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19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 07:14

     

 

            De retour à la maison , après deux journées un peu fatigantes ... hier soir ,  au lit de bonne heure ,  j'ouvre , au hasard, le Journal de Thoreau  :

7 Nov .-   Jusqu'à aujourd'hui , je n'avais pas conscience d'une nouvelle génération en pleine croissance . Les enfants m'apparaissent  aussi rudimentaires que de jeunes champignons poussant sur un poteau de clôture . Par quel degré de consanguinité cette luxuriante et vivace bouture de l'humanité m'est-elle apparentée ? Qu'est-ce sinon une nouvelle plante qui s'étend sur tous les royaumes de la nature , puisant sa subsistance par un millier de racines et de radicelles dans tous les sols . [ Nous n'avons en général pas conscience qu'il existe une autre génération à naître ainsi qu'une déjà née . C'est un fait dont l'homme ou la femme adulte ne tient pas compte ]

 

         Une citation que je pourrai faire totalement mienne en cet instant , un vrai cadeau  !  - à part pour la " génération déjà née " , dont il me semble avoir toujours été consciente , ou trop consciente . Mais hier , tout particulièrement , au milieu d'une réunion un peu étrange , je voyais cette nouvelle génération , qui m'est , effectivement , apparentée ou consanguine   - splendides jeunes gens dont on sentait que certains , poussés tout droits , tout beaux , étaient fin prêts à dévorer le monde ... - et pouvais me sentir détachée ; détachement accompagné , au début ,d'une sensation de léger malaise ( le vieux " moi " qui réagissait, se sentant ignoré  ) - puis , d' agréable soulagement  .

 

 

12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 12:27

 

 

*

( et je l'ai photographiée , avant de manger ! )

( et je l'ai photographiée , avant de manger ! )

 

           Hier , nous avons mangé la dernière des salades " Merveilles des quatre saisons " , que j'avais cueillie au potager  quelques minutes auparavant . Un  nom exaltant , la créature qui le portait ne l'était pas moins ( je parle pour les amateurs de salade verte , naturellement ! ) ... Une merveille , donc , créée de la lumière ,  l'eau ,  la terre , de la graine  à la plantule , du plant à - ce que nous mangeons . D'autres rangées , batavias blondes et sucrines , attendent d'être assez épanouies pour que je les cueille ( j'ai planté beaucoup de salades cette année , trois rangées , pas moins  ! ) . Dans le plaisir de la rencontre avec les amis , j'ai oublié de remercier  pour ce que je mangeait . Pas grave ...

         Mais cette nuit , j'ai fait un drôle de rêve où je rencontrais , plusieurs fois de suite , une petite jeune fille , ou petite fille , blonde et gaie , au  visage rond , doux  et épanoui .  Il y avait entre nous un genre de sympathie immédiate , quoique nous n'ayions pratiquement pas parlé .... Je lui demandais son prénom , peut-être était-ce " Rhonda " , je ne sais plus . Quand j'ai été éveillée , elle me faisait penser à  un des iris jaunes et blancs qui commencent à fleurir , et que j'avais oubliés - pas très haut , festonnés dentelés , ravissants ... en quelque sorte , bien disposés à mon égard . Encore un autre genre de relation avec un végétal ...

         

           Et quel drôle d'acte ,  " manger " ... si l'on y réfléchit . Un être irréel - que j'appelle moi ! - "mange" - un autre être irréel -  que j'appelle " une salade " ...  le tout se résume à un ensemble de sensations , voir , toucher , goûter ... avoir l'estomac vide , avoir l'estomac plein ... juste un ensemble de perceptions et de sensations qui arrivent à mon système nerveux central . Drôle de chose .. je devrais bien , chaque fois que je mange , répèter , comme en Inde , ce mantra qui nous dit que tout est un , tout est le Divin ,  la nourriture et la "personne" qui la mange , l'offrande et la "personne" qui la prépare ou qui l'offre  : 

 

         Om ! Brahma arpanam Brahma havir Brahma agnau Brahmana utam 

                   Brahma iva tena gantavyam Brahma karma samadhina

 

 

( j'adore toutes les vidéos de cette jeune femme ; mais je vois que là , elle a ajouté aux deux vers ci-dessus , qu'on récite d'ordinaire , d'autres que je ne connais pas ; faut que je vérifie si ça vient aussi de la Bhagavad Gîta ...

