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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 10:26

 

 

                                Et à propos de féministes ... J'avais fait provision  de bouquins - non à l'aéroport de Delhi , finalement , mais dans une grande librairie de Bengalore . Un petit monsieur sympa m'a conseillée , à toute vitesse , et j'ai pu faire une riche moisson d'auteurs indiens contemporains ,  hommes et femmes , certains que je connaissais déjà , certains que je n'ai pas tellement apprécié ; également , j'ai découvert une femme  , Jhumpa Lahiri , née aux Etats Unis de parents Bengalis ,  dont j'ai adoré un recueil de nouvelles , L'interprète des maladies  . Et puis , il y avait , parmi de nombreux volumes de  Chitra  Bannerje Divakaruni ( vous avez surement lu La Maîtresse des épices  )   une oeuvre que je ne connaissais pas  , parue en 2008 : " Palace of illusions " *.

                 Sur la quatrième de couverture , je comprends que l'auteure a écrit , en quelque sorte , sa version du Mahabharata .  Ou plutôt , non pas sa version , elle ne change pas un iota  de l'histoire traditionnellement attribuée au sage Vyasa - seulement ,  elle a écrit en s'intéressant en premier lieu au point de vue du personnage de Draupadi . Qui est un personnage charnière ; mais on dirait que personne n'avait écouté le point de vue de la Reine Draupadi  jusqu'à présent . Le Mahabharata ? moi ,  je n'étais jamais arrivée à le lire ; j'avais loupé la pièce de Peter Brooks  , puis , j'ai acheté récemment le bouquin , assez court , que Jean Claude Carrière , scénariste de Peter Brooks , a fait paraître ... Et il m'a glissé lentement  des mains . Quel ennui !  ... Je me suis dit que ça n'était pas pour moi . Bien sur ,  au beau milieu du Mahabharata , il y a la Bhagavad Gîta , un dialogue de sagesse infinie ... Où tout un chacun peut encore trouver son miel à l'instant présent . Donc , j'avais l'impression que le Mahabharata est la coque de la noisette ; et la noisette , c'est la Gîta .. je jette le reste ... A part ça , la coque de la noisette , c'est une épopée compliquée , une histoire de bruit et de fureur avec des tas de personnages guerriers que je mélangeais , menés par leurs émotions , leurs désirs .   Genre , l'Iliade ;  mais qui contiendrait , au beau milieu , un dialogue entre le bouillant Achille et  Dieu , dialogue  qui serait  pour tout être humain une source  de sagesse spirituelle et un appui .

          Donc ,   ce livre  , Le Palais des illusions ... laisse de côté  l'enseignement contenu dans la  partie spirituelle , la Bhagavad Gîta . Enfin , cet enseignement l'imprègne certainement ( cf les remerciements de l'auteur à plusiers Swamis et guides spirituels , au début )  . mais le propos nous décrit uniquement l'écorce qui enserre la noisette , le conte   ...

           Et quelle surprise ! Au lieu de l'ennui qui m'avait toujours rendue incapable de me rappeler les noms des protagonistes à part Arjuna et Krishna , au lieu de la lassitude qui me faisait glisser le livre des mains , cette histoire là , racontée comme ça - et Dieu sait que Chitra Bannerjee est un bon écrivain -  je la trouvais  passionnante ... et en outre , au fur et à mesure que je le lisais , j'avais l'impression de respirer plus librement . Je comprenais , enfin ,  ce qui m'est pesant dans la Bhagavad Gîta : cette histoire stupide de mecs et de batailles  , de meurtres et de tueries , de trahisons et de filouteries , de courage et d'avidité ,  a été racontée par des hommes ; du point de vue des hommes  ; et pour des hommes  ... d'ailleurs , à l'époque , est-ce que les femmes savaient lire ? La lecture des Vedas ,en tout cas , leur a été longtemps interdite ...Enfin , enfin , enfin , Chitra Bannerjee racontait l'histoire d'un autre  point de vue ( parfaitement raisonnable , bien sur , de mon point de vue  - et il était grand temps !  ) le point de vue de la Reine Draupadi  ; le point de vue d'une femme . Bon , on voit bien que l'auteur a lu Autant en emporte le vent dans sa jeunesse et que ça l'a peut-être un chouïa impressionnée ,  mais -  quel bonheur !  Je ne confondrai plus jamais les personnages ...    

