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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 17:59

      

 

             C'est vrai , on s'est baladés en Grèce trois semaines - et qu'est-ce qu'on a vu de la crise ? Euh , il semble bien qu 'on n'ait à peu près rien vu .  On a débarqué en Epire , au Nord-Ouest , donc . On a observé les voitures , c'est un signe : on a vu plus de voitures neuves et coutant cher que dans nos Cévennes . Pas mal de belles motos , aussi ...  Les prix sont vraiment très bas pour nous , français ( en moyenne , 45 euros la chambre double avec douche - confortable , ou non ; 22 euros  un repas pour deux avec pain et vin ; mais sans café ; et on évitait les desserts en général , essayant , tous deux ,  de limiter notre consommation de sucreries ... ) . Un  délicieux  café grec coute , selon les cas , 1 euro dans certains coins , presque 3 euros à Athénes . Les Grecs semblent, eux ,  préférer siroter des Nescafés glacés , avec ou sans lait ; je ne sais pas si  c'est par économie , mais c'est possible aussi . Par contre , dans tous les restaus où on est allés , il y avait des grecs qui mangeaient au restau ,  eux aussi .

         On a observé les maisons , dans la campagne ; bien entretenues , en général , proprettes , les jardins coquets pleins de fleurs .. quelques étages ne sont pas terminés , exactement comme il y a trente ans - il y a trente ans , c'était façon de montrer qu'on n'avait pas des revenus suffisants pour terminer la maison , donc d'échapper aux contrôles du fisc .. On sait que pour les Grecs ,pendant des siècles qu'ils ont été occupés par les Turcs , ne pas payer ses impots était symbole de résistance . Ils ont gardé le pli , parait-il . 

       On a observé les magasins - mais , bien sur , on a été seulement dans les petites villes ; au bord de mer , ou pas . Ben , les magasins sont ouverts et achalandés , et les centre-ville sont certainement moins décatis que dans certaines villes françaises du Berry ou du Morvan .

       Euh .. voyons l'habillement ... j'ai supposé que les petitounes  dont les jeans comportent , presque obligatoirement ,  de gigantesques trous au genou ,  ne se promènent pas ainsi vêtues ( dévêtues ? ) par mesure d'économie ..  Mais nous nous trouvions à Athénes au moment où des retraités manifestaient contre la restriction de leurs retraite , devant le siège du gouvernement ;  la télé passait et repassait en boucle le moment où ils faisaient balloter un car de flics ; on a dit , en France ,  que les flics ont employé des grenades lacrymogènes  - une honte , certes .     Emue par leur sort , j'ai voulu donner une pièce  à un homme à cheveux gris , aux chaussures éculées , qui , manifestement instable , s'accrochait désespérément à une grille ;  il m'a regardé avec ébahissement ,  a ricané , puis a sorti son appareil photo de sa poche : c'était un touriste qui se cramponnait à la grille pour mieux photographier un monument .

       La dame-pipi du musée d'Eleusis avait des dents de devant qui manquaient ; j'en ai déduit qu'elle n'avait pas de quoi se payer des soins dentaires . Est-ce que les dame-pipi du jardin des Tuileries ont de quoi se payer des soins dentaires ? Je ne sais ... J''imagine que c'est là que ça coince , le système santé .. 

       Euh ... Quoi alors ? C'est certain qu'on n'est pas allés se balader dans les quartiers crades d'Athénes ... J'imagine qu'on comprendra un peu la situation en lisant les bons polars de   Petros Markaris , notamment celui intitulé " Liquidations à la grecque " ; j'y ai tout de même bien lu  que des fonctionnaires de la police  râlent en voyant leurs retraites passer de 500 euros à 450 euros mensuels . Comment vivre avec 450 euros par mois ? En France , c'est plus que difficile . En Grèce , je ne sais pas .  Ils râlent aussi parce que le gouvernement ( pas encore celui de Cziffras )  prétend monter l'âge de leur retraite à .. 60 ans . Apparemment , beaucoup de gens prenaient leur retraite à 45 ans ... mais avec de toutes petites retraites . Et en avant pour le travail au noir ensuite , alors ?  ... ( j'étais fonctionnaire , fille et petite-fille de fonctionnaire ..vous ne vous attendez tout de même pas à ce que j'aie une très grande indulgence pour le travail au noir , comme pour les gens qui essayent d'échapper au fisc ..)  

         Voilà - vous voyez bien , je n'ai vu  que par un tout , tout petit bout de la lorgnette ...

