , de voir qu'une envie particulière s'était détachée de moi : vous savez , je mange encore de la viande de temps en temps - une ou deux fois par mois , quelque chose comme ça . Pas de boeuf , depuis des années , ni de lapin ; quelquefois , du poulet ,  et je craque parfois sur du jambon ou du saucisson . Or , c'est l'été , la saison des grillades pour les gens qui aiment ça . Et mon copropriétaire , lui - de même que beaucoup de gens que je connais - adore les côtes d'agneau . Je me suis laissée convaincre - je n'en avais plus mangé depuis l'été dernier , dans mon souvenir c'était bon . Eh ben ... C'était bien cuit - de l'avis général , Philippe est un expert en la matière - et  ça avait l'air appétissant ... mais à manger : c'était vraiment pas terrible . Vraiment pas la peine d'assassiner un animal pour ça ...   Je n'ai même pas eu à évoquer l 'horreur absolue des abattoirs pour m'en dégoûter :  j'ai donné en douce les bouchées de côtelette à Hermione sous la table  ...

          Si bien que j'étais convaincue d'avoir fait un grand pas en avant dans le détachement .

         On est allés à Nîmes Samedi matin - la vraie raison , c'était  d'aller voir des personnes âgées de notre famille qui n'allaient pas très bien récemment , puis d'aller manger une glace chez Courtois .  On leur a dit que je voulais regarder les soldes ; mais je jure sur la Recherche du Temps Perdu et la Bhagavad Gîta réunies que  c'était juste un prétexte ,car je n'avais aucune envie d'acheter quoi que ce soit . A part , peut-être , des bouquins . Mais pas à la FNAC , je ne m'y sens pas à l'aise , les plafonds sont trop bas et il y fait trop étouffant . Donc , une fois un tout petit peu rassurés sur l'état de nos parents , j'ai laissé Philippe y partir tout seul ;  pendant ce temps , Hermione et moi avons fait du lèche-vitrine  , sans convoitise aucune ... je suis rentrée dans un ou deux magasins , sereine , détachée ... Les progrès spirituels , je vous dis !

          Pouf ! J'étais encore en train de me féliciter  , quand tout à coup ,  une paire de sandales en cuir tressé , rouge cerise ,  sobres et charmantes ,  brillant de tous leurs feux en bas d'une vitrine à quarante pour cent de réduction , m'a jeté un regard langoureux en battant des cils .   

         Pouf ! Hermione et moi rentrons ( elle adore les magasins climatisés , il faisait trente-quatre degrés à l'ombre .. ) ; la gentille dame fait , comme il convient , l'éloge de la beauté et de la sagesse de la toutoune - et , comme ça se trouve , il y a justement les sandales rouges dans ma pointure ...  Ca serait bête de ne pas les essayer ... Grands Dieux ! Non seulement ces sandales sont sensationnelles , mais en outre elles sont d'un confort absolu ... En outre , avec la réduction , elles sont à ma portée ...  Et puis ça va être mon anniversaire dans quelques jours ... Ni une ni deux :  j'achéte ...  

           Et voilà ...  j'ai une paire de sandales en plus , une dose de culpabilité en plus  également ( tu n'en avais pas vraiment besoin , tu as déjà onze paires de sandales de toutes les couleurs ) - et je n'ai plus qu'à constater gaiement qu'en ce qui concerne le  détachement , c'est pas vraiment acquis ... Enfin , tant mieux pour les agneaux , il y en a peut-être un  qui ne sera pas bêtement massacré pour satisfaire notre convoitise ...

 

         

8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 18:41
Joli , non ? On dirait le Père Noël , mais je pense plutôt que c'est Vyasa , qui a rédigé plein de textes sacrés il y a ... encore plus longtemps que ça ...

Joli , non ? On dirait le Père Noël , mais je pense plutôt que c'est Vyasa , qui a rédigé plein de textes sacrés il y a ... encore plus longtemps que ça ...