 

Résultat de recherche d'images pour "Chandra Banerjee Divakaruni Palace of illusions"

 

* Et , mes enfants , réjouissez-vous ! ce livre génial a été justement traduit en français - sous le titre , certes un peu prévisible , de " le Palais des illusions " .     
 

18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 22:39
Chapitre 2267: à Madurai ; quelques versions de l'histoire de Meenakshi .

 

 

            J'avais trouvé un hôtel génial ; ou presque : à trois pas du grand temple,  une immense chambre très propre et très calme ( forcément calme , dirait Philippe ,puisque  l'unique fenêtre donnait sur l'escalier ... Bah , oui , et alors ? ) , avec une vue cinq étoiles depuis le toit plat , où l'on pouvait  monter pour faire sécher ses petites culottes sur une corde à linge . Pinces à linge  non fournies , mais j'en ai toujours dans ma valise . Le seul défaut , à mon avis , était qu'il fallait monter trois étages pour l'atteindre cette chambre ; les marches , anciennes , étaient extrêmement hautes ; comme j'ai tendance à avoir mal au genou , et qu'en plus , après le froid sur les cimes des jours précédents , on crevait de chaud ;  ce qui me met mal ... bref , c'était pas tout à fait le Paradis . Mais , tout de même ,  ça l'était  ... En cinq minutes , on était  à côté du temple . Qui est , j'ai déjà du vous le dire mille fois , un  labyrinthe démesuré de salles , de couloirs , de colonnades , de sculptures  peintes ou pas , de bazars ,  de courettes et de cours  ... sans oublier un très grand bassin au milieu . Le tout enclos dans l'habituelle enceinte d'un haut mur ,  aux quatre portes surmontées de tours-montagnes , grouillantes de sculptures dans une exquise harmonie pastel ...   C'est un  lieu de pèlerinage très important en Inde du Sud ;  et , bien sur , les pèlerins y étaient nombreux - beaucoup de dévots d'Ayyappam , entre autres ,rien que des hommes , groupes à l'air un peu effrayant dans leurs dhotis noirs - mais en fait des gars gentils comme tout .

         Mais je vous parlerai une autre fois d'Ayyapam.

         Le temple est dédié à  Meenakshi : c'est une incarnation ,  encore , de la Déesse .

     Le conte nous dit qu'elle était fille du Roi de Madurai . Le Roi  désirait désespérément un héritier  . Mais  , hélas , aucun enfant ne venait au couple royal ; ainsi , le Roi et la Reine entamèrent un pèlerinage dans tous les temples du Sud   . Enfin ! un enfant   vint au monde . ( d'autres disent qu'ils ont trouvé l'enfant seul dans le désert , au cours du pèlerinage ).  Mais ...  c'était une fille ...   et  puis , déjà grandette ,  sous la forme d' une enfant de trois ans .  En outre , autre excentricité ,  elle était pourvue de  trois seins ; mais ses yeux magnifiques étaient vifs et beaux comme des poissons dans l'étang ( d'où son nom , en tamoul : Celle-aux-yeux-de-poisson ) et ne clignaient jamais .   Une voix étrange , venue de nulle part ,  prédit  alors au roi qu'elle perdrait cet appendice incongru en rencontrant son futur époux .     

               En attendant , Meenakshi fut élevée par son père comme un garçon : apprenant les nombreux arts martiaux , la science du combat et la façon de gérer le royaume . Elle excellait , en particulier , au tir à l'arc , et à l 'épée  . Et si brave , que nul homme ne pouvait la vaincre ...

       Aucun prétendant ne lui convint , si riche et si noble fut-il  . Elle n'était toujours pas mariée quand son père mourut ; alors ,  Meenakshi régna sur Madurai - ce qui n'était , on s'en doute , vraiment pas l'habitude - seuls les héritiers mâles accédaient au trône . Naturellement ...

