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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 20:31

 

 

 

 

 

 

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          Mais le tableau dont je me souviendrai le plus longtemps ,dans cette exposition , c'est un triptyque relativement petit , intitulé " le martyre d'une Sainte "  ( les différents experts ne s'accordent pas sur le nom de la Sainte en question ). Peu m'importait le sujet , tant j'ai été enchantée par la sublime palette de rouges , tout un tableau d'un rouge très doux , qui compose un camaïeu exquis , à la fois suave et tonique , depuis le rouge des géraniums rouges  , entre vermillon et rouge Uccello , jusqu'au rose pâle couleur d'aurore ...

               Je vous mets la meilleure photo que j'en ai trouvée sur Google ; c'est beaucoup moins enthousiasmant que le vrai tableau ; et sur le catalogue de l'exposition , c'est encore pire , les rouges sont tellement minables ,  pâlichons et presque froids , que ça vous casse le moral .        

            J'ai  rêvé , la nuit d'après , que j'avais un couvre lit exactement de ce même rouge , pour un lit d'une place ,  tricoté en laine toute douce , au point mousse s'il vous plait  . Quel beau rêve ! Ca me fait chaud au coeur de m'en souvenir en ce moment , parce qu'on vient tout juste , il y a quelques heures ,  de donner les clefs de la maison de maman à ses nouveaux acquéreurs ; après la séance chez le notaire , on est retournés dans la maison avec ses futurs habitants .  Là , je  crois que je me suis rendu compte que c'est vraiment terminé . Et ce soir , j'ai le cafard ... Mais , bon . Demain ça sera passé ... sans doute . Rouge , la couleur du chakra racine , symbole de la sécurité et de la relation à la mère ... Demain je vais mettre mon Ti-shirt rouge , tiens , ça me requinquera .

  

         Mais c'était vraiment la journée des rouges ... parce que juste à  l'étage du dessus , il y avait une autre expo , nettement moins fréquentée !  sur George de La Tour . Je n'avais qu'à moitié envie d'aller la voir , ça n'est pas un de mes peintres préférés ni même un peintre que je trouve toujours très intéressant , tant il me parait  ouvrir une voie royale au Saint-Sulpicisme .. ( c'est français , ça , Saint-Sulpicisme ? Bof , on peut inventer ... vous avez compris ,en tout cas ) . Sauf Les Tricheurs  , qu'on se régale toujours à revoir .. Il y avait d'ailleurs un autre tableau sur le même thème ,tableau qui est habituellement dans un musée aux Etats-Unis ; on y voit , là encore ,   un délicieux échange de regard entre les voleuses ; celle du milieu est si jolie ,  habillée et coiffée comme une jeune fille de bonne famille , pas une gitane comme les autres . On la sent  concentrée en même temps qu' angoissée par la volonté qu'elle a de réussir à couper le cordon de la bourse sans que le naïf benêt s'en rende compte ...  

 

...

Chapitre 2023 : rouges

 

 

         Allez , encore du rouge .. on termine sur un autre La Tour , Job et sa femme .. On sent bien , là , que Madame Job , une femme parfaitement normale et ordinaire , elle ,  la pauvrette , avec des désirs ordinaires  , peut-être même tout simples ,  qui doivent être constamment frustrés du fait de la sainteté de son époux - du genre essayer d'équilibrer le budget du ménage , acheter de nouvelles chaussures pour le petit dernier , ..   est en train d'essayer une nouvelle fois , désespérément , vainement ,   de discuter avec son mari , d' essayer de le convaincre de gagner tranquillement sa croûte comme tout le monde . Mais elle sait que le combat est perdu d'avance ... J'adore ce tableau .