 

 

18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:14

 

 

 

 

 

Chapitre 2079 : juste avant l'aube

 

           Nous avons récupéré la ménagerie en pleine forme : les deux chats un peu arrondis - soit qu'ils aient  commencé à faire des provisions de graisse pour l'hiver , soit qu'ils aient compensé sur le distributeur de croquettes leur semaine de solitude dans la maison froide . Hermione était en colonie de vacances avec plein de copains ... elle a pleuré , bien sur , en nous retrouvant ; mais je crois qu'elle s'est régalée . En tout cas , d'émotion , elle a fait pipi sur le canapé cette nuit . Génial . Et  tous réclament des câlins ... Noisette s'y est prise sur le tard , puisqu'elle va sur ses quinze ans ; Baptiste est de plus en plus affectueux ; Hermione , c'est de toujours ... Ils m'ont réveillée vers les six heures et demie - impeccable . Je n'ai pas fait une longue séance de yoga , je me sens  mollassonne - la disparition de maman m'a enlevé énormément de stress : stress énorme d'essayer de  l'aider pendant la dernière année de sa vie , parce qu'elle perdait ses repères  ; mais aussi le stress et l'exigence infinis qu'elle a fait peser sur moi pendant les soixante-sept premières années de ma vie . Est-ce que cet ego n'aurait comme possibilité que l'alternance entre  le stress et la mollesse ?

        Mais bon , après la bienheureuse méditation qui a suivi ma séance écourtée , je me disais que , méditation ou pas , un de mes moments préférés de la journée , c'est ce :  juste avant l'aube . Quand on a l'impression que tout est précieux , que tout est sacré ; que tout va fleurir , que tout est possible  . On est délicat même quand on parle , avec le ton de la voix  qu'on assourdit , avec les gestes , on occupe à plein son corps , avec prévenance et fluidité , jusque dans ses petites courbatures ...

        En partant pour la Grèce il y a trois semaines , nous avions passé la nuit sur le ferry . J'avais dormi par terre sur mon tapis de yoga , ( j'avais d'ailleurs bien froid ; au retour , j'ai acheté une de ces couvertures douillettes et synthétique , pour cinq euros ...) , Philippe , après avoir terminé un polar ,  ronflait , calé sur deux sièges comme il pouvait . J'ai eu le bonheur de ce réveil à nuit noire  ; sortie de la salle étouffante , je suis montée sur le pont ; personne , tout l'espace pour moi . Je n'étais consciente de la présence de la côte que par les petites lumières alignées sur fond sombre , paraissant chaleureuses dans ce noir intense .  Puis le ciel a commencé à s'éclaircir , lentement ; les montagnes au loin sont devenues  indigo ,  complétement opaques ; en contraste avec la mer chatoyante et mouvante ... de minute en minute les harmonies de couleurs changeaient , tout en restant dans des tons pastels , des bleus indigo ou ardoise ,  tous les mauves , tous les  gris ,  perle et argent ... le jaune citron , puis l'abricot , ne sont  apparus qu'à l'approche de la fin . Wow ! Si j'étais peintre ... 

 

 

 

 

Chapitre 2079 : juste avant l'aube

 

 

 

 

 

17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 10:37

 

 

 

 

 

Chapitre 2078 : en quête de fresques

 

 

 

           La Grèce , voui , c'était beau ( mais , comme je l'ai écrit à quelques copines , la mer était un peu trop fraîche à mon goût ) , vouiiiiiiiii la lumière était magique , les grecs sont sympas , la cuisine est souvent délicieuse , etc. ... Mais , comme je ne vibre pas automatiquement  à l'évocation des cités antiques , je me sentais un peu en manque . En manque de quoi ? J'ai commencé à comprendre en visitant le palais de Nestor . Nestor , si je me souviens bien , était un des doyens , et le deuxième roi le plus respecté après Agamemnon , de l'armée grecque  , quand les grecs sont partis casser la figure des Troyens à  la suite de  cette malencontreuse histoire de pomme ... On peut visiter son palais , ou ce qu'il en reste ; c'est dans les collines ,  à quelques kilomètres en retrait de la côte Ouest du Péloponnèse ,  pas très loin de Pylos .  Le site a été très bien aménagé , on circule au dessus des restes de murs , on voit bien l'architecture du palais , les restes d'urnes qui contenaient du grain ou de l'huile , et même une baignoire antique pour la reine  . Hum ... Philippe était passionné , moi pas trop , mais comme il pleuvotait , au moins on était à l'abri . Et puis , j'étais excitée  par la visite prévue du musée , après la visite du site ;  il s'y trouvait , nous disait le guide , des fresques , bien entendu déplacées là bas pour les protéger des intempéries . On voyait d'ailleurs plusieurs affiches grands format reproduisant ces fresques : un musicien , une bataille , des chevaux et des chiens , des oiseaux , ...