               Selon certaines versions  elle voyagea alors vers le Nord , cherchant un guerrier qui lui fut supérieur .  Mais , l'un après l'autre , elle défaisait tous les rois et les dieux qu'elle rencontrait . Enfin , elle arriva au Mont Kailash - qui est , comme chacun sait , la retraite privilégiée de Shiva, où il médite dans la solitude .  Or , dans une des grottes de la montagne , elle aperçut un ascète .  Un  jeune ascète . Un instant , il leva les yeux - leurs regards se croisèrent ... Et le troisième sein de Meenakshi disparut . Elle  sut alors , d'un seul coup ,que le jeune ascète était Shiva lui-même ;  qu'elle-même  était une réincarnation de Parvati  , son épouse  éternelle .  Elle épousa le jeune homme et  l'emmena dans sa bonne ville de Madurai  ( où il prit le nom de  Sundareshvara , le Beau Seigneur )   - et tous deux  veillèrent ensuite avec sagesse sur le destin de la ville et le royaume ..

                   Une autre version dit que  Madurai fut , un jour , menacée par  une armée nombreuse , à la tête de qui se trouvait Shiva - Sundareshvara . La Reine prit  la tête de sa propre armée pour lutter contre les envahisseurs  ... L'un après l'autre , les généraux de Sundeshvara s'inclinaient et tombaient devant elle .   Sundareshwara  vint  alors régler ses affaires lui-même . Son regard croisa le regard de la Reine  ,et ...

           D'insolentes  féministes suggèrent que Meenakshi , perdit , en même temps que son troisième sein  , la liberté et les avantages dévolus aux hommes ;  pour devenir la douce et tendre épouse indienne idéale .  Hum , hum , hum , comme c'est intéressant - mais en fait , je ne sais rien de ce qui lui est arrivé après son mariage  . Pourtant , à voir ces sculptures où elle apparait toute petite , entre  Shiva et Vishnu ( qui était venu tout exprès pour les festivités du mariage  ,  en tant que frère de Meenakshi ! ) j'ai presque envie de les croire ... Non mais pourquoi elle est toute petite ?

     Mais d'autre part , encore ...  un  article excellent du directeur spirituel de la communauté de Madurai  ( j'ai presque envie de le traduire intégralement ; les petites vidéos qui accompagnent l'article sont d'ailleurs passionnantes aussi , et inattendues  )  fait remarquer que :

All the grandeur of the super consciousness, the masculine principle and the beauty of the feminine consciousness, the divine feminine principle expressing in one body is Meenakshi. ...Meenakshi is the expression of the ultimate masculine and feminine consciousness.”.

http://ma.nithyananda.org/dfoienr20938l4kfdifd/history/meenakshi-the-fish-eyed-cosmic-mother/

 Toute la grandeur de la conscience élargie , le principe masculin et la beauté de la conscience féminine , le divin principe féminin qui s'exprime dans un corps , voilà ce qu'est Meenakshi .[... ] Meenakshi est l'expression ultime de la conscience masculine et féminine .

 Hum , la compassion et l'amour infinis qu'on prête à la Mère Universelle , réunis à l'art de faire régner l'ordre et au courage ;  l'animus et l'anima enfin réunis ... c'est tentant , non ? Sur un autre site , on trouve encore :

  " According to Harman, this may reflect the matrilineal traditions in South India and the regional belief that "penultimate [spiritual] powers rest with the women", gods listen to their spouse, and that the fate of kingdoms rest with the women.[12] According to Susan Bayly, the reverence for Meenakshi is a part of the Hindu goddess tradition that integrates with the Dravidian Hindu society where the "woman is the lynchpin of the system" of social relationships.[14] Her eyes are fabled to bring life to the unborn."

 

     

 

 

Chapitre 2267: à Madurai ; quelques versions de l'histoire de Meenakshi .
18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 07:51

 

 

 

 

         Et pourtant ... ayant quitté , définitivement , Munnar et les hauteurs , nous arrivions , après au moins deux heures et demie de descente en lacets , juste au dessus de la grande plaine , qui s'étend tout au long de la côte Est de l'Inde , de l'Andhra Pradesh au Cap Comorin . Monsieur Ramu , le chauffeur ,  frétillait de joie à l'idée de retrouver son Tamil Nadu bien aimé ,  et nous a , d'office , arrêtés au point de vue touristique .  A perte de vue s'étendaient les cocotiers  . Nous attendaient , la chaleur , la poussière ... et Madurai .  Je supporte mal la chaleur , qui me donne l'impression d'enfler de partout et de mal respirer .