 

 

 

 

Chapitre 2023 : rouges

 

 

 

 

 

 

15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 23:06

 

           Le lendemain matin , on a repris les mêmes charmantes petites rues ... et on est retournés au musée du Prado ,  pour aller enfin voir cette grande expo du centenaire de Jérôme Bosch ; munis de précieuses réservations , pour onze heures précises .  Mes amis ,  on n'a pas tellement attendu pour entrer ; mais , une fois à l'intérieur , quel bain de foule ! le métro Chatelet à six heures du soir ... ça me rappelait ma jeunesse . Bain de foule , et sauna pour le même prix ...  Faut dire , que des expos de ce genre , y'en a pas si souvent , et certains tableaux , je ne les avais vus qu'en reproduction . On vous dit Jérôme Bosh , et vous , comme moi , pensez à ses personnages fantastiques , mi-animaux mi-humains mi-végétaux , et caetera ... grotesques ou terrifiants ou angoissants .. mais extraordinairement inventifs ,  d'une poésie grinçante . Et puis au grand triptyque du Jardin des Délices . Un tableau que je n'ai jamais trouvé si bien que ça , tout simplement parce que  je n'aime pas du tout les couleurs : la partie gauche et la partie centrale , et on ne voit qu'elles de prime abord , présentent une juxtaposition , sur un fond vert chartreuse , de trucs bizarres façon rencontre du troisième type , certains rose bonbon , d'autres bleu métallique ... le choc de ces trois couleurs me donne toujours une impression discordante . L'enfer est plus attrayant , si on peut dire ... Il réussit toujours ça bien les enfers ... des rouges ,des bruns , des gris et des noirs , feu et cendres , flammes et fumée ... J'en avais conclu que Bosch n'était pas un coloriste . Ceci dit, quand on examine , comme le fait le diaporama ci-dessous que je trouve super bien fait , chaque détail , c'est un régal en peinture - mais tout de même , un régal qui met mal à l'aise ...  

 

 

       

La musique me semble bien de la musique ancienne , je l'aurais volontiers située un peu avant Bosch mais je ne suis pas spécialiste - style Studio der Freuen Musik .. mais le générique nous donne comme auteur un certain Jan Garbarek , un de nos contemporains à nous ... ????

         Donc , c'était vraiment , et c'est encore si vous pouvez aller la voir , une expo fabuleuse . Un des nombreux tableaux dont je ne me souvenais guère s'appelle La Charrette de Foin ,que je trouve chouette . Mais en le regardant  à loisir ( il n'y avait pas trop de monde devant .. ) , je me suis fait la réflexion que ce Jérôme Bosch ( tout comme le bien nommé , son homonyme , le  héros dépressif des romans  noirs de noirs de Michael Connelly  ) n'avait vraiment pas une philosophie souriante de la vie : Il y a , sur cet autre triptyque :  au début : le pêché originel , cette invention démentielle des chrétiens ; ensuite ,  quelques joies terrestres , qui ne durent  pas ( les deux amoureux sur le tas de foin , en haut de la charrette ) , et la foire d'empoigne partout ailleurs ( j'aime bien le contraste entre la scène représentant les joies de la maternité , avec l'arracheur de dents juste à côté , surtout quand on pense à la façon dont les dentistes s'occuppaient de leurs patients à cette époque ! ) ; et enfin , l'Enfer ... Génial. C'était ça , la conception religieuse chrétienne du monde  , à cette époque ? Ben non , regardez Fran Angelico , et Brueghel ... qui doivent encadrer Bosch , en ce qui concerne les dates : Fra Angelico est né en 1400 , et Brueghel en 1525 . Qu'en déduire , sinon que Bosch était plutôt porté sur le côté sombre .. lui , ou son  directeur spirituel (luthérien  ? )

Sur le site du Musée du Prado , vous pouvez voir le tableau sur tout l'écran  , l'aggrandir , le déplacer pour voir les détails  :

 

                                                                                               www.spainisculture.com/fr/obras_de_excelencia/museo_nacional_del_prado/el_carro... ( mais on dirait qu'en cliquant sur le lien au dessus ça ne marche pas ; il faut faire sur Google Le char à foin , Musée du Prado )

14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 16:16

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2021 : au Prado

 

 

 