        On a erré dans le village voisin jusqu'à trouver ce musée , et c'était pas de la tarte , à cause de la fantaisie , omniprésente en Grèce , des panneaux de signalisation - mais , dans ce cas , je m'obstinais . Enfin , on a trouvé le musée - charmant , tout en haut du village , une jolie architecture classique . Bon , ça commence par des fragments de vases , de cratères et d'amphores  ; il y en a des tonnes ;  normal . Des  statues grand format , des bouts de statuette , des statuettes entières , des bouts d'argile , des perles  ....  Mais je cherche désespérément les fresques annoncées - tout ce que je vois , ce sont , au mur , des aquarelles assez sympa , peintes par un nommé Pieter de Jong assez récemment , montrant les fresques - ce sont les aquarelles reproduites en affiches , que j'ai vues tout au long du parcours .

       Pas de fresques .

       Je ne comprends pas ; je tourne et retourne dans les trois salles du musée , cherchant les fresques nom d'une pipe !  et enfin , avec horreur , je commence à comprendre : les fragments de fresque sont vraiment des fragments ; vingt centimètres carrés tout au plus , et surtout à peine lisibles - un bout de nez un peu confus , on arrive , ailleurs , à distinguer une main tenant un poignard , un bout de bras ... extrêmement poussiéreuses , le dessin apparaît à peine ;   ou plutôt terriblement abîmées ; l'aquarelliste contemporain , collègue des archéologues qui ont fait les fouilles , est surement très compétent ; mais il a extrapolé ???? J'ai un peu l'impression d'une  escroquerie ...  Certes , on peut être bien contents qu'il  reste ces fragments , au bout de presque trois mille ans . Mais , tout de même ... je suis partie me sentant flouée , et quasiment assoiffée  ... .

 

         Si bien qu'en arrivant en Italie - dans la Galleria Nazionale de l'Ombrie , à Pérouges , pour préciser -  j'ai eu l'impression , enfin ! de pouvoir boire à ma soif , en contemplant tant de merveilles , que ça soit des fresques ou des peintures sur bois ... La visite commence au troisième étage , où une merveilleuse Nativité accueille les gens qui entrent  . Le seul regret , c'est que je n'ai pas pris note du nom de ce peintre : de la même époque que  Giotto* ou Cimabue , mais beaucoup moins connu . Il y a cette fresque , mais tant d'autres peintures magnifiques , et pas forcément des peintres célèbres ... Le bonheur absolu . Enfin !

 

 

 

* on était passés à Assise la veille , et j'ai trouvé les fresques de Giotto bien décevantes - trop de bleu ...  Mais j'étais peut-être de mauvaise humeur , à cause de la surabondance de pèlerins teutons , déversés par cargaisons de bus XXL , qui s'empilaient par couches dans la basilique . Dés qu'il y a trop de monde et parlant trop fort , je deviens nerveuse et hyper ronchon ... sauf en Inde . Naturellement .

 

      

 

Chapitre 2078 : en quête de fresques

 

 

 

 

17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 01:49

 

        Nous sommes rentrés chez nous , tout à l'heure ... Nos deux derniers jours en Grèce ont ressemblé à la fin de trois hommes dans un bateau : pluvieux  ... En tout cas c'est le souvenir qui m'en restera ,  d'avoir cheminé pendant trois bonnes heures à l'intérieur d'un nuage de brouillard opaque et terriblement humide  , tout en haut des montagnes , sur une route aérienne qui tournait , montait , montait ,  redescendait ,redescendait , quelquefois parsemée de pierres tombées de la falaise ou emportées par des ruisselets débordant ,  traversant des forêts que les couleurs d'automne commençaient à effleurer , des hameaux minuscules mais avec toujours un ou deux rosiers en fleurs ,  un troupeau de moutons que leurs chiens essayaient vainement d'abriter du déluge -  jusqu'au temple de Vassaé . Ce temple a été offert par des dévots à  Apollon , pour le remercier ,  parce que leur petite ville de Figali avait été épargnée par la peste . Ils ont édifié le monument tout au sommet ... Enfin , il m'a semblé , parce qu'on ne l'a trouvé qu'après une longue route dans le brouillard ; ensuite , cinq minutes à patauger sous des parapluies que le vent essayait à toute force de retourner , en suivant un chemin de terre , pour le trouver encore tout enveloppé d'une immense bâche blanche : les travaux de restauration ne sont toujours pas terminés .             