                    Mais , tout de même , j'aime Madurai ... , enfin ,  le peu que j'en connais , je n'ai jamais visité que le grand temple et ses environs . Je m'étais fait un devoir d'y emmener Philippe , parce que c'est LE temple emblématique de l'Inde du Sud ; je me doutais bien qu'il ne raffolerait pas de toutes ces couleurs vibrantes .  Comme moi autrefois , d'ailleurs . Bien sur ,  il a préféré les temples non restaurés , Tanjore ou les temples Chola un peu oubliés entre Tanjore et Chidambaram , ou encore le temple Hoysala de Chennakesava , à côté de Mysore . Tiens donc , je ne vous en ai pas encore parlé du temple de Chennakesava ? Je ne l'avais encore jamais vu , et ça a été un ravissement . Mais , bon , revenons à nos moutons ... 

 

 

 

 

Chapitre 2266 : j'aime bien cette photo
17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 09:07

 

 

 

          J'ai téléphoné hier matin à ma toubib , pour me plaindre que j'avais toujours les oreilles bouchées ; elle  m'a dit d'un ton encourageant :  " Oh ,  cette année , c'est un virus qui dure .... vous en avez encore pour un mois , un mois et demi ! " ( elle part , allégrement , en vacances la semaine prochaine )  j'ai  pensé : " Chouette ! encore un mois à me dorloter .."

           Compte tenu du fait que je n'ai pas vraiment mal ; que le garde-manger est plein de céréales ; qu'il reste plein de bûches bien sèches entassées contre la haie par mes soins cet automne  ;   que je suis une personne incroyablement paresseuse  et  introvertie  ; et que je me suis sentie assez en forme hier pour jardiner , puisqu' il faisait merveilleusement doux et ensoleillé dehors  ... ce petit passage par l'otite m'est certainement moins pénible qu'à quelqu'un d'autre . Quand à  l'inconvénient des oreilles bouchées et de la surdité partielle , oui , c'est un peu gênant , mais rien qu'un petit peu . Plus , un certain niveau de fatigue . Bon , on verra ...

         Aujourd'hui , un brouillard gris perle enveloppe le jardin ; une pluie fine ,  quasi océanique ,  bruine doucement . Elle tombe sur mes plantations d'hier , petits oignons , ail et échalottes ; et sur les  semis  , carottes et radis ( encore un essai pour les radis ! Au moins le vingtième , mais un jour , j'arriverai à faire pousser des radis corrects ! ) Je suis un peu inquiéte : cette pluie , si délicate , va-t'elle suffire à mouiller la terre en profondeur  ? Est-ce que ça ne va pas faire , en séchant ensuite , une croute dure qui empêchera les petites pousses de carottes de voir la lumière du jour ?

          Quoi d'autre ?  il reste le problème de n'avoir plus rien à lire . Comment font les ermites et les méditants , enfermés pour trois ans dans une grotte - tu ne penses pas qu'ils emmènent leur bibliothèque de polars , tout de même . Bon , ils méditent , ou ils prient ,  et tu peux bien en faire autant ... En outre ,pour Noël cette année on m'a offert Walden  , que je n'avais jamais lu  ; et , justement dans la même lignée , une amie de longue date m'a gracieusement laissé son exemplaire , terminé , de Into the wild . J'avais vu le film de Sean Penn :  bouleversant . Mais , déjà qu'il fait frisquet , je n'ai pas vraiment envie de grands espaces et de nature maintenant . Alors - me replonger dans Proust , une n-ième fois ? Comme c'est tentant ...

         Ca n'est pas comme ça que tu vas élargir ton domaine intellectuel , dit le Surmoi . Mais , sachant que la Vacuité est notre véritable nature , qui s'en soucie ? Qui est médiocre , qui croupit  , qui est remarquable ?  Tout ça n'est que de la pensée . En cet instant , tu vis en France et pas en Syrie sous les bombes ,tu n'as en charge que trois animaux au cœur tranquille ... et tu peux juste prier pour les autres .

       Au  jardin , les violettes ont commencé de fleurir ...