          Le lendemain matin , lestée par un vrai jus d'orange   sans glaçons s'il vous plait , et deux cafés , plus , surtout , une dose convenable d'aspirine ( les laboratoires Boiron ont , hélas , supprimé le Cephyl , qui a été pendant trente ans mon remède à tout faire - mais j'en avais des provisions , et il m'en reste encore quelques précieux comprimés , trois ou quatre ans après ... )  j'ai suivi mon cher et tendre ; et  nous nous sommes  dirigés d'un pas quasiment guilleret vers le musée du Prado . Premier étonnement :  le lacis de petites rues  qui descendent de la Plaza Mayor vers le Prado était très agréable : des rues piétonnes ,  calmes , proprettes , comme lavées de frais  ... rien à voir avec l'agitation et la cohue de la veille . Deuxième bonne surprise : le Prado , c'est pas comme le Louvre ou le Musée d'Orsay : on arrive à dix heures du matin ,  à peine quelques minutes d'attente dans la queue avant d'entrer ! juste le temps , pour moi , de hululer de saisissement en lisant sur une grande affiche que le lendemain même commençait une exposition Bosch . Bosch , je me souvenais qu'il y avait au Prado Le jardin des Délices , qui n'est d'ailleurs pas une de mes peintures préférée , à cause des couleurs , j'en reparlerai . Cette merveilleuse Shakti ou encore la Bonne Providence de Dieu , m'a inspiré de demander si par hasard on pouvait réserver des places ..Philippe était sceptique . Alors j'ai failli sauter au cou de la demoiselle de la billeterie quand elle m'a fourni tout tranquillement des réservations ;  me proposant , en outre , de choisir l'heure .. Nous voilà nantis de billets pour visiter les collections permanentes , dans l'instant , plus d'autres billets pour le lendemain . Je pleurais des larmes de joie ! Qui ne s'est jamais fait jeter au musée d'Orsay ou au Grand Palais  , les jours de grandes expositions , par un employé ricanant , signalant d'un air pincé qu'il aurait fallu réserver par internet , et qu'il y aura une  possibilité pour visiter  dans trois mois  , ne peut comprendre mon émerveillement ...

          Donc , le Prado .  Même pas tellement de monde ! On commence par quelques italiens , un ou deux chouettes petits retables genre Ecole de Sienne à fond d'or , on continue dans l'ordre chronologique ... jusqu'aux Greco : ah , c'est  aussi bien que dans mes souvenirs ,  ces mouvements d'ascension en spirale  fluide dans les scènes religieuses  ..  , puis Velasquez , vouais c'est pas mal , surtout les Ménines , mais pour l'instant je ne suis pas vraiment accro ...  et enfin .. quelle merveille .. Goya .

       Mon regard a changé , depuis que , toute gamine , je contemplais dans un livre scolaire , avec une horreur mêlée d'une admiration infinie pour le peintre insolent , les portraits de la famille royale . Pas mon regard sur Goya , qui est toujours , restera , et il n'en a rien à cirer de toutes façons , l'objet de mon admiration infinie ... Mais mon regard sur la famille royale . Je les vois maintenant avec plus de compassion : le frère du roi pourri d'angoisse , sa femme inquiéte , et qu'elle l'ait cocufié ou non avec Godoy ça n'est pas mes oignons , le roi lui-même, Philippe IV qui essaie de jouer de son mieux le rôle de roi .. Ils me touchent , tous . Dire qu'ils ont tous été contents du tableau ... Ceci dit , je ne connais pratiquement rien à leur histoire . Et puis , le petit garçon du milieu  : lui , il ne fait que garder les yeux ouverts .

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Famille_de_Charles_IV

 

   Les gravures fantastiques , les peintures " noires "  ne m'intéressent plus trop . Mais , dans  les peintures de la maison du Sourd , je voulais revoir ce chien  ,  chien qui , tel que je m'imagine  , est un aspect du peintre , ce chien si touchant ...

 

 

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 15:22

   

 

 

 

     De mon unique visite précédente ( hum , il y a bien quinze ans ... ) j'avais gardé un souvenir peu enthousiasmant de Madrid . Une ville noirâtre , hyperbruyante , et puis faisait chaud ...  Bien sur , il y avait le Prado ,  les Greco , les Velazquez , et surtout les Goya ... Mouuuuaiiiiiiis . Faire mille kilométres pour ça ..  l'aiguille de la balance ne penchait pas vraiment de l'autre côté .