Donc :les deux premiers vers viennent de la Bhagavad Gîta ( 4.24 )  : les vers suivants viennent de l'hymne à Annapurna ( la Déesse qui dispense la nourriture ; pas la montagne ! ) attribué à  Shankaracharya . Ensuite  , à partir de : aham vaisvanaro bhutva ? retour à la Bh. V ( 15 .14 ) . Puis , un autre genre de prière , jivane yavadadanam ... sur laquelle je suis en train de lire un article . Ensuite , je ne sais pas ... En tout cas , un genre de pot-pourri , dont je vous donnerai une traduction dans quelque temps - mais que c'est intéressant ! 

 

8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 11:55

       

         Enfin ! les trois premiers volumes du Journal de Thoreau , que j'avais commandés chez Sauramps ( j'essaie de soutenir notre librairie d'Alès ) sont arrivés . Quoique le début du Journal soit nourri , excessivement à mon avis , de citations de Goethe - lequel m'indiffère mais parait cher au très jeune Thoreau - je trouve déjà des miracles ;  une histoire de canards pleins d'humour , des évocations magiques du fil de l'eau,  et puis cet " équipage d'émeraude " qui me ravit . Je vous mets le début du paragraphe , aussi ! son paysage me fait un peu penser au Mont Lozère , quoique chez lui ça n'était surement pas en altitude ...

" On doit grimper sur une colline pour connaître le monde où l'on habite . Au cœur de cet été indien , je suis perché sur le plus haut rocher de Nawshawtuct - un vent velouté soufflant du sud - j'ai l'impression de sentir les atomes qui frappent ma poitrine . Collines , montagnes et clocher se dressent , reliefs saillants à l'horizon - pendant que je me repose sur le renflement arrondi d'un énorme bouclier , encerclé par le fleuve pareil à une veine d'argent - et de là ce bouclier monte progressivement jusqu'à sa limite , l'horizon . On ne voit pas un seul nuage , que des villages ,des maisons , des forêts ,des montagnes , les uns au dessus des autres , jusqu'à ce qu'ils soient engloutis par les cieux . l'atmosphère est telle qu'en embrassant le campagne du regard de long en large , elle échappe à ma vue , et j'ai l'impression de chercher les fils du velours .

  Ainsi , j'admire la grandeur de mon équipage d'émeraude - à la bordure azurée - dans lequel je roule à travers l'espace . "

 

          En attendant que les bouquinscommandés arrivent , j'ai butiné dans les lettres de Pline le Jeune ( il y a eu à Nîmes , par extraordinaire ,  une bonne exposition sur Pompéi , me faisant souvenir qu'on avait traduit en version le passage où il raconte en live l'éruption du Vésuve ) . Intéressant , malgré nompbre de lettres de recommandation , de retours d'ascenseur , etc ...  Ce qui m'a , le plus ,  touchée , ce sont quelques trop rares lettres à sa femme , c'est de lire ,   deux mille ans après , une phrase du genre   : " Je serai rassuré en te lisant mais je serai de nouveau inquiet dés que j'aurai fini de lire " ( VI , 4 )

        Quoi d'autre ? je vous recommande  le dernier paru des Bidochon , Les Bidochon relancent leur couple , qui m'a fait hurler de rire l'autre soir ... Tant d'auteurs de BD ont disparu ; c'est Pétillon que je regrette le plus .  Mais Binet reste ;  impossible de vous mettre une citation  , le dessin étant inénarrable  ...

 

 

 

6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 21:22

 

 

 ( c'est Apollinaire qui gratifie le vent de cette épithète  , je ne sais plus où ; c'est un poème d'automne en tout cas )

        Et c'était bien comme ça le vent d' hier . Toute la matinée , comme je l'écrivais , je me sentais d'une humeur angélique malgré ce mistral exacerbé qui maltraitait iris et roses . Puis , au moment où nous mangions , la fenêtre de la cuisine  - pourtant fermée , mais la clenche est usée ... -  s'est ouverte d'un grand coup soudain , envoyant à terre en cent mille milliers de morceaux théière , pot de fleurs , pot à sel ,  vase et son contenu qui ornaient son rebord  - et surtout  , surtout ! ma thermos préférée , que je chérissais attentivement depuis dix ans au moins , dans laquelle un bon litre de thé aux épices bouillant attendait sans faiblir , jusqu'au lendemain , d'être savouré .  J'en bois toute la journée , dés qu'il fait froid - une thermos en forme de béquille spirituelle  ... 