 

 

16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 01:11

 

            Nous devions prendre , de Munnar à Madurai , une route qui  en travaux , en très gros travaux nécessitant des tirs de mines  , qui faisaient s'écrouler des pans entiers de falaise ...  etça va durer encore  quelques années . Si bien que cette route n'est ouverte à la circulation qu 'entre sept heures et demie  et huit heures ... à peu près .

             On est donc partis de très bon matin , ce qui m'a permis d'admirer le paysage sous cette belle lumière de l'aube . Là encore , quelle magie ce serait de faire la route à pied ! Mais ,  c'est rêver ! Il y a beaucoup de circulation , plus les travaux et le ballet des camions chargés de gravats et des bull-dozers ... La route  montait tout doucement jusqu'à un col , faisant de grandes courbes ; on voyait , au loin  , des fumées , disant que les villages s'éveillaient .

 

 

 

Chapitre 2264 : et pour finir ...

 

      Après le col , la route  redescendait en lacets serrés - la pente est quelquefois vertigineuse -  jusqu'à un premier  plateau  . Il y avait là , encore et toujours , des plantations de thé , dés lors que la pente le permettait  . J'y ai vu un paysage dont je me souviendrai longtemps : les plantations étaient parsemées de gros rochers de grés ; après commençait la forêt , dont la lisière était formée par de très grands buissons de daturas sauvages , abondamment fleuris de longues trompettes blanches ; ces buissons était entrelacés d'ipomées bleu sombre . Une merveille ... j'avais l'impression de n'avoir jamais rien vu d'aussi beau .  En descendant encore , on apercevait , tout en bas , un grand lac ...  je voudrais y revenir un jour !  ...

 

            

Chapitre 2264 : et pour finir ...
Chapitre 2264 : et pour finir ...
13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 11:29
Chapitre 2263 : n'allez jamais à Top Station le Dimanche de Pongal !

 

 

                  Le lendemain matin , splendidement ensoleillé ,  nous sommes allés acquérir des chapeaux de paille  au "village" - j'avais constaté que le soleil cognait déjà dur ...  ensuite ,  visiter une autre fabrique de thé , plus touristique que la précédente mais flanquée d'un musée qui racontait comment la culture du thé avait  changé le paysage et la vie économique de la région , avec plein de photos passionnantes à l'appui ;  ... et terminer par une excursion à Top Station .

           Malheur !  Quelle sottise ! N'allez jamais , jamais , jamais à Top Station le Dimanche de Pongal !

Top Station , c'est chouette ... c'est le point le plus haut sur la frontière entre le Kerala et le Tamil Nadu . De Munnar , ça faisait une trotte , 32 km , donc nous pensions nous arrêter en route pour marcher  ( d'où les chapeaux ! Trois euros chacun : celui de Philippe , forme cow-boy , arborait un viril et sobre ruban bleu marine marqué " Marlboro " ( Aaahhhhhhh , le  cow-boy Marlboro , le bon temps où les cigarettes n'étaient pas frappées d'ostracisme ! ) ; le mien était coquettement orné d'un bouquet de ( fausses ) primevères , le style pour vieille-fille anglaise  à une garden-party   qui me convenait parfaitement ... j'en parle au passé , nous les avons laissés dans la chambre du YWCA de Chennai en espérant qu'ils seraient utiles à quelqu'un )

                Munnar , je l'ai dit , est aussi moche qu'Ooty ; ou que Coonoor ; ou que n'importe quelle station de montagne construite de façon anarchique et fréquentée , en France  ,  l'été .( je me rappelle être passée par la vallée de l'Ubaye en Juillet , il y a un an ou deux , et c'était pas piqué des hannetons ) . Bref , on espérait surtout en sortir vite .. Seulement , c'était midi ; et c'était Pongal . Cinq cent mille  familles  Keralaises , en bus , en voiture individuelle , jeep ou ordinaire ,  en moto , en rickshaw ,  en car , et quelques habitants du Tamil Nadu pour faire bonne mesure ,  avaient  décidé de célébrer ce week-end festif en pique-niquant au bord des lacs de montagne ...  On a bien du mettre deux heures pour faire cette trentaine de kilomètres , dans une file ininterrompue de cars et de voitures , qui s'arrêtait de temps à autre pour permettre aux cars de se garer sur le bas-côté .  Certains excursionnistes avaient déjà commencé à grignoter , leur assiette en carton à la main , assis sur le parapet en regardant le panorama - et les voitures qui leurs passaient au raz des genoux ... Bref , la fête .