  Mais , comme je l'ai dit , on a choisi l'Espagne à cause d'une météo très directive  , qui annonçait des orages sur la Suisse ( ah ! revoir la fondation Paul Klee à Berne .. ) en Alsace ( hé ! Grunewald à Colmar ! ) ; quand à Amsterdam et aux Van Gogh , c'était pluie sur pluie sur pluie , pour la semaine .. Bon , donc , va pour Madrid .

   On y est arrivés un Dimanche après-midi : il y avait peu de circulation , déjà ;  puis ,  par une chance extraordinaire , l'emberlificotement des bretelles d'autoroutes s'est dénoué , spécialement pour nous ; et la Shakti nous a conduits à un parking situé pile poil  à cinquante mètres de  l'hôtel , réservé à l'avance ; et de la Plaza Mayor , en outre . 

   On pose nos affaires , on se rafraîchit , puis on ressort .  Premiere série de pas prudents : vers l'Ouest . Il y avait foule : une gigantesque manifestation religieuse , hauts parleurs diffusant des cantiques ,  flics et  dévots , bonnes soeurs et curés divers ,  ceignant d'une barrière infranchissable la cathédrale . Bon nombre de petites dames habillées et coiffées toutes sur le même modèle ,genre Bernadette Chirac , se dirigeant pieusement à petit pas  vers les festivités ; scouts adultes aux mollets velus , leurs étendards à la main ,  entourant des puzzles géants de fleurs célébrant Jésus-Christ ... Euh . On repart .

      Deuxième série de pas prudents :  dans la direction opposée , vers l'Est  et la Puerta del Sol .  Il y avait foule : une gigantesque manifestation de supporters de football . Des hauts-parleurs diffusant une musique métal à fond les basses , des flics ,  des passionnés agitant des écharpes bicolores ou tricolores ( me souviens plus ! ) en clamant des slogans , pour faire fête à leurs champions qui venaient de gagner la coupe de je ne sais quoi ( d'Europe , je crois bien ) et allaient être reçus par les officiels ... Euh . On repart .

   Troisième série de  pas prudents : vers la Plaza Mayor ... à force de partir et de repartir , c'est qu' il commençait à se faire tard ; il était  l'heure de manger, pour nous en France,  qui est l'heure de l'apéritif pour les espagnols . Bon . Sur la Plaza Mayor , les touristes  et les madrilènes  sirotaient leurs apéritifs .. Tiens donc : c'est quoi ces grands verres ?  de la sangria . C'est bon ça la sangria .. et puis , c'est coupé d'eau minérale gazeuse et de fruits , ça ne porte pas à conséquence .. Enfin ; pas vraiment .  On se pose , nous aussi sirotons de concert en admirant les facades de la Plaza ;  au bout de mon premier demi-litre de sangria ,  j'optimise sacrément  .  Sur la place , un être déguisé en Grand Bouc des gravures de Goya , mais en nettement plus gai ,    coloré et festif , gigote , agite une langue démesurée ,  saute pour effrayer les touristes en clapant de la mâchoire et me fait rire . En plus , surprise !  l'apéritif n'est vraiment  pas cher ...

   Quatrième série de pas prudents - mais un peu hagards en ce qui me concerne ( pas si innocente que ça , la sangria , finalement )  : on cherche un restau . Ah ,  là ... l'avantage de ces terrasses en plein air , c'est qu'on voit , en  passant et en se penchant légèrement pour inspecter leurs assiettes , ce que les gens mangent : restau après restau , les frites mal cuites , des calamars à la Romaine dont la panure trop claire laisse présager l'intérieur élastique et visqueux , les malheureuses crevettes  qui se souviennent  avec regret de leur Thaïlande natale  ... le tout , bien sur , noyé sous des flots d'onctueuse mayonnaise ( comme la veille . ) Mon estomac se crispe rien qu'à voir ça , rien qu'à voir aussi les photos des plats ,affichées devant l'entrée ;   mon moral redescend à nouveau dans mes talons . Pourtant , la mayonnaise , j'aime bien ça en général . Les serveurs , peu psychologues , font l'article et tentent de nous attirer ... c'est mal connaître deux touristes paranos .