          Le plus étonnant était que le gardien du temple était là-haut ,  dans sa petite cahute, pour distribuer les tickets d'entrée .  C'était d'ailleurs une gardienne , une jeune fille que j'ai trouvée bien courageuse , toute seule dans la tempête au milieu de nulle part ; mais à l'abri de la pluie , au moins . A l'intérieur , les colonnes du temple , énormes , cannelées , toutes droites , avaient l'air comme recouvertes d'une gangue d'argile  jaunâtre , fendillée de partout ; le vent , qui me semblait glacial parce que je portais encore des vêtements d'été ,  hurlait dans les fentes de la bâche , la pluie   pénétrait à l 'intérieur .

       Pourtant , le matin même , nous avions visité tout à loisir  le merveilleux site d'Ithomi sous un soleil délicieux ... Ensuite , nous nous étions dirigés vers les montagnes le cœur léger - ou presque : nous avions croisé un grand chien égaré , le plus maigre que j'ai jamais vu ; j'avais pu le faire profiter de la quasi totalité d'un paquet de biscuits , ou plutôt d'un genre de biscottes au sésame ;  mais je me demande ce qu'il est devenu . En Grèce , tous les chiens que j'ai vus , par ailleurs , étaient en bonne santé ;  les énormes chiens de garde dans les jardins du Parthénon avaient visiblement leurs trois repas protéinés par jour - à moins qu'ils ne mangent les chats , qui , eux , sont souvent laissés à eux-mêmes et réduits à faire les poubelles . Ou à manger les rats qui doivent proliférer autour des poubelles ...  

       Le lendemain , on a pu échanger nos billets de bateau pour rentrer plus tôt en France . Quand nous sommes partis de Patras , le soleil était éclatant . Mais c'était ,  pour moi , sans regrets .. L'Italie nous tendait les bras .

     

 

 

12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 19:52

     

 

​            Bon , tout le monde connait la salade grecque , et quand il fait chaud c'est la chose la plus simple à consommer dans un restau inconnu  sans risquer de se démolir l'estomac . Seulement , quand il commence à faire un peu frisquet le soir , et c'est le cas en Octobre , on a plaisir à manger quelque chose de chaud . Nous ne campons pas , et donc ,nous avons adopté ,presque partout ,  la solution la plus simple : chercher une taverne , et demander ce qu'il y a à manger ( Philippe  fait ça en grec , sauf que quelquefois les gens trouvent son accent si bizarre qu'ils ne comprennent pas  ce qu'il dit , et lui demandent , en anglais , de répéter . Ce qui le vexe un peu ; pourtant , il devrait être content , ça le change , quand on était en Crète on lui répondait en allemand ... )  . A ce moment là , le patron ou la patronne nous emmène gentiment dans la cuisine , et soulève les couvercles  pour montrer les plats qui mijotent dans de grandes terrines ou des marmites , en commentant ... après , on choisit , en connaissance de cause ( Mon plat préféré , c'est les aubergines imam , melitzanes imam ,  c'est des aubergines cuites au four avec des oignons , plus ou moins d'ail , de la tomate , ou pas , suivant les cuisiniers , etc ... ; et , bien sur , un bon litre d'huile d'olive , c'est le minimum ). Mais il y a souvent  aussi des haricots blancs " gigantes" , des courgettes , et pour les non-veg ,   de la moussaka , du poulet , du porc , etc ..Et la plupart du temps , c'est  bon . Quelquefois , très bon : je peux vous donner les adresses si vous voulez . C'est bon , mais si vous aimez l'huile d'olive , je vais pas répéter ça chaque fois , de toutes façons si vous n'aimez pas la cuisine à l'huile d'olive vaut mieux pas aller en Grèce , essayez donc l'Ecosse ou la Suisse  pour changer ...

          Ca  , c'est en Grèce et en province ; il faut exclure Athénes , où , je le suppose , n'importe qui peut s'intituler restaurant​, proposer des brochettes surgelées grillées ou de la fêta frite (beuark ! ) et les touristes sont contents .