                Enfin , on a dépassé les lacs . Tout de suite , la route aérienne s'est faite plus sympathique ... montant toujours au milieu des plantations de thé - une splendeur ! mais pour s'arrêter , bernique ! elle est étroite ,  les décrochages sont prévus pour aider aux croisements ... et la plupart des petites routes , menant à des propriétés , sont interdites d'accés .  Je me suis dit alors qu'on pourrait partir de Top Station . Seulement , à  Top Station , c'était pas triste non plus : tout le monde voulait se garer dans le cul-de-sac pour aller admirer le  point de vue ! On a laissé la voiture et le chauffeur se débrouiller , il avait l'air à l'aise ... et on est partis ; le fameux  point de vue ( sur le Tamil Nadu et on doit surement voir la mer de Chine quand le temps est moins brumeux ) était à un petit kilométre à peine ; nous cheminions avec une foule oisive et sympathique ( mais que de monde , tout de même ! ) , encadrés par  la rangée habituelle d'échoppes : thé à toutes les sauces , beignets ,  gâteaux , ananas pimentés et pastèques dans de petits verres plastiques ( qu'on jette n'importe où après usage , naturellement ) . La fête , toujours !  

              Et finalement , on n'a pu marcher que quelques heures , une fois redescendus ... Mais ça valait la peine ! Et , bien sur , je  rêve maintenant de revenir  à Munnar ... à un autre moment ... C'est la porte à côté !

 

 

 

             

Chapitre 2263 : n'allez jamais à Top Station le Dimanche de Pongal !
Chapitre 2263 : n'allez jamais à Top Station le Dimanche de Pongal !
13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 09:26
Chapitre 2262 : à Munnar
Chapitre 2262 : à Munnar

 

 

 

           On est partis de Coonoor , pour aller visiter d'autres champs de thé , toujours en altitude , mais deux cent kilométres plus au Sud :  à Munnar , encore  au Kerala ,mais à quelques kilométres de la frontière avec le Tamil Nadu . Une frontière aérienne qui suit allégrement  la ligne de crête des montagnes .

              J'avais réservé sur  Booking.com une chambre dans un hôtel qui semblait plein de promesses ,   . Depuis ma douloureuse expérience à  Rishikesh  l'année dernière , je sais que  les avis de clients sur Booking.com peuvent être truqués ; je les lis quand même , mais je fais attention au style : quand il est trop lapidaire , ça peut vouloir dire que le négatif a  été censuré ... attention aussi   à la nationalité des clients  ( les indiens sont moins exigeants au niveau propreté ) ...  Ce tout petit hôtel , pas trop cher et situé en dehors du village principal , terriblement construit comme à Ooty , avait l'air séduisant . Mais quand on est arrivés , il était au bord de la route , dans une gorge encaissée de la rivière ;  la courette fleurie , si attrayante sur la photo ,  était remplie à raz bords par cinq voitures volumineuses ;  et la chambre qu'on nous a donnée avait deux fenêtres : l'une , condamnée , s'ouvrait dans le grand garage , rempli de voitures lui aussi  ; la deuxième  faisait face ,  sur toute sa hauteur et à moins d'un mètre de distance , au mur de souténement de l'escalier    . Ca arrive , en Inde  . Et j'avais déjà payé ! et on est arrivés déjà tard le soir !  J'ai piaulé énergiquement ( the room is not good ! I want to change ! it's not possible ! )   mais j'avais beau me plaindre avec véhémence - et mon abominable accent français   .. il ne restait plus d'autre chambre ,  et nous étions trop fatigués pour chercher ailleurs . Cette chambre , en outre , s'est avérée  glaciale ; pas de couverture supplémentaire ; pas d'eau chaude bien sur ...  Le soir , on a mangé à l'hôtel ; plutôt bon dans le genre un peu spartiate ; mais les plats arrivaient froids , brrrr ...  Le lendemain  , l'hôtelier , tout sourires et gentillesse , nous  changés ,  pour une chambre lumineuse avec balcon , au premier étage , contemplant la vallée . Bah !