    Las de marcher ,  on finit par trouver un coin tranquille ,avec un serveur discret et sympa ; on grignote , pour deux fois moins cher qu'en France , des  tapas diverses arrosées de bière ( dos cervezas , por favor ! j'arrive presque à  prendre le bon accent quand je suis motivée ... )  . L'avantage quand on vous sert un assortiment de tapas , c'est qu'on peut laisser tout ce qui est vraiment ignoble ...  Là , c'était pas vraiment veg ( accablée , j'avais laissé de l'autre côté de la frontière mes tendances végétariennes ) mais assez correct - et surtout , il n'y avait pas de fruits de mer . Mais , malheur ! sangria plus bière - quelle sacrée  migraine le lendemain matin !

  

  

 

 

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 15:29

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2019 : une salamandre

 

 

 

 

       Arrivés à l'étape  , un hôtel super confortable , coincé dans la cassure entre d'immenses falaises , le temps était  orageux ; une belle averse , à gouttes violentes ,  a salué notre installation  . Qui n'a guère duré ; le ciel clair revenu ,  nous sommes allés marcher , sur un sentier vraiment étroit , qui partait de l'hôtel pour suivre un vallon très resserré ,  remontant le cours du ruisseau . Pendant plusieurs minutes , on a marché sous le couvert d'une forêt de feuillus ; l'averse  avait laissé un chapelet de flaques d'eau . Nous avons fait une rencontre étrange : une salamandre , en plein milieu du sentier .  Je n'en avais vu qu'une fois  , quand j'étais petite ; donc il y a bien longtemps . Je me suis souvenue que la salamandre était l'emblême de François Ier ;  il y en a au château de Blois , peut-être aussi à Chambord . On s'imaginait , à l'époque , qu'elle pouvait vivre dans le feu  ; et j'ai décidé de voir dans cette rencontre un présage favorable pour le voyage . Un tout petit animal préhistorique ...  qui ne bougeait pas , courageusement , en face des  monstres immenses  avec leurs grands pieds , qui tournaient autour d'elle en la photographiant sur toutes les coutures ; mais les monstres baissaient la voix par respect , tout de même .

         On l'a quittée , espérant aller jusqu'à la source du ruisseau ; dans le ciel , au dessus des falaises , un rapace montait en spirale , porté par les vents ascendants . Au bout d'une vingtaine de minutes , le sentier escaladait des rochers ; mal chaussée , j'ai préféré faire demi-tour . A ce moment , un chamois a déboulé à toute vitesse dans les éboulis de la pente en face , qui n'était éloignée de nous que de quelques mètres . Oui , le voyage commençait bien . Même si le repas  terrifiant ,  un peu inattendu dans cet hôtel plutôt chicos , noyait pommes de terre et poisson dans des débauches de mayonnaise en folie ; ce qui , je l'avais oublié , semble enchanter les estomacs de ce  côté  là des Pyrénées . 

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Salamandre_(animal_l%C3%A9gendaire)

 

 

 

Chapitre 2019 : une salamandre

 

 

 

 

 

 

 

13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 04:46

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2019 :  lumières

     

 

 

      .. et voilà ; de retour  ...

       Un voyage ...  quinze jours à baruler ( un mot de Lucienne , un mot avignonnais , donc , qui signifie , je crois ,  promener oisivement ; à moins que ça ne soit : errer .. ) , en Espagne et au Portugal . Voyage pour lequel j'étais partie , pas vraiment  à contrecoeur , mais pourtant , presque , en traînant la patte ...  , je me suis plusieurs fois demandé ,même jouissant chaque fois intensément de la beauté d'un paysage ou d'une sculpture , ce qui allait m'en rester . Ou plutôt ( j'ai du mal à préciser ) en quoi ça allait changer ce que je suis profondément  - puisque des voyages , j'en ai fait tant et plus , des paysages magnifiques , j'en ai vu tant et plus ; et chaque fois c'était un plaisir aigüe , intense , immense , la respiration qui s'ouvre ... des instants magiques ; des instants ... qui passent , et la rivière ( hélas ? ) n'arrête jamais de couler . Et ça amène , comme toujours , à se demander qui on est , au profond de soi . Mais je dois être trop paresseuse pour atteindre à cette intensité d'interrogation qui permet  aux sages de s'éveiller . En tout cas , c'est sur , quand je saurai  , je n'aurai rien de plus pressé que de  caqueter à tous horizons !