        Mais dorénavant , je saurais qu'il faut également exclure Olympie . Les restaus affichent " traditional greek dishes , " " Cuisine grecque traditionnelle ": mais quand on leur a demandé à voir la cuisine , plusieurs ont refusé , et les autres nous ont montré ... le vide intégral . Avec ,  à côté ,  l'armoire à surgelés ... Olympie , c'est joli comme tout , la promenade au coucher du soleil au milieu des grands arbres , des chênes gigantesques , de très hauts oliviers , était très poétique ;  mais Olympie , c'est  redoutablement touristique . Du coup , on s'est acheté des sandwiches , des yaourts et du raisin : j'ai de la sympathie pour les grecs , mais  faut pas céder sur le plan gastronomique  , tout de même ! 

 

 

10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 16:42

 

 

 

                         ​ Mystras , c'est une ville ancienne -   pas aussi ancienne que Mycénes ou Epidaure , car c'est une ville qui a eu son heure de gloire au  Moyen-Age. Elle était  , parait-il , aussi célèbre , aussi rayonnante que Florence ou Cordoue . Ville toute en pente , protégée par une forteresse  construite tout en haut , sur un piton vertigineux ; au flanc de la pente ,  plusieurs monastères , des maisons , des  églises , des chapelles , des fontaines . Là , autrefois , vivaient plusieurs milliers d'habitants ; les moines  copiaient des Bibles qu'ils agrémentaient d'enluminures splendides ,  les chevaliers  courtisaient à la hâte leurs dames avant de repartir casser la figure aux ennemis ou aux anciens amis , les artisans travaillaient le bois , le fer , l'argile et plus tard les fils de soie  ,   les marchands commercaient avec l'Orient et l'Occident ... les paysans , eux , étaient asservis , et vivaient  en contrebas , dans les plaines d'oliviers tout autour . La création de la fortesse  revient à  un certain Guillaume II  de Villehardouin  . Marrant , me dis-je ( je suis ignare en histoire ) - un nom français ? Ben oui , un nom français  . Le premier Villehardouin que l'on voit apparaître dans cette région du Pélopponnèse , c'est Geoffroy de Villehardouin ; un qui s'est croisé , deux fois de suite à quelques années d'intervalle , qui a participé à la troisième et quatrième croisade , à la prise de Constantinople ,avec tant de bravoure ,   qu'il s'est retrouvé nanti d'un fief à Andrinople . Et il a trouvé moyen de devenir ensuite chroniqueur de cette croisade , ce qui l'a rendu  célèbre . Les  autres , de  Villehardouin , sont tant soit peu ses parents . Un deuxième Geoffroy  de Villehardouin , son neveu , s'est un peu égaré  en partant pour la Croisade , ou en revenant ; parti en 1199 de sa Champagne natale , au climat certainement un peu morne ,  il a découvert  le Péloponnèse avec le ravissement qu'on imagine ; l'a aussitôt considéré  comme un morceau  fort appétissant ,et a bataillé de tous côtés , se forgeant des alliés grecs , luttant contre d'autres , avec ses chevaliers francs bien armés et habitués au combat ,  jusqu'à se retrouver roi , ou baron , ou quelque chose comme ça , de Kalamata    . Euh ... la Croisade contre les infidèles , ça avait bon dos ...

​                    Son fils cadet, Guillaume ,  écrivait des poèmes en grec aussi bien qu'en français ; il  a bataillé sans relâche , de tous côtés , et on a bien l'impression qu'il y prenait plaisir  ; a fondé Mystra , a du céder la forteresse aux Byzantins un peu après , ce qui n'a aucunement terni le rayonnement de la ville , semble-t'il . Ensuite, les Turcs sont passés par là , ont transformé les églises en mosquées ; ensuite ,  petit à petit ,  la ville a décliné , il y a eu  des guerres et des batailles , et encore des guerres ... au XVIII e siècle , il n'en restait presque plus rien .

​            De Mystras , reste maintenant  ... de raides chemins pavés que gravissaient autrefois de nobles dames en palanquin , quelques chapelles  , quelques églises en ruines avec quelquefois de belles fresques , perdues au milieu des cyprès et des oliviers , des chévres et des touffes de cyclamens ;  quelques maisons aux chapiteaux encore nobles et ornementés ,  à demi effondrées  , quelques monastères restaurés . L'un d'eux héberge encore une  poignée de nonnes qui cultivent avec amour géraniums ,plumbagos , dahlias , zinnias , bougainvillées aux couleurs éblouissantes ,  et plusieurs chats perpétuellement affamés ... mais elles ont refusé de m'indiquer les toilettes , ce qui fait que j'ai du me planquer dans les buissons  épineux pour faire pipi , tout en méditant sur leur peu de charité chrétienne . 