 

 

            Sonagiri vient de me rappeler que demain , jour de la pleine lune de Juillet , c'est Guru Purnima ; jour où tous les indous fêtent leur gourou avec un respect et une gratitude tout particuliers . Ma première réaction était de me dire : zut alors , de guru je n'en ai pas vraiment ! En fait plutôt j'en ai trop ! tant de sages et de maîtres spirituels , tant d'êtres réalisés m'ont impressionnée et donné envie d'aller - d'aller où ? un peu plus loin ... même si je ne sais pas ce que ça veut dire . ( Et ce n'est qu'en regardant en arrière Que tu verras le chemin que tu ne parcourras plus jamais , comme dit Machado  )

          Ce que j'en retiens , c'est que c'est le jour où l'on " intensifie sa quête spirituelle " ( Swami Sivananda , ou Wikipédia , je crois beaucoup en Swami  Widipédiananda ... ) . En tout cas , de penser à cette date du 9 Juillet m'a dégagée, instantanément , totalement ,  des interrogations et des obligations  dans lesquelles j'étais plongée (  aïe aïe aïe , Jeudi 13  : on commence les soirées d'expo à Saint-Jean , et je ne suis pas du tout du tout satisfaite des oeuvres que je me propose d'exposer - comme d'hab - sauf les cartes postales ... Deuxio , je mets en place une courte exposition de cinq jours début août à Corbés , et tertio , j'ai proposé  à une association que je connais et qui me concerne , comme elle bat de l'aile financièrement cet été , de leur donner quelques peintures , peut-être qu'ils arriveront à en vendre un peu et à gagner un peu de fric  .. ) .

        Donc , me voilà soulagée  des soucis ... Qu'est-ce qui est vraiment essentiel ? Qu'est-ce qui va se passer selon que je choisirai cette peinture ou telle autre ? Ben , il se passera ce qui doit se passer ...

       Et demain (  je ne sais si je serai réveillée vers les quatre heures du matin , comme Swami Sivananda le recommande , peut-être un chouia plus tard ... ) je méditerai avec respect et gratitude pour  tous les gurus , hommes et femmes ,  que j'ai rencontrés  ... en les priant de m'aider à progresser ...

 

 

 

Chapitre 2004 : Happy Guru Purnima
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 09:48

 

 

 

                                choses poétiques

 

          Dans la vieillesse les liens envers le monde vulgaire se défont

          dans l'oisiveté les choses poétiques abondent

            j'enlève du sable pour rétablir le cours du ruisseau coupé

             je plante des tuteurs pour protéger les nouveaux lotus

              la partie d'échecs terminée , allongé je contemple les montagnes

             de retour de la pêche je rame en chantant

               combien d'années me reste-t-il à vivre ?

                 avec le vent et la lune je suis fort aise

 

 

 J'aime beaucoup ce " dans l'oisiveté les choses poétiques abondent ..." .  Dans mon cas , le mental exigeait du grandiose ... ou , tout au moins , des événements un peu marquants ( et exige encore ; un léger malaise me revient encore et encore , de ne pas être partis en voyage en Allemagne comme prévu ... une légère inquiétude : est-ce ça la vieillesse ? la fin des voyages ? " Non , non , non , pas moi , pas encore ,  moi je partirai  encore en Inde cet hiver ..." ) En fait , Lu Yu alternait , suivant qu'il était en faveur ou en disgrace à la cour , des charges de haut magistrat et l'oisiveté , associée à la pauvreté ... ( pas d'indemnité chômage ! )  A soixante ans , il se considérait , et était considéré comme vieux - mais a vécu jusqu'à quatre-vingt quatre . Cultivant son potager , ses courges et ses taros ...

 

 

 

Chapitre 2203 :  quelques vers de Lu Yu , encore
4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 18:03

 

 

        Chaud ... L'après-midi , je fais des travaux de couture en retard . J'ai retrouvé dans un placard un de ces draps en tissu un peu rugueux -   du lin ? du chanvre ? du coton irrégulier ? dans lesquels il est si agréable de dormir l'été ; je pensais le mettre  à notre lit , mais le centre est tellement usé qu'il en est devenu transparent ; si bien que je coupe les côtés pour en faire des torchons . C'était de la belle ouvrage - à la main bien sur , pas comme moi qui couds à la machine  vite fait mal fait ... des petits points serrés pour les ourlets ; et des initiales au point de croix qui m'intriguent , ça pourrait être celles de mon grand-père paternel , qui est mort vers 1930 je crois ; mais il n'a  certainement jamais été assez riche pour donner des draps  à une blanchisserie ...