       Et le paysage tout autour était vraiment sympa  . Plus rond , plus doux ,moins accidenté qu'à Coonoor et Ooty ... et là aussi , sur toutes les pentes , les champs de thé , omniprésents , avec leurs rangées de buissons  qui strient les collines , ondulant au rythme des  lignes de niveau ... Un peu plus haut , un hameau ( avec fabriques de thé ! ) où plusieurs établissements arboraient fièrement les drapeaux rouges  du PCI flottant au vent . Le Kerala a longtemps eu ,  a encore un gouvernement communiste ( sans que cette appellation désigne forcément la même chose qu'en Occident ;   tout de même , le record indien d'alphabétisation pour les filles ... Chouette ! ( 90 pour cent , dit l'article . Maintenant , il faudrait voir ce que recouvre , exactement , ce chiffre ... comment ils calculent leurs statistiques ... vous savez comme moi à quel point on peut manipuler les statistiques . Lisez la remarquable revue Pénombre si vous voulez en savoir plus ... ) 

 

       

         http://indianexpress.com/article/education/tamil-nadu-kerala-have-high-female-literacy-and-most-women-entrepreneurs/

 

     

Chapitre 2262 : à Munnar
12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 08:54
Chapitre 2261 : au quotidien
Chapitre 2261 : au quotidien

 

 

 

               L'Instant de ce douze Février , à huit heures cinquante cinq précisément - l'instant qui ne reviendra plus jamais ... me voilà , depuis quelques jours ,sourde ; la tête  installée dans le casque tiède et étanche fourni par une otite . C'est presque confortable!  je ne sens plus aucune douleur pour l'instant  ... l'homéopathe qui est mon médecin traitant m'ayant , d'autorité , donné des antibiotiques et de la cortisone .  Sauf si je  penche la tête en arrière , ce qui me donne le vertige et mal au cœur  , et m'amène à m'interroger sur ma conception du monde habituelle . Drôle de corps !  ... Les sensations de l'instant s'entremêlent aux souvenirs du voyage , qui , chaque fois que je regarde une photo , chaque fois que j'ouvre la porte et  pénètre à l'intérieur de l'instant passé  , deviennent le présent  ... comme une liane qui s'enroule autour d'un rameau .

             On a donc visité le Jardin Botanique de Coonoor . Un jardin frais et ombragé , très en pente , pas si grand que ça ; créé , bien sur ,  par des Anglais ... plein de grands arbres venus de l'Himalaya ou d'ailleurs , chacun avec sa petite étiquette ; plein de plantes qu'on ne voit , chez nous , que pitchounettes dans les pépinières ...  un jardin bichonnée , inspecté , impeccable -  pas une mauvaise herbe et pas un plastique qui traîne . Il faudra , je pense , encore une génération avant que les indiens ne fassent , eux aussi , la chasse aux sacs plastiques et aux ordures qui traîne ... Petit à petit . En tout cas , ce lapin vert , le même que ceux qu'on voit sur la promenade à Pondichéry mais en bon état , lui ,  m'a enchantée ...

 

 

 

Chapitre 2261 : au quotidien
11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 07:52
Chapitre 2262 : Le Nez du Dauphin , et overdose  ...

 

 

 

 

             Après cette visite exaltante ( pour moi ! tout au moins ... ) , nous avons fait une excursion jusqu'à Dolphin's Nose . Un point de vue en balcon , mille mètres d'à-pic vertigineux  ,  qui permettait de se rendre compte que le moindre mètre carré est utilisé pour planter , même quand c'est très en pente ; faut dire , ces buissons de thé sont de petits arbustes , au tronc souvent gros comme ma jambe ; un mètre vingt de haut au maximum  , mais avec des racines profondes , qui doivent donc bien tenir la terre . Il commençait à y avoir  tout plein de touristes indiens  et on devait prendre notre tour pour le point de vue . La brume pluvieuse voilait et dévoilait les paysages : partout , partout , partout , montant , descendant , escaladant , les champs de thé ...