   

 

 

7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 19:49

​    

 

         Nous faisons , à peu près , le tour du Péloponnèse ... moins de baignades que la dernière fois ( il y a à peu près quinze ans ...) parce que la température avoisine maintenant les 25°; davantage de promenades ; et en ce qui me concerne , un émerveillement par rapport à la flore . Les premières pluies d'automne ont du arriver il y a une ou deux semaines , et  dans des coins inattendus , sur la terre rouge et caillouteuse au pied des oliviers , dans des creux de rocher en plein soleil ,  sur des talus broussailleux de poussière ingrate , fleurissent en  grappes innombrables ,d'un rose pâle si délicat, si nuancé que je ne les imaginais qu'entourés de soins jardiniers dans des pots de porcelaine de Chine ,   de petits cyclamens sauvages à ras du sol .

      On trouve dans les pentes particulièrement sèches , comme en Crète il y a deux ans , de ces lis ( lis des steppes , je ne me souviens plus du nom exact )  à haute tige et petites fleurs blanches   ; enfin , cet après-midi , parce que nous franchissions un passage en altitude , je dirais douze cent mètres d'après les arbres qui y poussaient , j'ai eu l'étonnement de voir d'énormes crocus blancs ou blanc-mauves au bord de la route ... Tout en m'émerveillant , je repensais au plaisir que donnait à ma maman toute découverte botanique de ce style . Merci , maman ,  de m'avoir transmis cette joie à la moindre petite fleur connue ou inconnue ... et encore pardon de ne pas t'avoir mieux aidée . Mais je n'étais que ta fille ... et je ne pouvais faire mieux . On ne peut jamais faire mieux que ce qu'on a fait , bien sur .

       Quoi d'autre , un émerveillement que ni maman ni tata ,  ne m'ont  transmis mais qui me vient de l'époque où j'habitais Avignon   , les cornichons des ânes ont envahi nombre de sites archéologiques , et je m'amuse toujours autant à  soulever à l'aide d'une brindille rigide le fruit qui saute de sa tige en projetant une sève juteuse ..

​       Bon - et voilà ce qui m'occupe tout en visitant temples et théâtres , citadelles et forteresses autrefois orgueuilleuses ,  y compris Mycénes , qui surplombe une immense plaine maintenant noyée dans une marée d'un vert infiniment profond , marée de plantations de millions d'orangers . Etonnant , quand on songe à ce qui a fait la célébrité de cette ville , avec toute cette sympathique famille des Atrides ,meurtres , adultères , trahisons et même cannibalisme ,  qu'elle vive et rayonne maintenant dans un des parfums les plus exquis au monde , celui des agrumes en fleurs !

 

 

 

 

3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 14:57

 

 

​                Nous voici à Athénes ... décidément , j'ai un peu de mal avec la Grèce . Quand je ne connaissais pas encore l'Inde , je m'émerveillais devant  l'Acropole ; maintenant , j'ai l'impression que ces temples sont comme des coquilles vides : beaux , mais morts .Eteints ... Pourtant ,  beaucoup de personnes les visitent ,  beaucoup ( dont mon cher et tendre , hélas .. ) en sont amoureux , encore ; mais pour ma part , j'ai l'impression de me trouver devant des cendres froides ... je n'y trouve pas  cette flamme de la dévotion qui réchauffe le coeur dans les temples en Inde ou dans les monastères boudhistes . Je ne sais pas ,peut-être bien qu'il me manque une case quelque part .

​              Bon , c'était sympa de gravir de bon matin les degrés qui mènent à l'Acropole - mais ni plus ni moins que  n'importe quelle colline avec un joli monument dessus ; ou même , sans monument du tout : se promener de bon matin , c'est toujours chouette - sauf si on partage la promenade avec trois cent personnes et leurs trois cent appareils photos pétulants .