        Mon humeur angélique s'est fait la malle d'un coup aussi soudain  . Eponger , ramasser les cent mille milliers de morceaux de verre et de faïence brisés , rééponger ,  nettoyer ... même une fois que ça a été terminé , j'ai passé l'après-midi à ronchonner , à maudire le vent et ses abominables tourbillons  , à me lamenter sur mes iris abîmés , à ramasser horrifiée  les tendres rameaux cassés dont les boutons ne fleuriront plus de rosiers  ,   et à me plaindre aussi ,   plus ou moins bruyamment .

        Mais ce soir - le vent est complétement tombé . Du balcon , je peux à nouveau contempler la rangée d'iris , tout rayonnants de la paix retrouvée du crépuscule ,  et leur ouvrir mon cœur ...

 

 

 

Chapitre 2457 : le vent dément
5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 10:51

 

                Cette année ,  le muguet qui est installé à l'ombre a fleuri juste pour le premier Mai ... Chaque printemps , j'achète un tout petit pot de muguet ; quand il a terminé de fleurir , je le plante ... cette année , huit ou neuf pieds de muguet sont sortis de terre , et cinq d'entre eux étaient en fleurs . Pour les sentir , il faut , certes , se faufiler entre le cyprès , qui a beaucoup forci , et un grand rosier plein d'épines , puis se mettre à quatre pattes sous un autre rosier , c'est peu pratique et on se pique .. mais on se sent honoré quand même .

               Et ces jours-ci , en outre , c'est tout le jardin qui m'a donné l'occasion de me sentir honorée et aimée, et c'était incroyablement réparateur . De vieilles amies devaient venir passer quelques jours à la maison , une rencontre prévue de longue date et dont je me réjouissais . Voilà qu'au tout dernier moment , un petit coup de téléphone  m'apprend qu'elles arrivent avec plusieurs heures de retard , et qu'elles avancent leur départ de deux jours - rétrécissant incroyablement leur séjour ; sans raison donnée . Cette mauvaise surprise m'a coupé la parole , puis occasionné  un vrai mal-être ( je ne voulais pas laisser le mental en tirer dix mille conclusions et suppositions )  ,  enfin , plusieurs heures de dure souffrance et une nuit agitée . (   en fait ,il s'agissait seulement d'un malentendu : l'une de mes amies , allemande ,  avait compris un de mes mails complétement de travers ;  nous avons tout éclairci en quelques minutes dés qu'elles ont été là ) . 

          Mais , tant que j'avais cette douleur  au profond de la poitrine , le fait de se promener  au jardin , au milieu de ces êtres rayonnants - iris , roses , salades ... -  qui montrent leur amour en allant bien ,   en fleurissant , était  une guérison fabuleuse . Accompagner un rêve pour une autre amie , le lendemain , a  complétement achevé de me réinstaller dans la tranquillité . Drôle d'histoire , dont je ne comprends pas très bien ce qu'elle m'enseigne . Mais aujourd'hui , où je me sens le cœur paisible  malgré un vent démentiel , je me suis promenée dans le jardin en envoyant des bénédictions à tous , en les remerciant de leur courage , et en compatissant pour ce que le vent leur fait endurer ...

 

 

Chapitre 2456 : tout va bien
1 mai 2019 3 01 /05 /mai /2019 10:55

       

         Hier , j'ai invité une vieille amie à la maison pour le repas de midi . Elle vieillit plus que mal , tourne en rond dans sa tête , déprime , perd l'équilibre ,  tombe et divers autres maux ... c'était , pour plusieurs raisons , assez compliqué de l'inviter - il faut aller la chercher chez elle , la soutenir physiquement et moralement , embarquer sa petite chienne qui a passé tout le trajet à  l'aller à essayer de bouffer désespérément  la cage où je l'avais enfermée ... mon amie a plongé  à toute vitesse dans ce tourbillon dépressif depuis que ses enfants lui ont interdit de conduire , il y a trois ans je crois . Quelques remarques , assez violentes qu'elle me rapporte comme dites par sa fille me terrifient ; mais je ne les ai pas entendues , donc je ne connais rien du contexte où ça s'est dit , et ça pouvait être seulement un échange de plaisanteries d'un goût douteux concernant sa façon de gérer son argent ... dit par quelqu'un qui a le pouvoir de l'âge , à quelqu'un qui est en position de faiblesse .