 

 

 

 

 

Chapitre 2262 : Le Nez du Dauphin , et overdose  ...
Chapitre 2262 : Le Nez du Dauphin , et overdose  ...

 

 

                Il faisait frisquet dans la montagne  , une petite pluie glaciale commençait à tomber . Nous nous sommes arrêtés dans une buvette très propre , antenne d'une fabrique de thé , bien sur ; j'y ai savouré le meilleur tchaï de toute mon existence , incroyablement parfumé et  pas trop sucré ...

               Puis nous avons pris le chemin du retour , dans l'intention de visiter le Jardin Botanique .

          Et tout à coup , sur la route - paf !

                              L'overdose .

          J'avais encore dans toute ma bouche , comme jamais encore  ,ce goût sublime de thé que j'ai adoré depuis mon enfance ; mais concentré , intense , pourtant pas écoeurant ... dans tout mon corps , le parfum du thé , d'un thé comme je n'en avais jamais bu ...   et  tout à coup

            Je n'ai plus pu supporter ce goût .

           J'avais l'impression d'être  absolument , totalement , complétement imbibée  de thé - et c'était trop .

           Et tout le reste du voyage avec Philippe ,

                          j'ai bu du café !!!!

           D'ailleurs au Tamil Nadu il est très bon .

 

 

 

 

                 

10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 08:39

 

 

        Après une nuit surprenante , dans l'hôtel de style colonial  où nous bénéficiions d' une grande  chambre ancienne au plafond haut -  l'on y grelottait , la couette était confortable et fort bienvenue ... Je me sentais dans les meilleures dispositions thééphiles . Et j'espérais pouvoir , enfin ! m'immerger dans ces plantations de thé ... A quelques kilométres de notre hôtel s'annonçait  une - comment dit-on ? une usine ? une distillerie ? une fabrique ? Bref , un truc qui se visitait et où l'on voyait à la suite de quelle mutation les jolis buissons verts s'invitent gracieusement dans votre théière matinale bienfaisante  ...

           Monsieur Ramu , le chauffeur de la voiture  ( eh oui , pour moi , il n'est pas question qu'un occidental conduise en Inde ! )  ,avait ,  comme il est d'usage  ,dormi dans le véhicule .  Il avait le même âge que moi  ; sympa , il conduisait bien pépère au début du périple ; puis ,  de plus en plus vite ensuite ... Je me suis demandé comment il conduisait quand il était jeune . Enfin , il  était déjà venu dans le coin , et était donc prévenu contre le froid . Pourtant , il  n'avait , tout comme nous , pas emporté assez de lainages , et s'est plaint d'avoir fort mal et peu dormi ... il parait qu'il avait fait tourner le moteur pour se réchauffer ... Il avait donc tout à fait envie de conduire , de nous conduire ; et il a été , au début ,  difficile de le persuader de nous laisser marcher . Enfin , on est arrivés , au bout d'une dizaine de minutes , aux champs de thé entourant l'usine - et là , j'ai commencé à apprécier . 

       

        

Chapitre 2261 : du thé , enfin !

 

         Il n'y avait personne dans les champs ... Pourquoi ? C'était Pongal . Pour Pongal , la fête de la première récolte du riz , tout le monde est en vacances au Tamil Nadu , pour quelques jours ;  et , apparemment , au Kerala aussi ... Je n'avais pas prévu le fait , qui devait s'avérer un peu fatigant par la suite . Surtout , surtout ,  ne prévoyez jamais de visiter les endroits touristiques pendant les vacances de Pongal ... mais l'usine tournait quand même . Un aimable  guide  nous a fait faire le tour des lieux , nous a expliqué les différentes salles ... Rien de très original , mais  l'odeur des feuilles séchées  , l'odeur du thé , omniprésente , intense , enivrante ,  me faisait tourner la tête . L'extase absolue ,  pour une droguée de longue date ... Je lui ai donné un pourboire excessif , puis me suis complue dans le magasin d'usine , dégustant plusieurs petits verres , achetant sans réfléchir à la contenance limitée des valises ... je trouvais tout excessivement beau ; jusqu'au chien du logis ! Bien sur .

 

 

 

Chapitre 2261 : du thé , enfin !
Chapitre 2261 : du thé , enfin !