        En tout cas , il me restera .. déjà , et dans le désordre : la lumière .  La lumière du bord de mer au cap Vilano ( les espagnols disent Vilan , je crois ,  à vérifier ) ; un cap que Philippe avait souvent dépassé en bateau , et qu'il voulait revoir depuis la terre . Lumière sur l'océan , sur la lande incroyablement fleurie où s'entremêlaient , parmi les cistes blancs , les ajoncs , les bruyères ,  qui faisaient comme des pelotes * dodues ,   blanches et jaunes et roses , ondulant jusqu'aux rochers du rivage . Et puis , ajoutant des motifs de broderies compliqués et exquis à  la surface des  pelotes ,   des petites fleurs bleues qui avaient elles aussi leur mot à dire , d'un beau bleu outremer , aussi bleues que les petites gentianes de montagne ; fleurs que je n'avais jamais vues et ça me vexe presque  - moi qui , tout comme mes soeurs , me pique , grâces en soit rendues aux  âpres discussions  entre ma maman et ma tata Lili à ce sujet ,  de n'être pas totalement ignare en botanique .. )

 

 

* ce mot de " pelote " m'est venu spontanément . Une pelote ,  un de ces minuscules coussinets en demi-sphère où sont piquées les épingles quand on fait de la couture ... et dans cette lande , à l'aspect si doux , quasi moelleux , il était pour ainsi dire impossible de marcher en sandales , tant ces plantes  par ailleurs si jolies étaient épineuses .

 

( hé , ça n'est pas le bon bleu sur la photo , pour de vrai c'était plus foncé -  la photographe n'est pas géniale .. )

( hé , ça n'est pas le bon bleu sur la photo , pour de vrai c'était plus foncé - la photographe n'est pas géniale .. )

 

 

 

 

 

 

 

25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 07:00

 

 

 

 

 

 

 

 

 

chapitre 2018 : fond d'écran

         

 

 

 

          On doit partir en vacances dans quelques jours ... d'ordinaire , ça me met dans un état d'excitation joyeuse , au lieu de ça , je me sens morne ,  malgré l'achat de deux guides d'Espagne ( les guides verts Michelin font des affaires , au lieu d'un seul guide comme auparavant , il y en a trois ou quatre pour l'Espagne ) .. Ce matin , inspectant ( mornement ! ) mes états d'âme (mornes ! ) , je m'attribuais , tout de même ,  un satisfecit , pour avoir fait quelques  progrès dans le détachement par rapport à mes montagnes russes émotionnelles  . Faut dire , je me vois monter et descendre jour après jour , heure après heure , ça commence à bien faire . Vouais ; mais à la place de ces émotions en montagnes russes , il y a une espèce d'arrière-plan vaguement dépressif et àquoiboniste   ... morne , justement . Qui est lui-même d'ordre émotionnel , quoique de façon plus insidieuse , comme gommée ;  d'ailleurs ,  beaucoup de personnes que je connais se trimbalent ça en permanence .

           Tiens , mais ça m'a fait penser au  fond d'écran que j'ai depuis un an , sur " ma " partie de l'ordinateur commun : c'est une photo du Gange ,  prise de la Fondation Krishnamurti à Bénarés . Chouette photo ;  je l'avais mise comme fond d'écran parce que j'avais ressenti cette fondation comme un refuge , une structure pour me protéger face au choc de Bénarés ;  à la beauté déchirante de cette ville  , comme à son abomination  ( le tout petit chien qui mourait dans le caniveau , les vaches très malades ,  la chienne squelettique qui allaitait  sa portée malgré son coude complétement déboité   ,  etc .. ) . Encore les montagnes russes émotionnelles  .  Face à ce déchirement , la Fondation Krishnamurti m'avait proposé un refuge serein et beau ... comme le refuge mental ,  l'observation , dont parle K dans ses conférences .