          Bref ! le repas s'est bien passé , quoiqu'elle ait été vite fatiguée ; Philippe , le chérubin , a fait toute la vaisselle pendant que mon amie et moi prenions le café ... et j'ai ramenée mon amie chez elle pour une petite séance de relaxation .

          Et je me vois fonctionner ... tout cet ego conditionné par l'enfance . Qui se méfie des groupes à moins qu'on n'y soit en relation avec son coeur  (  bien sur , je n'avais aucune envie d'aller manifester pour le premier mai ) , qui est surtout touché par les  personnes âgées  malgré leur apparentes bizarreries  , qui apprécie plus que tout la solitude mais ne s'autorise pas toujours ce luxe egocentrique  ... c'est rigolo , comme on prend un pli à  huit ou neuf ans ,  et que le pli reste  ; mes grandes sœurs étaient parties de la maison pour se fiancer ,  terminer leurs études avec succès  ; mes parents , face à la vanité de la réussite , ont commencé à déprimer  ( pourtant , ils n'avaient qu'une cinquantaine d'années ) ; ma marraine , toujours frustrée et qui n'avait jamais fait d'études , s'est lancée dans une ménopause de grande classe ; ma tante était toujours aussi colérique .  La petite fille en a déduit que c'était à elle , seule face à toute cette pagaille de la souffrance , de prendre en charge  . Résignée , à l'époque , à n'entrer dans son paradis que par la porte ouverte par les livres ... et les sucreries  ( l'enfant aurait bien passé du temps à dessiner , mais ça n'était guère permis  , et surtout  il n'y avait pas de temps . ) 

         Bon ! voilà donc les racines avec lesquelles cet ego a poussé  ... les racines ne font pas l'arbre . Mais , tout de même , certaines sont tellement profondes et les réinvestir , reprendre des chemins anciens , lui donne tellement l'impression de sécurité à l 'ego  . Je parle de cet ego , je parle des racines particulières de cet ego parce que c'est celui que je connais le mieux ; mais je vois , de plus en plus , à tout moment ,  que tous les egos fonctionnent pareil ... tellement figés dans leurs plis , dans les décisions prises quand ils avaient six ou sept ans ou huit ou neuf ans  ... vous , moi , votre Jules , Macron ou Trump ou Poutine ... comment ça se fait qu'on arrive à se comprendre , vous et moi , de temps en temps ?   Merveilleux ! Incroyable ! le monde n'a pas encore explosé !

        

         

             

Chapitre 2455 :  pelures d'oignon
30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 09:02

 

               Les iris se sont mis à fleurir ... la récompense - quand vous avez jardiné tout l'après-midi , que les bouts de vos doigts sont comme passés au papier de verre , vos articulations douloureuses ,  votre  démarche un peu embarrassée et votre front souillé de terre parce que vous avez eu la flemme d'aller chercher un kleenex pour vous essuyer quand les gouttes de sueur vous dégoulinaient dans les yeux - la récompense , c'est de se balader vers les huit heures du soir pour admirer les nouveaux venus au jour . Chaque année , j'oublie à quel point c'est une merveille ...

              Mes préférés , les voilà  : bleu léger à peine veiné de mauve sur le dessus , bleu d'encre pour les pétales du bas . Mais il faut les regarder avec une lumière particulière - celle du soir , ou celle du matin à l'ombre . En les admirant , puis en faisant le tour du jardin ,  je me suis aperçue que les petits iris  blancs festonnés d'une délicate broderie mauve , ceux que Maria m'avait donnés autrefois , n'étaient pas  là où je le pensais . J'aurais juré qu'à l'automne dernier je les avais déplacés , pour leur donner la place d'honneur ; or , les voilà qui fleurissent ailleurs , mélangés aux grands iris à grosses fleurs , près de la piscine  . Ai-je mélangé les rhizomes en les replantant ?  ou alors , ceux que j'ai déplacés n'ont pas encore fleuri . Tout est possible . Je leur ai choisi , dans ma tête , un autre coin idéal ... parce que j'ai un peu peur qu'ils ne se fassent supplanter par les autres , plus prolifiques et plus vigoureux peut-être .