       Enfin , le pompon de l'horreur , pour moi , a été la visite de Delphes .  Je crois que c'est la troisième fois que j'y vais en quinze ans , et je m'y ennuie toujours autant .   Delphes est située dans un site de falaises impressionnantes , sur les raides flancs du Mont Parnasse ( étonnant que les Grecs aient pu imaginer sur le Mont Parnasse le séjour exquis des Muses en train de batifoler , tant c'est sec , pelé , rocailleux , intenable en été sauf pour les chévres  ...) ; le culte d'Apollon appartient au passé , définitivement . Pourtant ,  l'autre jour , les pentes  grouillaient de touristes déversés par cargaisons entières en plein cagnard - beaucoup d'anglo-saxons , beaucoup d'asiatiques , quelques français , une troupe d'espagnols qui ont failli me piétiner parce que j'étais assise à l'ombre et que je n'avais pas envie de leur céder la place ...  Beaucoup de retraités , de têtes grises et blanches , comme nous , de " seniors " presque fringants sauf une rotule qui coince par ci- par là ( c'est mon cas , mon genou gauche , déjà un peu grinçant il y a vingt ans , accuse de la fatigue vis à vis des marches d'escalier trop hautes , et je dois quelquefois monter en crabe pour le ménager ) . Bouh !

​             Mais après ce cauchemar de Delphes , on est arrivés au Paradis - il était temps ! le monastère d'Ossios Loukas , pas très loin , offrait à la touriste épuisée de chaleur ,  au bord de l'apoplexie , un havre infiniment paisible : de très grands arbres ombrageaient une immense terrasse qui surplombait un cirque enserré de collines , une petite plaine couverte d' oliviers ;  sur l'herbe   verte tournoyait paresseusement un jet d'eau ;  une chatte trois couleurs un peu snob faisait sa toilette  à l'ombre fraîche d'un  platane gigantesque . On est rentrés dans l'église , les pélerins embrassaient les icones ; j'ai mis un cierge pour les amis qui vivent un mauvais passage en ce moment . Les mosaïques  splendides , dans le style de celles de Ravenne ou de Saint-Marc de Venise ,éclairaient de leurs ors très doux la pénombre bienfaisante ; enfin , last but not least ,  à l'occasion de la visite des pélerins , quelqu'un avait disposé devant l'entrée de la boutique ( dans laquelle il y avait une énorme collection de CD de musique orthodoxe , que Phil et moi apprécions beaucoup tous deux , enfin là on se retrouvait ! )  un grand  saladier rempli de loukoums à la rose ( beaucoup trop sucrés , comme il se doit ) que les amateurs ( j'en suis !) pouvaient faire suivre d'un petit verre de raki . Quelle merveille !

 

28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 17:03

 

       

 

          Hier , dix heures d'autoroute ... je ronchonne , j'ai mal au dos ;  on prevoyait huit heures seulement , mais c'etait sans compter avec les embouteillages , presque incessants sur le trajet qui suit la vallee du Po . On roule vite ,  sur trois files denses ; sur celle qui est la plus a droite il y a enormement de poids lourds  ; de temps en temps ils se mettent sur la file du milieu , sans trop signaler , pour en doubler un qui va plus lentement ; sur la file la plus a gauche , les voitures .... et tout le monde va bon train ; sauf en cas de petit accrochage , ou de travaux  ...  On devait embarquer a Ancone ( tiens donc , pas d'accent circonflexe prevu sur ce clavier ? ) a onze heures trente ce Mercredi , donc on avait prevu de dormir sur la cote Adriatique , revant d'un petit village sympa ... Mais ,  parvenus , au crepuscule , jusqu'a Rimini , on s'en est tenus la . Rimini , je ne connaissais pas ; notre Guide Vert antediluvien nous a  pourtant appris que c'etait la patrie de Federico Fellini  ...  nous sommes passes devant l'aeroport , qui porte son nom ; comme un clin d'oeil amical , un ami a  donc passe son enfance la ! on a trouve un hotel au bord de la mer , des hotels il y en avait partout ; par la fenetre ouverte de la chambre , on entendait les vagues qui ronflaient sur la plage de sable  , comme un grondement permanent .  Tout en se promenant sur le front de mer ensuite , pour faire passer la bouteille de vin blanc du pays qui m'avait fait la tete legere , on essayait de se rappeler ses films ; je ne me souviens bien que d'Amarcord , qui est passe recemment sur Arte ; un peu moins , de Ginger et Fred , puis des Nuits de Cabiria , mon prefere , de La strada pareillement ; puis , Huit et demi , tres vaguement ; je voudrais tellement revoir E la nave va - il ne m'en reste que la vision magique , en fin du film , de ce tres grand bateau lumineux  sur la nuit sombre ...