       Mais , la pollution de l'air étant ce qu'elle est à Bénarés , même à deux heures de l'après-midi ,  ce fond d'écran peut sembler , suivant l'humeur , soit d'un gris lumineux , soit d'un gris   .. morne . Un gris   grisâtre ... En tout cas , ces temps-ci , je devais , à chaque fois , faire un effort intellectuel pour me souvenir de tout le processus ( émerveillement , déchirement , retrait .. ) . Tout comme je dois faire un effort intellectuel pour me souvenir que le sentiment que " ma vie est vaguement morne" est d'ordre émotionnel ...

           Donc , déjà : je change le fond d'écran . Ca , c'est facile ! Je viens de mettre une photo , également prise à Bénarés  en 2015 ; photo prise avant le lever du soleil , à un moment où je me sentais en communion émerveillée avec la ville magique en train de s'éveiller ,   avec le bruit des rames sur le fleuve , avec  la ferveur des pélerins en bateau chantant des mantras , ou se plongeant pour leurs ablutions dans Ganga ( brrrr...)  . Il faudra bien que j'y retourne , à Bénarés . Mais en prenant contact , auparavant , avec cette fondation canadienne qui aide les animaux là bas .. Et de voir cette photo  sur l'écran , pour l'instant ! me remet dans ce sentiment d'espoir , le coeur ouvert pour  la journée qui va suivre  - qu'importe le désenchantement  qui peut , mais tout aussi bien peut ne pas , venir ensuite . Je l'accueillerai comme il se doit , sans m'identifier   . Certes , la tonalité du ciel sur cette dernière photo est grise , gris ardoise , gris plutôt foncé ; ça vient de ce que le soleil n'est pas encore levé . Mais il y a toutes ces lumières , celles de la ville et leurs reflets , celles des minuscules esquifs que les dévots confient au Gange ,  une offrande de quelques fleurs et une petite bougie allumée ; puis , déjà présente , la magie des couleurs et de la vie .. Bon , le Gange est un chouïa de travers  parce que la photographe a été maladroite ;  pour l'instant , ça ne me gêne pas trop .  Le coeur ouvert , avec un petit fond de gaîté optimiste  : voilà ce que je préfère mettre en fond d'écran de ma vie aujourd'hui  .

      

 

 

 

 

 


          

22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 00:55
18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 15:44

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2015 : droit de vie et de mort

 

 

 

 

                      Quelle tristesse ... Ce matin , le voisin de maman a réussi à capturer Hope . J'ai demandé l'aide de Philippe pour apporter le chat chez le véto ; ça n'est pas un gros chat , il était  tout léger , pelotonné à un bout de la cage de capture  : ces cages sont très longues , pour ne pas blesser le chat . . Chez la véto , il était plutôt calme , s'est même laissé un peu tripoter -   ça confirmait ce que je pressens de ce chat , qu'il a été apprivoisé , autrefois . J'ai   constaté avec plaisir que les poils sur son flanc avaient repoussé . Le voisin m'avait dit qu'il était très malade , qu'il n'avait plus de poils sur un côté ; les poils qui repoussent ,donc ça allait mieux , j'étais pleine d'espoir . De retour à la maison , j'ai commencé à donner fébrilement des coups de téléphones à des associations d'aide aux chats libres ;  le voisin ne voulait plus de ce chat errant , qui ne s'entend pas avec le sien ; et  moi je n'imaginais guère l'héberger , à cause d'Hermione qui cavale après les chats qu'elle ne connait pas . Tout en me faisant un film : le chat n'a rien de grave ; à sa sortie d'anesthésie ,  on l'héberge dans la pièce où je fais du yoga  en attendant de lui trouver une famille d'accueil ;  il réapprend le contact humain à toute vitesse , par hasard il s'entend bien avec les nôtres , et du coup on l'adopte ,  il devient notre troisième chat ...  