          Du coup , je pensais à Maria ; une grande nostalgie m'a prise du temps où je pouvais aller la voir ,  où je pouvais me régaler  quand elle me faisait faire le tour de son jardin en s'émerveillant de chaque fleur . Ses iris sont , comme elle : leur distinction vient du coeur . A la place où ils sont fleuris , je n'ai pu les photographier ce matin : le contre-jour intense ,  les possibilités de l'appareil photo , ou les miennes , qui déclinent toutes deux , ne faisaient pas bon ménage  . Mais demain ...

 

 

Chapitre 2454 : mes iris préférés
28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 11:26

 

                    

  Oups ...  moi qui dors bien la plupart du temps , je me suis réveillée au milieu de la nuit avec le sentiment qu'il fallait absolument continuer cette peinture - ce que j'ai fait  . Et voilà ... mais je le n'ai à peu près terminée que ce matin .

 Ah , oui : les deux oiseaux dans l'arbre sont des petits-ducs . On les entend tous les soirs , depuis un bon mois - ils sont venus même avant que les huppes ne soient arrivées . Et on les entendra encore tout l'été ... Il parait qu'ils ne sont pas plus gros que des merles ; et encore qu'ils chantent en couple -  ce que je ne savais pas avant d'avoir cherché sur le merveilleux site oiseaux.net

http://www.oiseaux.net/oiseaux/petit-duc.scops.html

 

 

 

Chapitre 2453 : les grands espaces
25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 19:53

     

 

             Rigolo , que cette aquarelle soit venue sur le papier ce matin   : parce que cette nuit , j'ai très bien dormi , et si j'ai fait un rêve juste avant de me réveiller ça n'était pas du tout un cauchemar , puisque j'étais juste dans une maison avec beaucoup de monde , chez Sylvie des Landes ; on allait partir en moto à la ville et c'était elle qui conduisait la moto . Donc , rien d'abominable ... même si la pièce chez Sylvie m'apparaissait un peu trop bondée . 

      Puis , je me sentais un peu flemmarde pendant le yoga , mais est venue ensuite une méditation extraordinairement profonde et  heureuse .

     Et ce matin , tandis que séchait le début d'une aquarelle commencée hier soir et qui me demande d'être dans l'amour et la patience  (  voui , j'ai plus de temps pour peindre , il pleut ! ce dont nous nous réjouissons .  Donc j'attends demain pour m'occuper du potager ,  éclaircir les radis et les carottes , puis semer davantage d' escholzias et quelques dimorphotécas sur un coin que j'ai désherbé tout en haut du jardin ) - aquarelle qui n'a rien à voir avec celle-ci , parce qu'elle représente une femme tenant dans ses bras un agneau  - j' ai commencé cette deuxième : celle des cauchemars  , justement . Le sujet était présent tout de suite , mais les formes plus vagues ; et cela me semblait encore plus effrayant , au point que je sentais la peur présente dans mon ventre tout en dessinant  . Cauchemar d'enfance ?

 

 

Chapitre 2452 : les cauchemars
21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 12:18

      

 

           Je lisais hier soir dans Walden un passage que je ne comprends pas ( je veux dire que je le comprends intellectuellement ;  mais je ne le comprends pas de tout mon être , ce qui me met un peu mal à l'aise car pour certains autres , comme je vous l'ai dit ,  je ronronne de pleine satisfaction  ). C'est dans un chapitre intitulé " Le Printemps ".