        Il fait si chaud que de grandes gouttes de transpiration tombent de mon front sur mon ouvrage . Bon , je reprendrai demain !   Pour changer , je filtre le vin de sureau : les ombelles ont macéré les sacro-saints quarante jours . J'arrive à faire ça tout doucement , tout soigneusement ... il ne restera qu'à mettre au frais : c'est tellement délicieux en apéritif . Tout en écoutant le bruit du vin qui coule goutte à goutte dans la bouteille , m'enivrant déjà du parfum de fleurs  ,   je repense aux poètes taoïstes chinois , pour qui boire n'est pas un péché , ni même une faiblesse . Tant de poèmes de Lu Yu le montrent agréablement ivre . Mais quand il fait chaud  , il semble , raisonnablement ,  préférer le thé ...

 

                         Après la sieste , décrivant ce que mes yeux contemplent

 

                               la glycine lourde écrase la tonnelle

                               les branches sont chargées de myriades d'abricots

                                les abeilles assoiffées guettent l'eau sur la pierre à encre

                                les jeunes hirondelles se rassemblent sur les crochets des stores

                                au début de l'été la chaleur est encore ténue

                                voué à l'oisiveté mon corps est libre

                                c'est l'après-midi , sous la fenêtre je viens de me réveiller de la sieste

                                à une tasse de thé je confie mon sentiment poétique

 

 

( trad Ed. Moundarren ) . Au fait , Lu Yu , le vieil homme qui n'en fait qu'à sa guise , a vécu entre 1125 et 1210 . http://www.moundarren.com/poeteschinois/luyu

                       

 

 

 

 

1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 09:07

 

 

      Bleu ...    Je vous ai dit , le bleu  est une couleur bien froide -  ou fraiche , je l'apprécie  suivant la météo extérieure ; mais en général , ça me rend triste ...  je l'associe à ma maman , qui avait les yeux bleus  et portait souvent de merveilleux gilets ou pulls d'un bleu assourdi  , qu'elle avait tricotés elle-même bien sur : c'était une virtuose des torsades  et autres points irlandais  - bleu glacier , bleu pervenche , bleu ciel , bleu gris ... toute une gamme de bleus pastel , pendant les soixante-six ans où je l'ai connue .  Le bleu outremer, plus foncé ,  était aussi la couleur des vitres de la salle de bains à la Villa Thisbé , souvenir de la défense passive obligatoire , la couleur du secret et de la peur  , qui hantaient encore cette petite pièce ...  

          Et encore  , il parait que lorsque je suis venue au monde on n'avait préparé que de la layette bleue : pour un garçon . Ma marraine  me disait fréquemment ,  avec une délectation que je considère maintenant comme sadique : " Quand tu es arrivée et que ton père a vu que c'était une fille , il a voulu te jeter par la fenêtre ! " . Et comme j'étais petite et crédule , comme on ne parlait pas à papa et que son comportement à lui , son indifférence et un genre de mépris ne semblaient pas démentir cette assertion : je la croyais . Je l'ai cru longtemps , en tout cas .

        Bleu ...  Bien sur , il y avait aussi le bleu lumineux de la mer dans la Baie des Anges , par ces temps d'après-midi hivernal , quand la lumière dore , estompe et rend poudreux les contours des pierres des jetées et des facades rouges du port . Mais il me semble que c'était si rare de pouvoir le contempler tranquillement , ce bleu , si rare de descendre sur le port pour regarder simplement la mer , dans ma famille hyper active . Pourtant , quand j'avais quatorze ans , complétement aliénée par mon éducation , je m'étais mise à pêcher à la ligne ; mais je ne regardais que le bouchon qui flottait , dans l'espérance ardente du résultat , du malheureux petit poisson plein d'arêtes qui se serait laissé bêtement séduire .