      En attendant , notre ferry , sur lequel il n'y a , Dieu merci , que peu de monde ( ce qui fait que j'ai bon espoir de pouvoir profiter des douches demain matin ) , vogue vers Igoumenitsa , il fait beau et doux sur le pont arriere , les moteurs du  bateau vibrent et ronronnent , il y a du  bleu doux  rayonnant tout autour - j'avais completement oublie que j'aimais la mer ...

 

 

 

26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 06:31

     Hier , encore une folle journée : légèrement culpabilisée par Dominique ( à qui j'avais demandé de passer le coupe-fil sur plusieurs dizaines de mètres carrés d'iris devant le portail  ,que je n'avais pas eu le temps de soigner , et qui m'avait fait la leçon - je sais bien qu'il faudrait tous les déplanter , enlever le chiendent bêcher remettre du fumier les replanter , mais je n'ai pas le temps , nom d'une pipe , pas le temps si je veux également peindre , faire du yoga ,  etc ... ) - donc , légèrement culpabilisée , tout de même , j'avais entrepris de m'occuper de deux mètres carrés de ces fichus iris . Une merveille au printemps , les iris ;  mais faudrait s'en occuper ...Alors ,  j'ai passé quatre heures à lutter avec des racines rétives de chiendent , et d'autres plantes inattendues , dans la gadoue ; avec plaisir , tout de même  .  Ce faisant , je remarquais  que mon ego trouve toujours , comme un centre de gravité  , un appui et un ressourcement dans un comportement datant d'avant l'école primaire - une enfant de quatre ans , peut-être ? Tellement se régaler à jouer avec la terre .... Une autre  preuve , cette tunique jaune à fleurs , de forme vague , achetée au marché d'Uzés l'autre jour ( je me disais que lorsqu'elle ne me plairait plus , je pourrais toujours l'utiliser en chemise de nuit ) , et sur laquelle j'avais flashé , essentiellement , parce qu'elle me faisait penser avec plaisir et tendresse aux dessus de lit en cretonne fleurie qu'avait confectionnés Tata Lili dans la maison de Malchamps . Ce qui a fait d'ailleurs que je ne me suis pas sentie trop gênée en la portant  lors du repas destiné à célébrer les  noces de platine des sympathiques cousins de Philippe : j'étais quasiment la seule femme en couleurs ( du jaune citron ! à mon âge ! en plus , avec les cheveux presque blancs , on ne peut pas dire que ça mette en valeur ... ) , alors que ses élégantes , gentilles et jolies cousines , qui ont mon âge mais ,  font mon admiration parce qu'elles savent bien se coiffer et bien s'habiller et paraissent dix ou vingt ans de moins , se déplacaient fluidement dans la pièce , avec des hauts unis blancs ou crème et des pantalons sombres ... élégantes , ce qui me manque totalement . Je me faisais penser à une housse de fauteuil , dans ma housse de cretonne fleurie . Bon !

          L'après-midi ,je suis passée chez H. d'abord , chez R. ensuite ; laquelle allait bien mieux que la semaine dernière , me semblait-il  .  J'aime beaucoup H. et son compagnon . Mais lui ,  assiste avec angoisse à l'effondrement de ses facultés mentales  annoncé  sans égards par les médecins et neurologues divers . Et pourtant - pourtant , moi qui ne fais que l'observer de l'extérieur , je ne trouve pas ses facultés mentales tellement déliquescentes que ça : parce que je ne suis pas à l'intérieur de lui , bien sur ;  mais surtout parce qu'il passe beaucoup de temps à observer . Observer ... Encore et toujours la clef , la clef selon Krishnamurti bien sur ; mais ce matin je pensais à Proust , encore et toujours aussi ( je reprends la citation sur Swann ,pas le temps de la rechercher ailleurs que dans ce blog , je n' emporte pas Proust en Grèce , c'est un peu trop décalé .

    Mais il avait tellement l'habitude de trouver la vie intéressante - d'admirer les curieuses découvertes qu'on peut y faire - que tout en souffrant au point de croire qu'il ne pourrait pas supporter longtemps une pareille douleur , il se disait : " la vie est vraiment étonnante et réserve de belles surprises " .

                           Om ! Ceci dit , Mooji , que j'écoute tous les soirs , fait remarquer que l'observation seule ne suffit pas pour se libérer vraiment . Alors , l'observation , et la compagnie des sages ; ensuite ,  vogue la galère  ... Allons , les iris m'attendent encore ce matin !