 

" La vie de notre village s'encroûterait s'il n'était entouré de ces forêts et prairies inexplorées . Nous avons besoin de l'effet tonique de la nature sauvage - nous avons besoin d'aller parfois marcher dans les marais où rodent le butor et le héron , et d'entendre les notes puissantes du cri de la bécassine ; nous avons besoin de humer le roseau qui murmure en des lieux où seuls des oiseaux plus sauvages et plus solitaires construisent leurs nids , ou bien que le vison sillonne en courant ventre à terre . Déterminés à connaître et explorer toute chose , nous exigeons en même temps que les choses demeurent mystérieuses et inexplorables , que la terre et la mer soient infiniment sauvages ,portées sur aucune carte , sondées par aucun plomb . Nous ne pouvons jamais avoir notre content de Nature . [...] Nous avons besoin de voir nos propres limites transgressées , et que des formes de vies paissent paisiblement en des lieux où nos errances ne nous mèneront jamais . Nous sommes revigorés lorsque nous voyons le vautour se repaître de la charogne dont la vue nous dégoûte , et tirer santé et force d'un tel festin . Dans un fossé au bord du chemin menant à ma maison , il y eut un temps un cheval mort , qui me forçait parfois à faire un détour  , notamment la nuit quand l'atmosphère était lourde , mais l'assurance qu'il m'apportait du puissant appétit et de l'inexpugnable santé de la Nature rachetait à mes yeux ce désagrément . J'aime voir que la nature regorge de tant de vie qu'elle peut se permettre d'offrir des sacrifices par myriades , et de laisser les animaux se manger les uns les autres ; j'aime voir que de tendres organismes peuvent se trouver si sereinement broyés , réduits en pulpe - têtards gobés par les hérons , tortues et crapauds écrasés sur la route - et qu'il arrive parfois qu'il pleuve sang et tripes ! L'accident est si probables que nous ne pouvons en faire grand cas . Tout cela produit sur l'esprit de l'homme sage une impression d'innocence universelle . Le poison n'est finalement pas vénéneux , et les blessures ne sont jamais fatales . La compassion est une position en tout point intenable . Elle ne peut être qu'expéditive . Ses plaidoyers ne sauraient supporter la moindre banalisation . "

         Et voilà - le passage que je ne comprends pas ... ou plutôt ,que je ne ressens pas comme mien :  cette " impression d'innocence universelle " ... et la suite , la phrase sur la compassion . Ceci dit , c'est vraiment le monde de Kali ... ( la traduction est de quelq'un qui s'appelle Jacques Mailhos , et faudra vraiment mais alors là vraiment que je trouve le texte en V.O. )

        Pourtant , j'en ai eu un aperçu pas plus tard que Jeudi dernier ,au marché d'Anduze , du côté intenable de la position compassionnelle  : passant devant le poissonnier , je n'ai pu résister devant un appétissant morceau de filet de saumon . Je pouvais bien sentir que le saumon n'aurait eu aucune envie d'être péché ... - en admettant qu'il ait été péché , je ne me souviens plus , ou si c'était du saumon d'élevage , que j'essaie d'éviter d'ordinaire ;  peut-être que la mort lui a été un soulagement , tant les conditions de vie et la surpopulation  dans l'endroit où on l'élevait étaient abominables . J'avais , donc , de la compassion pour le saumon - mais n'ai pu me retenir  ... il était pas loin de midi , et j'en salivais presque  . Et tout à coup , m'est venue une sensation  qui m'a fait éclater de rire toute seule dans la rue , parce que j'ai pensé  : " J'ai du être une ourse dans ma vie antérieure " .

          Et allez donc ! à cet instant , ça correspondait tellement à mon moi du moment  , je me suis tellement sentie ourse  , en train de faire joyeusement craquer ce malheureux saumon entre mes mâchoires ... d'un coup , envolés le remords et la culpabilité . C'était vraiment gai  . Aucune empathie chez l'ourse , naturellement !

          Sachant que les molécules qui composent les corps sont toujours les mêmes , vie après vie , cycle après cycle -  le corps de l'ourse , une fois qu 'elle est morte , a pourri , a été mangé par les vers , les vers sont morts et  d'autres bestioles les ont digérés , leurs excréments ont nourri la terre et créé de l'humus , l'humus a fait pousser  herbes et plantes , etc ... il se peut donc très bien que les mêmes molécules qui composent mon corps soient , pour certaines , celles de l'ourse . Tout se recycle !

     En tout cas , même cuit au four , parce que dans cet instant je suis une humaine , le saumon était délicieux .    Mais tout de même , aller chercher des vies antérieures pour justifier cette goinfrerie irrépressible , y'a pas vraiment de quoi se vanter ....

 

 

 

Chapitre 2451 : où il est encore question de la compassion  , et de  Thoreau ; je me subodore une vie antérieure inattendue .