      C'est seulement quand j'ai été éloignée de Nice , que j'ai enfin pu commencer à peindre ,  c'est seulement alors que j'ai découvert la façon dont  Cézanne a peint le bleu de la Méditerranée . Il me semble que c'est le seul à l'avoir attrapé , à rendre vraiment hommage à ce bleu là  . Peut-être Dufy , dans certaines marines - il y a aussi un grand pin de Dufy , tout bleu , mais sans la mer ... Parce que , c'est certain ,  les marines de Pissarro sont fabuleuses , mais on ne peut pas dire que ça soit un hommage au Bleu . Tandis que les vues de l'Estaque de Cézanne ...

           Et alors , cette petite peinture bleue , la mienne , je l'ai faite parce que je n'avais plus que ces fonds bleus tout préparés . Le souvenir tout récent de cette canicule où garder les volets clos à partir de neuf heures du matin était vital , et l'émotion du moment où je peignais avant-hier ,  plongée dans une de ces crises où le sentiment d'être inutile me submerge  ( mais si je veux me rendre utile , soutenir les migrants par exemple , je n'aurai plus le loisir paresseux nécessaire pour peindre , et c'est  ça qui m'est primordial ) . Donc , je me résigne à ne soutenir que deux chats , un chien et un gars - tous bien nourris et pimpants , Dieu merci -  et je m'obstine à peindre , et je souffre  d'être inutile ...

 

 

 

 

 

j'ai oublié de signer ...

j'ai oublié de signer ...

30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 07:38

 

 

           

          Toute mon enfance , les sentiments incompréhensibles , mélangés et intenses des adultes ( et ça pouvait aller jusqu'à la haine ) , plus la peur , des choses non dites , m'entouraient , m'enveloppaient , me ligotaient ; je me suis rendu compte qu'ils  m'ont empêché longtemps d'accéder à une pensée cohérente  .

        Tout à coup ce matin , en terminant cette peinture ,  j'ai encore compris certains éléments d'un secret de famille qui ne m'avait été révélé par ma maman que lorsque j'ai eu trente-cinq ans , et qu'elle pensait que j'allais mourir . Il faut du temps pour que les " mauvaises herbes " deviennent compost , terreau , et que les plantes du jardin puissent y trouver nourriture  . Tous les protagonistes sont morts  maintenant ; mais c'était une histoire  qui a  pesé , pesé , pesé - sur moi , sur mes sœurs  , sur nos vies .  

         Bien entendu ,  il n'y avait pas que de l'ombre dans cette  famille . Il y avait aussi de l'affection , plein de bonnes intentions , des valeurs que je respecte encore - et même ,  de l'amour ( plutôt étouffant ! ) ... Mais il suffit d'un squelette caché dans un placard pour gâcher une enfance . Dans mon cas , une enfance ; dans le cas de la personne qui était le plus directement impliquée , sa vie .

          

 

 

( N.B . j'ai effacé cet après-midi une partie du texte écrit ce matin , dans le bouleversement de la découverte ... ça m'est apparu un peu trop indiscret de raconter l'histoire en détail . Juste une histoire triste , si triste ... où personne n'a à se reprocher quoi que ce soit . Une dose d' insouciance , une dose de préjugés ,  une dose de peurs  ... le tout a eu des conséquences bien lourdes . Naturellement . )

 

 

 

 

Chapitre 2001 : Quelque chose qui s'est passé avant ma naissance
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 08:22

 

 

         La première , parce que l'écriture elle-même a sauvé cette enfant , la petite fille qui écrit ce livre ,  " L'Ange de l'oubli "  , à la première personne ; une petite fille qui grandit  dans l'incompréhension et le malaise , parce que sa famille  a souffert si terriblement , bien que longtemps avant sa naissance . L'ange de mon dessin est aussi peut-être sa grand-mère , rescapée de Buchenwald , un personnage aimant et protecteur dans le livre . La deuxième  peinture, parce que l'histoire de ces familles pourchassées dans la forêt  de Carinthie  me parle terriblement .

 

 

Chapitre 2200 : inspirées par le livre de Maja Haderlap
Chapitre 2200 : inspirées par le livre de Maja Haderlap