          La véto lui a fait le test pour la leucose . Le test était positif .  J'avais prévenu que dans ce cas , il fallait  l'euthanasier : c'était , de l'avis de tout le monde , le mieux :  un chat porteur de la maladie a de grandes chances de contaminer tous les autres chats du voisinage  , je le sais . C'est Philippe qui a pris le coup de téléphone pendant que je ramassais des blettes au potager  ; Philippe qui , bien sur ,  est totalement et toujours convaincu  de la solution normative ; il a donné son aval pour l'euthanasie .

          Mais je me sens drôlement mal  . Je sais , c 'est " le mieux" - mais - et s'il avait guéri ? Hope , je suis désolée ... J'ai pas pu faire mieux pour toi .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 16:23

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2014 : l'un et l'autre

 

 

 

 

 

 

           Trois jours fabuleux  , joyeux , excitants , à nager avec enthousiasme dans le sanskrit et les mythologies indoues  , avec une enseignante passionnée et passionnante ( Dipa , que je découvrais  ) , et des condisciples également enthousiasmés ( pour la plupart )   . Je vais vous dire , je me sentais vraiment bien  : à ma place , parmi ces élèves adultes . Enfin !

        De retour au jardin d'ici , aux rosiers délirants qui s'emmêlent et poussent à toute vitesse , aux pots de fleurs assoiffés ,  au potager dans lequel les mauvaises herbes , vivifiées par la pluie de la semaine dernière , ont gaillardement repoussé ,  aux derniers poivrons qui attendent patiemment dans leur petit baquet d'être plantés par mes soins ,  je me suis sentie à nouveau déchirée entre ces différents aspects de l'ego , ces désirs intenses et contradictoires de différents "moi " parfaitement butés ,  qui tirent désespérément dans des directions opposées ,  et de plus en plus fort  parce qu'ils se disent que  la vie est courte ( encore une pensée ! Nothing , nothing , nothing  !,  et n'en ont vraiment rien à cirer les uns des autres  ... Philippe n'est aucunement attiré par l'Inde , déjà ;  alors , vous imaginez bien , le sanskrit ! Le désespoir , à la vue courte , m'attendait fidèlement au coin de la rue . Tout ce bouilli- bouilla , fermentant , plus ou moins formulé , me donnait mal à la tête et m'empêchait de m'endormir .

         Puis , en méditant ce matin , j'ai fait le voeu ( et le moi d'alors se disait vaguement que c'était peu imaginable mais essayait quand même )  pour que ces contradictions se dissolvent . Et tout à coup l'idée est venue à la gourde limitée que je suis , de la possibilité de m'inscrire au stage d'été de Dipa  ; renonçant  , bien sur , pour celà , à des places de concert - lesquelles me tenaient tellement à coeur le mois dernier que j'aurais piétiné sans vergogne toute personne qui aurait tenté de s'interposer entre moi et la réalisation du désir de ce moi là . 

       Me voilà  inscrite au stage de sanskrit ;  j'irai à trois concerts sur les cinq seulement .  Philippe ira seul aux autres ; plus aucune sensation de déchirement .

     Pour l'instant .

      Je vais remercier une des nombreuses formes de la Mère Divine ... reposant ma stupide tête contre ses pieds .

      Et puis , il serait vraiment grand temps de terminer le récit du dernier voyage en Inde  . Le temps est devenu  beau et très chaud , sans transition aucune - j'ai voulu me mettre à jardiner à trois heures ,  me suis sentie complétement molle et fatiguée et essoufflée . Il faudra maintenant adopter le rythme d'été : jardiner après cinq heures du soir , ou avant dix heures du matin ; aller sur l'ordinateur en fin de matinée , ou  l'après-midi . S'adapter , naturellement ; là encore , ne pas se buter , ne pas désespérer .. 

       Les pétales d'une fleur vont dans toutes les directions - et là , je voudrais vous mettre en illustration une fleur de salsifis sauvage ; il n'y en a pas de fleuri en ce moment , je crois , bien que je prenne grand soin de ne pas les arracher quand j'en aperçois au milieu des iris . La solution est venue en se mettant au centre .. Hors pétales ...